L’armée israélienne ouvre une enquête sur la mort d’un Palestinien handicapé
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L’armée israélienne ouvre une enquête sur la mort d’un Palestinien handicapé

L’enquête du commandement du Sud n’a pas réussi à déterminer comment Ibrahim Abu Thurayeh est mort lors d'une émeute à la frontière de Gaza le mois dernier

Le manifestant palestinien handicapé  Ibrahim Abu Thurayeh brandit un drapeau palestinien durant une manifestation le long de la frontière avec Gaza le 15 décembre 2017 dans des affrontements qui suivent la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël du président américain Donald Trump (Crédit : MOHAMMED ABED / AFP)
Le manifestant palestinien handicapé Ibrahim Abu Thurayeh brandit un drapeau palestinien durant une manifestation le long de la frontière avec Gaza le 15 décembre 2017 dans des affrontements qui suivent la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël du président américain Donald Trump (Crédit : MOHAMMED ABED / AFP)

L’armée israélienne a annoncé jeudi matin que la police militaire allait ouvrir une enquête criminelle sur la mort d’un Palestinien en fauteuil roulant tué par balles près de la barrière de sécurité à Gaza lors d’affrontements violents avec l’armée le 15 décembre dernier, car une première enquête militaire n’a pas pu déterminer les circonstances du décès.

Depuis la mort d’Ibrahim Abu Thurayeh, les responsables palestiniens ont insisté sur le fait que l’homme en fauteuil roulant, qui avait été amputé de ses deux jambes, a été tué par un tir israélien lors d’une manifestation contre la reconnaissance par le président américain Donald Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël.

La mort d’Abu Thurayeh a été dénoncée par les Palestiniens et d’autres personnes, qui ont déclaré qu’il n’aurait pas pu présenter une menace sérieuse pendant la manifestation. Son image est devenue un symbole international de la résistance à la déclaration de Jérusalem de Trump du 6 décembre, que les Palestiniens considèrent comme une décision en faveur d’Israël.

Le commandement du Sud de l’armée israélienne a ouvert une enquête pour déterminer si l’allégation selon laquelle Abu Thurayeh aurait été tué par un tir israélien était vraie. Il a découvert qu’aucune balle n’avait été tirée directement contre lui, mais n’a pas pu déterminer la cause exacte du décès.

« Aucun tir réel ne visait Abu Thurayeh. Il est impossible de déterminer si Abou Thurayeh avait été atteint par les moyens anti-émeutes ou ce qui avait causé sa mort », a déclaré l’armée à la fin de l’enquête le 18 décembre.

L’armée a déclaré que son enquête avait été entravée par le fait que les autorités palestiniennes n’ont pas partagé les détails des blessures qu’Abu Thurayeh a subies lors de la manifestation.

« Malgré de nombreuses demandes d’informations de la part de Tsahal, aucun détail ou conclusion précis concernant les blessures d’Abu Toriya (sic) n’a été reçu. Si des détails supplémentaires nous parvenaient, ils seraient examinés et étudiés », a déclaré un porte-parole de l’armée à l’époque.

Bien qu’elle n’ait pas identifié la cause de la mort d’Abu Thurayeh, l’armée a affirmé que son enquête n’avait révélé « aucune faute morale ou professionnelle ».

Jeudi matin, l’armée israélienne a indiqué qu’elle remettait l’affaire à la police militaire pour qu’elle la réexamine après avoir obtenu des informations auparavant indisponibles sur l’incident de la part des groupes à Gaza.

« Afin d’examiner cette affaire, y compris des informations reçues d’organisations opérant dans la bande de Gaza, l’armée a décidé que les circonstances de la mort d’Ibrahim Abu Thurayeh seront examinées lors d’une enquête de l’armé », précise le communiqué.

Le président américain Donald Trump montre le protocole signé reconnaissant Jérusalem en tant que capitale de l’Etat juif dans la salle de réception diplomatique de la Maison Blanche le 6 décembre 2017 (Crédit : AFP / SAUL LOEB)

L’armée soutient que la manifestation du 15 décembre « était extrêmement violente et comprenait des milliers d’émeutiers », qui ont lancé des pierres et des pneus enflammés sur la clôture de sécurité et sur les soldats de l’autre côté.

L’armée a insisté sur le fait que les troupes utilisaient pour la plupart des armes de dispersion des foules — du gaz lacrymogène et des balles en caoutchouc — contre les manifestants, mais que dans certains cas des tirs à balles réelles avaient été utilisés. Bien que ces méthodes de dispersion des émeutes soient moins mortelles que les méthode standard, il existe de nombreux cas où des personnes ont été tués par des balles en caoutchouc et des bombes lacrymogènes, ainsi que par des complications liées à l’inhalation de gaz lacrymogène.

« Quelques tirs contrôlés ont été tirés vers les principaux instigateurs. Les troupes ont reçu l’approbation avant de tirer à chaque fois par un commandant sur le terrain », avait déclaré l’armée à l’époque.

La manifestation a eu lieu pendant la vague de violences qui a éclaté dans les Territoires palestiniens après la déclaration de Trump sur Jérusalem, et au cours de laquelle 12 personnes sont mortes (dont des membres actifs du groupe terroriste palestinien du Hamas), presque toutes à Gaza.

Le Hamas a exhorté les Palestiniens à affronter les soldats et les résidents des implantations. Le groupe terroriste a laissé des milliers de Gazaouis affronter les troupes israéliennes à la barrière frontalière.

Son chef, Ismail Haniyeh, a loué « l’Intifada bénie » et a exhorté à la libération de Jérusalem. Il a fait comprendre que le groupe cherchait à intensifier la violence contre Israël.

Les Palestiniens transportent le corps d’Ibrahim Abu Thurayeh à l’hôpital al-Shifa de Gaza, le 15 décembre 2017 (Crédit : AFP Photo/Mahmud Hams)

L’histoire d’Abu Thurayeh a attiré l’attention des médias internationaux et des milliers de personnes ont assisté à ses funérailles à Gaza. Lors de ses funérailles, le chef du Hamas, Ismail Haniyeh, l’a salué comme un héros et un martyr, et a juré de ne jamais renoncer à Jérusalem. « Et je ne parle pas de Jérusalem-Est, mais de la Jérusalem unifiée », a précisé Haniyeh, dans des images diffusée par la Dixième chaîne. « Pas Jérusalem-Est et pas Jérusalem-Ouest. Musulman. Musulman. »

Le mois dernier, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme Zeid Raad Al Hussein s’était dit « véritablement choqué » par sa mort. Il a qualifié la mort d’Abu Thurayeh d’ « incompréhensible, d’un acte véritablement choquant et gratuit ». Malgré l’enquête interne de l’armée israélienne sur les événements survenus au cours de l’incident, Il a réclamé une enquête « impartiale et indépendante » pour s’assurer que les responsables soient poursuivis.

Abu Thurayeh était régulièrement présent lors des manifestations à la frontière. Il était apparu à plusieurs reprises sur des photos de l’AFP lors de manifestations ces dernières années.

Depuis qu’il a perdu ses jambes, il se déplaçait souvent dans la ville de Gaza en fauteuil roulant où il gagnait sa vie en lavant les voitures. Il a également participé fréquemment aux manifestations le long de la frontière.

Ibrahim Abu Thurayeh à la frontière de Gaza le 15 décembre 2017 (Crédit : Capture d’écran YouTube)
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