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L’armée salue l’extraction « héroïque » des soldats israéliens lors du raid à Gaza

Le chef de l'armée a salué l'officier des forces spéciales tombé au combat, ajoutant que l'opération a été de "la plus haute importance" pour Israël

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Un hélicoptère transportant un soldat israélien blessé durant un raid dans la bande de Gaza se pose près du centre médical Soroka de Beer Sheva, le 11 novembre 2018. (Crédit : capture d'écran/Twitter)
Un hélicoptère transportant un soldat israélien blessé durant un raid dans la bande de Gaza se pose près du centre médical Soroka de Beer Sheva, le 11 novembre 2018. (Crédit : capture d'écran/Twitter)

Une opération des forces spéciales israéliennes dans les profondeurs de la bande de Gaza, dans la nuit de dimanche, qui a entraîné des heures d’affrontements et a entraîné la mort d’un officier de l’armée n’était pas un raid visant à assassiner un haut-responsable du Hamas mais bien une mission de renseignements qui a dégénéré, ont fait savoir les militaires lundi.

« Les soldats de l’armée qui ont mené une opération la nuit dernière dans la bande de Gaza se sont trouvés piégés dans une situation hautement complexe », a commenté le porte-parole de Tsahal Ronen Manelis.

« Les soldats ont agi de manière héroïque. Ils ont frappé ceux qui les menaçaient et il sont parvenus à retourner sur le territoire israélien », a-t-il ajouté.

Le chef d’Etat-major Gadi Eizenkot a salué le lieutenant-colonel tué lors du raid, disant que « l’armée israélienne doit davantage au lieutenant-colonel ‘Mem’ que je ne saurais le dire ».

Il a ajouté que l’opération était « de la plus haute importance pour la sécurité d’Israël » et il a fait l’éloge de l’unité des forces spéciales et de l’armée de l’air qui ont combattu « bravement, en gardant la tête froide et avec héroïsme ».

Les détails du raid, notamment l’identité de l’officier qui a perdu la vie, ont été soumis à la censure militaire et ne peuvent donc être publiés.

Dimanche dans la nuit, une unité des forces spéciales est entrée dans la bande de Gaza sur plusieurs kilomètres.

A un moment au cours de l’opération, les militaires ont affronté des combattants du Hamas, tuant un commandant et plusieurs autres membres du groupe terroriste à la tête de Gaza.

Les membres des forces de sécurité palestiniennes réunis dans la morgue de l’hôpital où cinq des six hommes tués dans une opération israélienne à Khan Younis, dans le sud de Gaza, ont été transportés, le 11 novembre 2018 (Crédit : Said KHATIB / AFP)

L’unité de l’armée a appelé un renfort aérien – chargée de bombarder la zone environnante – et elle est parvenue à s’extirper de la bande de Gaza.

En plus du lieutenant colonel israélien mort au combat, qui n’a été identifié que par la lettre en hébreu de son prénom, « Mem », un deuxième soldat a été blessé dans les échanges de tirs. Il a été pris en charge au centre médical Soroka à Beer Sheva dans un état modéré mais stable.

Selon le ministère de la Santé dirigé par le Hamas, sept Palestiniens au total ont été tués et sept autres ont été blessés.

Suite à cette opération, des groupes terroristes palestiniens ont lancé au moins 17 projectiles – roquettes et obus de mortier – vers le sud d’Israël. Trois ont été interceptés par le système de défense anti-aérienne du Dôme de fer. Les autres sont tombés dans des champs, à l’extérieur des communautés peuplées, et l’un d’entre eux a causé des dégâts légers à une serre, dans la région d’Eshkol.

Lundi matin, les médias palestiniens ont partagé des photos de ce qui aurait été le véhicule utilisé par les forces spéciales israéliennes dans Gaza. La voiture a été bombardée, apparemment par Israël, dans le but de détruire des documents et des équipements classifiés ou utiles.

Le Hamas a accusé Israël d’avoir saboté un cessez-le-feu émergent qui a été négocié par l’Egypte et soutenu par le Qatar.

Manelis a précisé que la décision de mener cette opération, encore classifiée, n’a pas été prise à la légère. « Des actions comme celles-ci sont réfléchies avec beaucoup de sérieux », a-t-il dit.

Le porte-parole a également dénoncé ceux qui ont laissé se propager des rumeurs et de fausses informations dimanche soir, notamment l’information mensongère qu’un soldat avait été kidnappé – nécessitant un démenti explicite de la part de l’armée.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu est attendu en Israël, dans la journée de lundi, pour tenter de sauver le cessez-le-feu avec le Hamas.

Netanyahu a été informé de cette flambée de violence alors qu’il se trouvait à Paris en visite officielle et il a donc écourté son séjour. Son avion devrait atterrir lundi, tôt dans la matinée.

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman rencontre le chef de l’armée israélienne Gadi Eizenkot, le chef des services de sécurité du Shin Bet et autres hauts responsables de la Défense au siège de l’armée à Tel Aviv, le 11 novembre 2018 (Crédit : Ariel Hermoni/Defense Ministry)

Pour sa part, le ministre de la Défense Avigdor Liberman a continué, lundi matin, les entretiens sur la situation avec les responsables militaires au siège de l’armée, à Tel Aviv.

Les habitants du sud d’Israël ont reçu l’ordre de rester à proximité des abris anti-aériens dimanche soir, en raison d’éventuelles ripostes. Aux premières heures de lundi, ils ont eu l’autorisation de quitter ces espaces protégés. L’armée a également déclaré le périmètre avoisinant de Gaza zone militaire fermée et les lignes ferroviaires, au sud d’Ashkelon, ont été interrompues.

Il n’y aurait pas eu de frappes aériennes israéliennes en réponse au tir de roquette.

Les frappes de l’armée israélienne à Gaza, le 11 novembre 2018 (Capture d’écran : Dixième chaîne)

Cette flambée de violence est venue interrompre une brève période de calme le long de la frontière agitée, deux jours après que l’Etat juif a permis au Qatar d’envoyer 15 millions de liquidités à Gaza – l’une des premières initiatives mises en place dans le cadre d’un accord de cessez-le-feu présumé conclu entre Israël et le groupe terroriste.

Selon l’aile militaire du Hamas, le commandant des brigades Qassam, Nour Baraka, a été tué ainsi que six autres membres du mouvement par les forces spéciales israéliennes qui circulaient à trois kilomètres de la frontière, sur le territoire gazaoui, à bord d’un « véhicule civil ».

Le terroriste du Hamas Nour Baraka (Capture d’écran : Hadashot TV)

Selon des informations, Baraka était étroitement impliqué dans les constructions de tunnels du Hamas et il était aussi le commandant d’un bataillon régional de Khan Younis.

Le général de brigade (réserviste) Tal Russo, ancien chef du Commandement du sud, a expliqué que les méthodes utilisées lors de l’opération montraient qu’il ne s’agissait pas d’une tentative d’assassinat de Baraka, comme le Hamas l’a de prime abord affirmé.

« Des activités dont la majorité des civils n’ont pas connaissance ont lieu en permanence, chaque nuit et chaque jour. Cette action – une opération qui a été apparemment découverte – n’était pas une tentative d’assassinat. Nous avons d’autres moyens lorsqu’il s’agit d’assassiner quelqu’un », a expliqué Russo à la Dixième chaîne.

Le général à la retraite qui, jusqu’à une date récente, était responsable des missions de l’armée à l’étranger, a également dit à la radio militaire que Baraka avait été probablement tué dans des échanges de feu lors d’une initiative israélienne de secours visant à évacuer les soldats des forces spéciales.

Les médias palestiniens ont fait savoir que les militaires israéliens avaient initialement tenté de capturer – et non de tuer – Baraka pendant l’opération, mais que le commandant du Hamas était mort sous les tirs après que le raid a été percé à jour. Une information qui a été ultérieurement confirmée par l’armée israélienne.

Les brigades Qassam ont expliqué avoir affronté les commandos israéliens, déclenchant des échanges de tirs féroces avec les soldats, avec notamment des frappes intenses au drone dans toute la bande de Gaza.

L’équipe des forces spéciales a été forcée de battre en retraite du côté israélien de la clôture sous couverture du bombardement aérien, a fait savoir l’aile militaire du Hamas dans un communiqué. Un porte-parole du groupe terroriste a salué « la résistance courageuse qui a repoussé l’agression israélienne ».

Les couloirs aériens en provenance et en direction de l’aéroport Ben-Gurion avaient été temporairement fermés au vu des affrontements à Gaza, a noté un porte-parole de l’Autorité de l’aviation.

La ministre de la Culture avait été désignée Première ministre en exercice en l’absence de Netanyahu. Elle a toutefois été dans l’incapacité d’organiser une réunion d’urgence du puissant cabinet de sécurité, n’y appartenant pas. Liberman, pour sa part, a l’autorité nécessaire pour appeler à une session spéciale du cabinet.

Un Palestinien jette des pierres sur des soldats israéliens lors d’une émeute sur la plage près de la frontière maritime avec Israël, à Beit Lahia, dans le nord de la bande de Gaza, le 29 octobre 2018. (MAHMUD HAMS / AFP)

Selon le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas, il y a eu, en plus de Baraka, six autres membres du groupe terroriste, tous âgés d’une vingtaine d’années, qui ont été tués lors de la confrontation avec l’armée israélienne.

Sept Palestiniens auraient également été blessés.

Dimanche, Netanyahu avait dit qu’Israël faisait de son mieux pour empêcher des « guerres non-nécessaires » dans la bande de Gaza. Il avait néanmoins maintenu que la diplomatie avec les leaders du Hamas était stérile.

« Il n’y a pas de solution diplomatique pour Gaza tout comme il n’y a pas de solution diplomatique pour l’Etat islamique », avait-il déclaré.

Une Palestinienne compte son argent après avoir reçu son salaire à Rafah, dans la bande de Gaza, le 9 novembre 2018 (Crédit : Said Khatib/AFP)

« Je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour éviter une guerre non-nécessaire », avait clamé le Premier ministre, évoquant les millions de morts de la Première guerre mondiale qui représentaient, selon lui, l’exemple d’une guerre sanglante et inutile. « Je n’ai pas peur de la guerre si elle est nécessaire, mais je veux l’éviter si elle ne l’est pas ».

Les manifestations hebdomadaires à la frontière de Gaza, intitulées « la marche du retour », ont lieu depuis le 30 mars et elles ont majoritairement impliqué des pneus incendiés et des jets de pierre le long de la clôture de sécurité. Elles ont toutefois également été illustrées par des attaques à l’arme à feu, à la bombe et par des tentatives d’infiltration au sein du territoire israélien, ainsi par que le lancement de cerfs-volants et de ballons incendiaires vers l’Etat juif. Le sud israélien a également connu des bombardements sporadiques mais agressifs à la roquette depuis l’enclave côtière.

160 Palestiniens ont été tués depuis le mois de mars. Le Hamas, qui a pris le contrôle de Gaza en 2007 et qui cherche la destruction d’Israël, a reconnu que des dizaines de morts appartenaient à ses rangs.

L’Egypte, aux côtés du coordinateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient de l’ONU, a récemment joué un rôle essentiel pour tenter de négocier un cessez-le-feu entre Israël et les groupes armés dans la bande.

Les médiateurs égyptiens ont travaillé de manière intensive à maintenir le calme et ils espèrent également amener le Hamas et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, en Cisjordanie, à la réconciliation nationale.

L’équipe du Times of Israël et l’AFP ont contribué à cet article.

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