L’artiste Zineb Sedira répond à la polémique l’accusant d’être pro-BDS
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L’artiste Zineb Sedira répond à la polémique l’accusant d’être pro-BDS

La plasticienne franco-algérienne, qui représentera la France à la Biennale de Venise 2021, rejette tout lien avec le mouvement BDS et explique avoir déjà exposé en Israël

L’artiste franco-algérienne Zineb Sedira. (Crédit : capture d’écran YouTube / Jeu de Paume)
L’artiste franco-algérienne Zineb Sedira. (Crédit : capture d’écran YouTube / Jeu de Paume)

La semaine dernière, Le Monde annonçait que l’artiste franco-algérienne Zineb Sedira, 57 ans, serait la prochaine représentante de la France à la Biennale de Venise, qui aura lieu de mai à novembre 2021.

Cette désignation a déclenché la colère de plusieurs internautes sur les réseaux sociaux, l’accusant d’être une militante du mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions, qui vise au boycott d’Israël.

Mercredi soir, dans un communiqué transmis à l’AFP, l’artiste a longuement démenti ces « accusations infondées et calomnieuses ». « Je suis heureuse de représenter la France lors de la Biennale 2021 et m’attacherai toujours à lutter contre toutes formes de haine, d’actes ou de propos racistes ou antisémites », a-t-elle affirmé.

La plasticienne assure être « une artiste, pas une activiste ». « Jamais je n’ai adhéré à cette organisation, jamais je n’ai eu d’accointance avec ce mouvement. Je condamne d’ailleurs fermement tout boycott et je ne peux être associée ou être solidaire du BDS. Je m’oppose au BDS et à tout boycott global qui aurait pour résultat contre-productif d’affecter et de paralyser les femmes et les hommes désireux de vivre en paix. »

Zineb Sedira ajoute n’avoir « jamais participé à la moindre promotion des appels au boycott d’Israël ».

La polémique avait démarré suite à un article du site Causeur.fr, publié mardi, qui l’accusait de s’être opposée, en 2017, lors de la Biennale de la Méditerranée à Sakhnine (un village arabe israélien), à l’envoi de ses œuvres, avec deux autres artistes franco-marocaines.

« Le président de la République, qui reconnaît haut et fort que ‘l’antisionisme est une des formes modernes de l’antisémitisme’ (pas plus tard que la semaine dernière, pour la dernière fois), ne peut pas laisser la France être représentée par une antisioniste virulente lors de cet évènement prestigieux qu’est la Biennale de Venise », écrivait l’écrivaine Maya Nahum dans sa tribune.

Au sujet du retrait de ses œuvres à la Biennale de la Méditerranée, Zineb Sedira explique que ses raisons « n’avaient absolument rien à voir avec ce mouvement dit BDS » mais étaient « purement artistiques », en raison des mauvaises conditions d’installation d’une de ses vidéos « And the road goes on ».

« Le retrait de mon œuvre a été instrumentalisé par le BDS. Toute mon œuvre témoigne de ma volonté de m’inscrire dans une relation pacifique entre les hommes et les femmes. C’est la raison pour laquelle non seulement aucun boycott d’Israël ne saurait m’être reproché, mais en plus j’ai eu le plaisir d’y exposer mes œuvres au musée d’Herzliya [en 2010-2011] (…) et plus anciennement à Jérusalem et à Nazareth », affirme-t-elle encore.

Suite à l’article de Causeur, le président du Crif, Francis Kalifat, s’adressant au ministre de la Culture Franck Riester, avait écrit sur Twitter : « Vive émotion et incompréhension : comment une artiste fervente partisane du BDS, illégal en France, peut-elle représenter notre pays à la biennale de Venise ? »

Dans un message, Bernard-Henri Lévy a lui indiqué : « Comment après l’émouvant voyage de Emmanuel Macron en Israël, la France peut-elle choisir, pour la représenter à la Biennale d’art de Venise, une artiste activiste du BDS, chantre du boycott d’Israël ? »

Il a également partagé la lettre de Jacqueline Frydman, présidente d’ISART, une association de promotion des échanges culturels entre la France et Israël, adressée à Franck Riester.

« Je me fais la porte-parole d’acteurs du milieu de l’art qui sont choqués du choix qui a été fait en la personne de Zineb Sedira pour représenter la France », écrit Jacqueline Frydman.

« La sélection de cette artiste, membre d’une organisation appelant à l’exclusion d’un pays démocratique et de ses artistes avec les dérives antisionistes et antisémites que l’on connaît, est une promotion de la campagne dite BDS dont les appels au boycott d’Israël en France ont été condamnés par la plus haute juridiction française », ajoutait-elle.

« Sur proposition du comité de sélection présidé par Charlotte Laubard, Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, et Franck Riester, ministre de la Culture, ont retenu Zineb Sedira pour représenter la France », confirme jeudi un communiqué commun des deux ministres, qui estiment que « depuis hier (mercredi), de fausses informations circulent sur Zineb Sedira ».

M. Riester la défend en soulignant que « Zineb Sedira s’attache à lutter contre toutes formes de haine, d’actes ou de propos racistes ou antisémites ».

Selon le comité de sélection, elle a eu le mérite d' »ouvrir la voie à une relecture de l’histoire coloniale dès la fin des années 1990 quand ces questions étaient encore peu assumées par la société française ».

« Ces dernières années, elle a élargi ses recherches à d’autres géographies et a étendu la question coloniale à celle des flux économiques et humains et à la circulation des idées », a ajouté le comité.

Le BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions) est une campagne qui promeut les boycotts économiques, culturels et politiques d’Israël, de ses citoyens et de ses entreprises.

L’artiste de 57 ans, dont les parents ont milité pour l’indépendance de leur pays et qui s’affirme comme passeuse de témoin de la mémoire, collabore depuis vingt ans avec la galerie Kamel Mennour à Paris. Zineb Sedira a eu une exposition au Jeu de paume en 2019.

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