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L’Autorité palestinienne demande à Israël l’arme qui aurait tué Abu Akleh

Le Premier ministre Shtayyeh a répété refuser une enquête conjointe avec Israël sur la mort de la journaliste, disant qu'Israël "a fabriqué de toute pièce l'histoire d'un peuple"

De hauts responsables palestiniens, dont le Premier ministre Mohammad Shtayyeh, aux côtés de la famille de la journaliste d'Al-Jazeera Shireen Abu Akleh lors d'une cérémonie de commémoration à Ramallah, le 19 juin 2022. (Crédit : WAFA/Mahmoud Abu Zeid)
De hauts responsables palestiniens, dont le Premier ministre Mohammad Shtayyeh, aux côtés de la famille de la journaliste d'Al-Jazeera Shireen Abu Akleh lors d'une cérémonie de commémoration à Ramallah, le 19 juin 2022. (Crédit : WAFA/Mahmoud Abu Zeid)

Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne Mohammad Shtayyeh a demandé à Israël, dimanche, de remettre l’arme qui aurait été utilisée pour tuer, le mois dernier en Cisjordanie, la journaliste vedette de la chaîne Al Jazeera, Shireen Abu Akleh, à l’occasion d’une cérémonie à sa mémoire.

« Nous demandons que l’arme qui a assassiné Shireen Abu Akleh soit remise par Israël », a déclaré solennellement Shtayyeh.

L’Autorité palestinienne, Al Jazeera et le Qatar, pays finançant cette chaîne panarabe, ont accusé l’armée israélienne d’avoir tué la journaliste, tandis que le procureur palestinien a conclu que la journaliste avait été la cible d’un tir d’un soldat israélien utilisant un Ruger Mini-14, une arme semi-automatique.

Ces dernières semaines, des enquêtes journalistiques ont aussi pointé en direction de l’armée. Jeudi, Al Jazeera a diffusé une photo de la balle ayant tué sa journaliste vedette et interrogé des experts expliquant que ce type de balle était utilisé par Israël.

Et tandis que l’État juif et l’AP mènent actuellement des enquêtes distinctes sur la mort de la journaliste à Jénine, dans des circonstances disputées, l’analyse balistique de la balle meurtrière et de l’arme correspondante est probablement le seul moyen définitif de déterminer si c’est un soldat israélien qui est à l’origine du tir.

Les responsables militaires israéliens ont, de leur côté, identifié une arme qui serait susceptible d’avoir tiré la balle qui a mortellement blessé Abu Akleh – mais toute conclusion définitive nécessiterait de pouvoir procéder à une analyse balistique de la balle. Ramallah a refusé, jusqu’à présent, la possibilité d’une enquête conjointe, résistant également aux appels lancés par les responsables israéliens qui demandent que la balle leur soit transférée.

« Nous avons refusé de leur remettre la balle et nous exigeons même qu’ils remettent l’arme qui a assassiné Shireen Abu Akleh », a déclaré dimanche le Premier ministre de l’AP Mohammed Shtayyeh lors d’une cérémonie en l’honneur de la journaliste à Ramallah, siège de l’Autorité palestinienne.

« Nous avons refusé une enquête conjointe parce que ceux qui ont fabriqué de toute pièce l’histoire d’un peuple, volant des terres et volant une patrie, peuvent aussi bien fabriquer de toute pièce un narratif. Nous n’avons pas confiance eux eux », a ajouté Shtayyeh.

La question « n’est plus celle de l’identité du tueur », a indiqué de son côté Walid Al-Omari, directeur d’Al Jazeera dans les territoires palestiniens, accusant ainsi l’armée israélienne d’avoir tué la journaliste.

« Nous ne demandons que justice pour Shireen », a renchéri Anton Abu Akleh, le frère de la journaliste, à l’occasion de cette cérémonie qui a réuni des centaines de personnes au Centre culturel de Ramallah, où ont aussi été exposées des photos de la reporter d’obédience chrétienne.

Samedi, des dizaines de proches se sont également réunis dans une église de Jérusalem-Est pour célébrer la « messe de quarantaine ».

Les responsables américains ont appelé les deux parties à terminer leurs investigations sur la mort d’Abu Akleh. Dans des propos tenus auprès du Times of Israel, un responsable de la Maison Blanche a indiqué que Washington avait espéré que Ramallah partagerait les conclusions de son enquête avec l’État juif.

Du ruban jaune marque les impacts de balles sur un arbre et un portrait et des fleurs forment un mémorial de fortune sur le site où la journaliste palestino-américaine d’Al-Jazeera Shireen Abu Akleh a été tuée par balle dans la ville de Jénine, en Cisjordanie, le jeudi 19 mai 2022. (Crédit: AP/Majdi Mohammed)

Abu Akleh, 51 ans, a été tuée le 11 mai alors qu’elle couvrait une opération militaire à Jénine. Pendant ce raid, des échanges de coups de feu avaient éclaté entre les soldats et des hommes armés palestiniens. Abu Akleh avait reçu une balle à la tête.

Des images de la scène ne montraient pas de tireurs palestiniens à proximité des journalistes. Un moment auparavant, les journalistes palestiniens semblaient discuter et plaisanter avant que les coups de feu n’éclatent, tuant Abu Akleh.

Ressortissante américano-palestinienne et journaliste pour Al-Jazeera depuis 25 ans, la quinquagénaire était un visage familier du monde arabe, connue pour son travail sur le conflit israélo-palestinien et pour ses reportages sur le quotidien des Palestiniens. Elle était considérée comme une correspondante de presse pionnière, un modèle à la fois pour les femmes et pour les Palestiniens. Sa mort avait entraîné l’indignation internationale et une onde de choc chez les Palestiniens.

L’Autorité palestinienne, qui a mené ses propres investigations, avait immédiatement attribué la responsabilité de la mort d’Abu Akleh à Israël. Selon le procureur de l’AP, Akram Khatib, les éléments de preuve qui ont été recueillis, les analyses médico-légales et les témoignages montrent de manière claire que la journaliste a été délibérément prise pour cible et abattue par les soldats.

Des conclusions qui ont été rejetées par les autorités israéliennes, qui les ont qualifiées de « mensongères » et qui ont continué leur propre enquête.

« Toute affirmation laissant entendre que l’armée israélienne vise intentionnellement des journalistes ou des individus sans lien avec le terrorisme relève d’un mensonge grossier et flagrant », avait alors commenté le ministre de la Défense, Benny Gantz.

Israël, pour sa part, avait initialement déclaré que des hommes armés palestiniens étaient à l’origine de la mort de la journaliste – reconnaissant ensuite que cette dernière avait pu être tuée par les troupes israéliennes. L’armée n’a pas encore ouvert d’enquête criminelle sur les coups de feu ayant entraîné la mort d’Abu Akleh.

« Dans la mesure où Abu Akleh a été tuée au beau milieu d’une zone de combat actif, il ne peut y avoir de soupçon, dans l’immédiat, d’une activité criminelle en l’absence d’éléments de preuve supplémentaires », a déclaré Yifat Tomer-Yerushalmi, procureure de Tsahal, dans un communiqué.

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