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Lavrov : « Et alors, si Zelensky est juif ? Même Hitler ‘avait du sang juif' »

Dans une tentative de défendre ses déclarations sur la "dénazification" l'Ukraine, le ministre des Affaires étrangères russe déclare que "certains des pires antisémites sont juifs"

Le ministre des Affaires étrangères russe  Sergey Lavrov pendant une conférence de presse durant la 76è session de l'Assemblée générale des Nations unies, le 25 septembre 2021. (Crédit : AP Photo/Mary Altaffer)
Le ministre des Affaires étrangères russe Sergey Lavrov pendant une conférence de presse durant la 76è session de l'Assemblée générale des Nations unies, le 25 septembre 2021. (Crédit : AP Photo/Mary Altaffer)

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a déclaré dimanche que le fait que le président ukrainien soit Juif ne contredisait pas les affirmations de Moscou selon lesquelles cette invasion avait été lancée pour « dénazifier » le pays, affirmant que même Hitler « avait du sang juif. »

Dans une interview accordée à la chaîne d’information italienne Zona Bianca, durant laquelle il a été demandé à Lavrov comment le président russe Vladimir Poutine pouvait prétendre qu’il essayait de « dénazifier » l’Ukraine alors que Volodymyr Zelensky, le président démocratiquement élu du pays, était Juif.

« Et alors, si Zelensky est juif ? Cela ne change rien à la présence d’éléments nazis en Ukraine. Il me semble qu’Hitler avait aussi du sang juif », a déclaré M. Lavrov, ajoutant que « certains des pires antisémites sont juifs ».

Des théories de conspiration tenaces selon lesquelles leader nazi Adolf Hitler aurait eu des ancêtres juifs, ce qui aurait été une des causes de son antisémitisme et aurait conduit au meurtre de six millions de Juifs, ont été démenties à plusieurs reprises par les historiens.

Poutine avait déclaré, au moment où il a lancé l’invasion, que cette « opération militaire spéciale » viserait à « dénazifier » son voisin souverain. La presse russe tente depuis de dépeindre l’Ukraine comme étant alignée au nazisme, sans pour autant apporter de preuves à l’appui de ces accusations.

Le directeur du musée israélien de la Shoah Yad Vashem, Dani Dayan, a condamné les remarques de M. Lavrov, faites la semaine, au moment même où Israël commémorait la Shoah, estimant qu’il s’agissait de « propos sans fondement, délirants et dangereux qui méritent d’être condamnés ».

Le chef de Yad Vashem Dani Dayan dans son bureau de Jérusalem, devant une citation de l’artiste assassinée Gela Seksztajn. (Crédit : Alex Kolomoisky/Yad Vashem)

Yad Vashem et d’autres groupes représentant les survivants avaient déjà condamné les affirmations de la Russie selon lesquelles l’Ukraine devait être « dénazifiée » comme n’étant « pas fondées sur des faits, elles déforment et banalisent la Shoah, et nous les déplorons. »

Dans l’interview, M. Lavrov a également accusé les États-Unis de saboter les pourparlers de paix entre Moscou et Kiev et a reproché aux médias occidentaux de déformer la couverture médiatique de la guerre et de présenter « une image déformée de moi ».

Il a toutefois déclaré que Zelensky avait encore le pouvoir de mettre fin à la guerre s’il « cessait de donner des ordres criminels à ses forces nazies ».

Les commentaires de Lavrov sont intervenus après que Zelensky a rencontré la présidente de la Chambre des représentants des États-Unis, Nancy Pelosi, à Kiev, rencontre que Zelensky a qualifié comme un puissant signal de soutien dans une période difficile.

Dans son discours télévisé de dimanche soir, M. Zelensky a déclaré que sa rencontre avec Mme Pelosi comprenait des discussions sur les approvisionnements de l’Ukraine en matière de défense, le soutien financier et les sanctions contre la Russie.

Sur cette photo publiée par le Bureau de presse présidentiel ukrainien le 1er mai 2022, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, à droite, remet l’Ordre de la princesse Olga, troisième grade, à la présidente de la Chambre des représentants américaine Nancy Pelosi à Kiev, en Ukraine, le 30 avril 2022 (Crédit : Bureau de presse présidentiel ukrainien/AP).

Mme Pelosi et une demi-douzaine de parlementaires américains ont discuté avec Zelensky et ses principaux collaborateurs lors d’une rencontre qui a duré près de trois heures samedi dernier, afin de marquer la solidarité des États-Unis avec le pays assiégé et de constater de visu la situation, dans la perspective de faire adopter par le Congrès un nouveau plan d’aide massif à l’Ukraine.

Zelensky a déclaré que les Ukrainiens « sont reconnaissants à tous les partenaires qui envoient des signaux de soutien aussi importants et puissants par leur visite dans notre capitale dans un moment aussi difficile ».

Zelensky a par ailleurs estimé que plus de 350 000 personnes avaient été évacuées des zones de combat grâce aux couloirs humanitaires préétablis avec Moscou depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie fin février. De nombreux civils ont été évacués dimanche d’une aciérie située dans la ville bombardée de Marioupol.

On estime à 100 000 le nombre de personnes qui se trouvent encore dans la ville de Marioupol soumise à un blocus, dont un millier de civils qui se sont retranchés avec quelque 2 000 combattants ukrainiens dans une usine sidérurgique de l’ère soviétique, seule partie de la ville non occupée par les Russes.

Cependant, le sort des combattants ukrainiens toujours retranchés dans l’usine n’était pas très clair.

Un militaire russe monte la garde pendant qu’un groupe de journalistes internationaux regarde une peinture représentant une Ukrainienne tenant un drapeau rouge de l’ère soviétique dans le territoire sous le gouvernement de la République populaire de Donetsk, dans l’est de l’Ukraine, samedi 30 avril 2022. Cette photo a été prise lors d’un voyage organisé par le ministère russe de la Défense. (Crédit : AP)

Marioupol a connu certaines des pires souffrances de la guerre. Une maternité avait été bombardée lors d’une attaque aérienne russe meurtrière pendant les premières semaines de la guerre, et environ 300 personnes auraient été tuées lors du bombardement d’un théâtre où s’étaient réfugiés des civils.

Zelensky a accusé Moscou de mener « une guerre d’extermination », affirmant que les bombardements russes avaient touché des entrepôts de nourriture, de céréales et d’engrais, ainsi que des quartiers résidentiels à Kharkiv, dans le Donbass et dans d’autres régions.

« Quel peut être le succès stratégique de la Russie dans cette guerre ? Honnêtement, je ne le sais pas. Des vies détruites et des biens brûlés ou volés ne donneront rien à la Russie », a-t-il déclaré.

Le corps d’un homme gît dans un appartement alors que les bombardements russes se poursuivent dans un village récemment repris par les forces ukrainiennes près de Kharkiv, en Ukraine, samedi 30 avril 2022. (Crédit : Felipe Dana/AP)

Les forces russes ont lancé une opération militaire massive pour s’emparer de parties importantes du sud et de l’est de l’Ukraine après leur défaite dans la prise de la capitale, Kiev. Marioupol, une ville portuaire sur la mer d’Azov, est une cible clé en raison de son emplacement stratégique près de la péninsule de Crimée, annexée par la Russie en 2014.

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