Le Caire : les propos de Choukri sur les politiques israéliennes ont été déformés
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Le Caire : les propos de Choukri sur les politiques israéliennes ont été déformés

L’Egypte déclare que les médias ont déformé les remarques du ministre des Affaires étrangères et affirme qu’il n’a pas parlé de la mort des enfants palestiniens

Sameh Choukri, ministre égyptien des Affaires étrangères. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Sameh Choukri, ministre égyptien des Affaires étrangères. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Le ministère égyptien des Affaires étrangères a démenti les informations selon lesquels le ministre, Sameh Choukri, aurait récemment déclaré que le meurtre d’enfants palestiniens par Israël n’était pas du terrorisme.

Choukri s’est attiré lundi les critiques du Hamas, qui dirige la bande de Gaza, après la publication d’informations selon lesquelles il aurait dit à un groupe de lycéens visitant le ministère au Caire que les politiques israéliennes envers les Palestiniens n’étaient pas du « terrorisme ».

Selon des informations publiées lundi par plusieurs médias arabes, un lycéen avant demandé à Choukri si les politiques israéliennes équivalaient à du terrorisme.

« Vous pouvez voir [la question du ‘terrorisme’ israélien] depuis la perspective de la loi du plus fort, mais [depuis une perspective plus traditionnelle], il n’y a pas de preuve montrant un lien entre Israël et des groupes terroristes armés », aurait déclaré Choukri.

Le ministre égyptien des Affaires étrangères Sameh Choukri s'adresse à un groupe de lycéens au ministère, au Caire, le 21 août 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Le ministre égyptien des Affaires étrangères Sameh Choukri s’adresse à un groupe de lycéens au ministère, au Caire, le 21 août 2016. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Un quotidien londonien critique du gouvernement Sissi au Caire, Al-Araby al-Jadeeda, avait intitulé son article « Tuer des enfants palestiniens n’est pas du terrorisme », même si cette remarque n’apparaît pas dans les premiers articles sur les déclarations de Choukri.

Selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères au Caire, Choukri n’a jamais parlé de tuer des enfants palestiniens, et ses remarques ont été déformées par des détracteurs du gouvernement. Le communiqué affirme qu’il ne lui a pas été posé de questions sur le meurtre d’enfants innocents, mais sur pourquoi la communauté internationale ne considère pas les actions d’Israël comme du terrorisme.

Sa réponse, peut-on lire dans le communiqué, a été qu’il n’y avait pas de consensus international concernant la définition juridique du terme.

« Quiconque écoute la cassette [des déclarations de Choukri] comprendra » son intention, a déclaré lundi soir un porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Les déclarations de Choukri avaient été interprétées comme un signe du réchauffement des relations entre Jérusalem et Le Caire, ainsi que comme une position de plus en plus froide de l’Egypte à l’égard du Hamas, qui est vu comme un allié des rebelles affiliés à l’Etat islamique dans la péninsule du Sinaï.

Elles ont cependant également été saisies par des détracteurs du régime égyptien.

Lundi, un porte-parole du Hamas a fustigé Choukri pour sa supposée déclaration.

« Quelqu’un qui ne voit pas dans les crimes de l’occupation sioniste du terrorisme est aveugle », a écrit lundi sur Twitter Husam Badran, porte-parole international du Hamas.

Pendant sa rencontre avec les lycéens dimanche, Choukri a également expliqué que les fortes préoccupations d’Israël concernant sa sécurité pouvaient se comprendre étant donné son histoire.

« Evidemment Israël, en accord avec sa propre historie, est une société dans laquelle l’élément sécuritaire est très fort, a-t-il déclaré. Du point de vue israélien, depuis 1948, cette même société a affronté plusieurs défis qui ont infusé sa doctrine de sécurité nationale, de contrôle du terrain et de contrôle des frontières. »

Des enfants palestiniens jouent dans un cratère à Beit Lahia, dans le nord de la bande de Gaza, créé par une frappe aérienne israélienne la veille tirée en réponse à une roquette lancée sur Sdérot, le 22 août 2016. (Crédit : AFP/Mahmud Hams)
Des enfants palestiniens jouent dans un cratère à Beit Lahia, dans le nord de la bande de Gaza, créé par une frappe aérienne israélienne la veille tirée en réponse à une roquette lancée sur Sdérot, le 22 août 2016. (Crédit : AFP/Mahmud Hams)

Ces remarques ont été faites avant qu’Israël ne mène des frappes intenses contre des positions du Hamas dans la bande de Gaza dimanche soir, en réponse à une attaque à la roquette dans l’après-midi. Ces raids ont entraîné la condamnation de la Turquie, qui a déclaré que le nouvel accord de réconciliation avec Jérusalem ne l’empêcherait pas de critiquer l’Etat juif et de défendre les Palestiniens.

Les responsables militaires israéliens pensent que, malgré des différences idéologiques, le Hamas à Gaza coopère avec les extrémistes affiliés à l’Etat islamique (EI) ou avec d’autres groupes armées dans le Sinaï égyptien. Ils louent la répression égyptienne contre les tunnels de contrebande transfrontaliers du Hamas, qui ont été une des voies principales d’acheminement des armes dans la bande de Gaza, et ont déclaré que l’armée égyptienne faisait un travail remarquable dans la féroce bataille contre les militants de l’EI dans le Sinaï.

Les analystes ont noté ces derniers mois une amitié croissante entre l’Egypte et Israël, qui maintiennent une paix froide depuis une trentaine d’années.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le ministre égyptien des Affaires étrangères Sameh Choukri à Jérusalem, le 10 juillet 2016. (Crédit : Haim Zach/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le ministre égyptien des Affaires étrangères Sameh Choukri à Jérusalem, le 10 juillet 2016. (Crédit : Haim Zach/GPO)

Les deux pays maintiennent conjointement un blocus de la bande de Gaza, défendu par Israël comme un moyen d’empêcher le Hamas et les autres groupes terroristes du territoire de se réarmer.

Sissi, qui en tant que chef militaire avait renversé son prédécesseur élu mais clivant, l’islamiste Mohammed Morsi, en 2013, a aidé Israël à isoler davantage le Hamas, organisation qui dirige la bande de Gaza. Le Hamas avait des relations étroites avec l’ancien président égyptien, et prend ses origines chez les Frères musulmans de Morsi.

Israël rend souvent hommage à Sissi pour sa position dure sur le terrorisme, et le considère comme un allié crucial dans ce qu’il voit comme une bataille partagée contre les extrémistes islamiques.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Sissi parlent régulièrement au téléphone. En mai dernier, Netanyahu a accueilli ce qu’il a décrit comme la « volonté » de Sissi à faire avancer le processus de paix avec les Palestiniens, quand Sissi a déclaré que les relations de l’Egypte avec Israël pourraient être plus chaleureuses si l’Etat juif faisait la paix avec les Palestiniens.

En juillet, Choukri avait fait une rare visite à Jérusalem, la première d’un ministre égyptien des Affaires étrangères depuis 2007, pour promouvoir la proposition du président Abdel-Fattah el-Sissi pour raviver le processus de paix israélo-palestinien.

Selon la Deuxième chaîne israélienne, la visite surprise de Choukri avait aussi pour objectif d’organiser une première rencontre entre Netanyahu et Sissi en Egypte dans les prochains mois.

La chaîne avait ajouté que la première visite de Choukri en Israël avait été coordonnée entre l’Egypte et l’Arabie saoudite, dont l’initiative de paix arabe est soutenue par Sissi et la plupart du monde arabe comme base de tout effort de paix régional.

La semaine dernière, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a également indiqué sa volonté de participer à un sommet de paix trilatéral au Caire entre Israéliens, Egyptiens et Palestiniens.

Les remarques de Choukri sur l’Etat juif dimanche ont eu lieu alors qu’une délégation israélienne serait arrivée au Caire pour des réunions avec leurs homologues égyptiens pour discuter des nouveaux efforts de paix.

Des agences ont contribué à cet article.

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