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Le chef de Balad, Sami Abou Shahadeh, prédit une « surprise électorale »

Alors que son destin dépend du taux de participation arabe, le leader du parti anti-sioniste est convaincu qu'il retournera à la Knesset

Sami Abou Shahadeh, chef du parti Balad, arrivant dans un bureau de vote pour voter aux élections législatives israéliennes, le 1er novembre 2022. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Sami Abou Shahadeh, chef du parti Balad, arrivant dans un bureau de vote pour voter aux élections législatives israéliennes, le 1er novembre 2022. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Le leader du parti Balad, Sami Abou Shahadeh, marchait d’un pas assuré accompagné de sa femme et de ses trois enfants dans la rue Rabbi Nahman de Breslev – nommée d’après le fondateur au XVIIIe siècle d’une importante branche du judaïsme hassidique – alors qu’il se dirigeait vers son bureau de vote local, à Jaffa, mardi.

Alors que son parti anti-sioniste a obtenu des résultats inférieurs au seuil de 3,25 % – nécessaire pour revenir à la Knesset – et qu’il est largement considéré comme un outsider, le député s’est néanmoins dit confiant que la participation des Arabes serait supérieure aux prévisions, ce qui permettrait à sa faction de revenir dans les couloirs du pouvoir.

« Je crois que ce que nous avons prédit il y a un mois et demi va se réaliser aujourd’hui. Par la suite, tous les analystes viendront expliquer pourquoi ils se sont trompés. Balad franchira le seuil électoral et sera la surprise de ces élections », a déclaré Abou Shahadeh.

En septembre, Balad en avait surpris plus d’un en se séparant de la Liste arabe unie – une liste qu’il partageait avec les partis à majorité arabe, Hadash et Taal, un mouvement qui, combiné au parti islamiste Raam, a conduit à diviser le vote arabe en trois.

À l’époque, on prévoyait que le taux de participation arabe serait inférieur à 40 %, ce qui minimisait les chances des trois partis de franchir le seuil. Balad était considéré comme le moins susceptible d’entrer à la Knesset tout en siphonnant le soutien arabe de Hadash-Taal et de Raam, et en menaçant de ce fait d’enterrer ces partis.

Depuis lors, les sondeurs ont revu à la hausse leurs prévisions de participation, qui se situent désormais autour de 50 %.

Afif Abou Much, un analyste politique arabe israélien, a prédit que la participation arabe devrait atteindre 53 % à 57 % pour que Balad puisse obtenir son entrée à la Knesset – un objectif probablement à portée de main. Le taux de participation des Arabes, qui est traditionnellement inférieur à celui des Israéliens juifs – pour un certain nombre de raisons – a oscillé au cours des dernières élections entre moins de 45 % et plus de 64 %.

Un citoyenne arabe israélien votant aux élections législatives dans un bureau de vote de la ville de Taibeh, en Israël, le 1er novembre 2022. (Crédit : AP Photo/Mahmoud Illean)

À 14 heures, le taux de participation des Arabes était de 17 %, selon le centre aChord de l’Université hébraïque. Le taux de participation de la population générale était de 38,9 %, selon la commission centrale électorale.

Abou Shahadeh a déclaré au Times of Israel qu’il ne regrettait pas de s’être présenté seul, même si son parti risquait de ne pas atteindre le seuil minimum.

« Balad a été le seul parti politique à porter, depuis le début, un programme démocratique au sein de ce système raciste. Balad finira par gagner », a-t-il déclaré à l’extérieur du bureau de vote. « Cela nous prendra du temps. Nous ne prétendons pas que les choses changeront du jour au lendemain. »

Pendant une grande partie de la campagne, Abou Shahadeh et les membres de Balad ont cloué au pilori les autres partis arabes du fait de ce qu’ils perçoivent comme une volonté servile d’apporter leur soutien aux partis sionistes qui occupent la grande majorité des sièges à la Knesset.

Contrairement à Raam, qui s’est déclaré prêt à rejoindre une nouvelle fois une coalition en échange d’un financement accru des communautés arabes, et à l’alliance Hadash-Taal, qui garde à l’esprit la possibilité de recommander l’actuel Premier ministre Yair Lapid, Balad refuse de jouer « le jeu des coalitions », comme l’a appelé la numéro trois de la liste Balad, Daa Housh Tatour, lors du lancement de la campagne du parti fin septembre.

S’arrêtant pour expliquer à la presse son point de vue sur la situation actuelle en Israël, Abou Shahadeh a affirmé que les différences entre les partis sionistes sont purement esthétiques plutôt qu’idéologiquement significatives.

« Le problème n’est pas qu’il y ait quelques racistes à la Knesset. Mais il se trouve qu’il y a une majorité écrasante de racistes à la Knesset. La coalition sortante n’était pas beaucoup mieux que celles qui l’ont précédée », a-t-il déclaré, devant une affiche électorale portant son visage.

« Une société raciste et laide a été créée. Tant qu’il n’y aura pas de vote en faveur d’un État pour tous ses citoyens, en faveur de la prise en charge d’un projet humain, démocratique, basé sur la justice et l’égalité, nous n’avancerons pas vers dans la bonne direction. »

Le chef du parti Balad, le député Sami Abou Shahadeh arrivant dans son bureau de vote, à Jaffa, le 1er novembre 2022. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Les électeurs, arabes et juifs, présents dans le bureau de vote de ce quartier ethniquement mixte estiment que les deux communautés s’entendent bien, même si la coexistence pacifique a été temporairement rompue par la vague d’émeutes en mai 2021, peu après les dernières élections.

Lors du dernier scrutin, 50 % à 60 % des voix au bureau de vote de Jaffa sont allées aux partis à majorité arabe, soutenus par la plupart des électeurs arabes.

La plupart des électeurs juifs, interrogés mardi, ont déclaré avoir voté pour le parti de Lapid, Yesh Atid. « Mon ami qui a déménagé ici m’a demandé où se trouve le mouvement gauchiste, queer, religieux, spirituel. Je lui ai répondu ‘ici' », a déclaré Ashley – une New-Yorkaise qui a immigré en Israël en 2015, venue voter accompagnée de son mari – né en Israël – Ido et de Leo, leur fils en bas âge – à propos du quartier.

Leo a appris un peu d’arabe en jouant avec les enfants de l’école maternelle de langue arabe située à côté de son école, dans laquelle les cours sont dispensés en hébreu.

Ashley et son fils Leo devant un bureau de vote à Jaffa, le 1er novembre 2022. (Crédit : Jack Mukand/Times of Israel)

Bien qu’ayant voté pour le parti de Lapid, l’actuel Premier ministre, Ido a déclaré sans ironie qu’il était « temps de changer », reflétant ainsi l’effet résiduel sur la politique nationale du long mandat du leader du Likud, Benjamin Netanyahu. Ce dernier a été Premier ministre de 2009 à 2021.

Dima, un jeune homme qui a quitté sa Russie natale pour s’installer en Israël il y a deux ans, a également voté pour Yesh Atid. Dima rejette Netanyahu non seulement parce qu’il perçoit le chef de l’opposition comme un sympathisant du président russe, Vladimir Poutine, mais aussi parce que son expérience en Russie lui a enseigné que le pouvoir « doit changer de mains » de temps à autre.

Ribhi, un mécanicien de 50 ans, a déclaré avoir voté pour Balad parce qu’Abou Shahadeh est « un fils du pays ». « J’aime ce qu’il dit et ce qu’il pense. Il sait de quoi il parle, il exprime ce que nous ressentons dans la communauté arabe. »

Il a dit avoir amené ses deux enfants au bureau de vote pour leur montrer que le vote est « leur droit démocratique ».

Reprenant le point de vue d’Abou Shahadeh, Ribhi a estimé que peu importe qui est au pouvoir, les choses « ne sont jamais faites dans l’intérêt des Arabes ». « Au moins si Balad accède à la Knesset, cela pourrait nous donner une voix », a déclaré Ribhi.

De nombreux électeurs ont refusé de révéler leur choix de vote, à l’instar de Moriah, une jeune femme d’une vingtaine d’années qui a dit qu’elle était pressée, mais qui a tout de même déclaré : « je ne vous dirai pas pour qui j’ai voté, mais j’ai voté pour le parti qui va le moins nous baiser ». « Vous pouvez me citer. »

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