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Netanyahu « espère que Poutine remettra en question sa vision pour l’empire russe »

Le chef du Likud a dit qu'il examinerait la possibilité d'armer l'Ukraine s'il venait au pouvoir après le scrutin de novembre

Le président russe Vladimir Poutine (à droite) avec un bouquet de fleurs et le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, au Kremlin, à Moscou, le 30 janvier 2020. (Crédit : Maxim Shemetov/Pool/AFP)
Le président russe Vladimir Poutine (à droite) avec un bouquet de fleurs et le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, au Kremlin, à Moscou, le 30 janvier 2020. (Crédit : Maxim Shemetov/Pool/AFP)

Le chef de l’opposition Benjamin Netanyahu a déclaré vendredi qu’il espérait que le président russe Vladimir Poutine « remettra en question » ses initiatives expansionnistes, et il a révélé qu’il réfléchirait à livrer des armes à l’Ukraine s’il devait revenir au pouvoir au lendemain des élections du 1er novembre.

Ces propos semblent marquer un changement dans le positionnement de longue date qui avait été adopté par l’ex-Premier ministre, qui avait estimé que l’État juif devait conserver une plus grande neutralité face à l’invasion de l’Ukraine par la Russie afin qu’Israël conserve sa liberté de mouvement dans le ciel syrien – un espace aérien contrôlé par Moscou – où l’armée israélienne frappe régulièrement des cibles liées à l’Iran.

Au mois de juillet, il avait fortement critiqué le gouvernement actuel qui, selon lui, était en train de déclencher « une crise dangereuse » avec la Russie alors que lui-même avait œuvré, des années durant, à développer une relation « mesurée, équilibrée et responsable » avec le Kremlin.

Dans un entretien accordé vendredi à USA Today, Netanyahu a répété ce point de vue, disant que « nos deux forces aériennes volent côte à côte dans le ciel de Syrie. En tant que Premier ministre, j’ai voulu garantir que les forces israéliennes conserveraient leur liberté d’action, essentiellement dans le but d’anéantir les positions militaires que l’Iran tentait d’établir en Syrie pour ouvrir un deuxième front terroriste contre nous. Et grâce à Dieu, nous sommes parvenus à empêcher ça ».

Le journaliste a demandé à Netanyahu s’il croyait que Poutine agissait de manière rationnelle alors que le maître du Kremlin élargit encore ses opérations militaires en Ukraine.

« Je pense qu’il est guidé par sa vision de reconstitution d’un grand empire russe et j’espère qu’il remet cette vision en question », a-t-il répondu.

« Mais je ne veux pas jouer les psychologues. Je veux me placer dans la position d’un Premier ministre, obtenir toutes les informations, puis prendre des décisions sur quoi faire – s’il faut faire quelque chose qui irait au-delà de ce qui a été fait jusqu’à présent dans ce conflit », a-t-il poursuivi.

Netanyahu a ensuite souligné que le gouvernement actuel était critiqué pour son refus de fournir des armes à l’Ukraine.

Un nuage de fumée s’élève, dans le sillage d’une frappe aérienne près de la ville syrienne de Masyaf, le 25 août 2022. (Crédit : Réseaux sociaux)

« On m’a posé la question récemment et j’ai dit que je me pencherai là-dessus en revenant au pouvoir », a déclaré le chef de l’opposition, semblant aller plus loin qu’il n’est jamais allé auparavant dans sa volonté de soutenir concrètement l’Ukraine. « Nous avons tous de la sympathie pour l’Ukraine. C’est indubitable et je ne suis pas différent des autres ».

Netanyahu a aussi révélé qu’il lui avait été demandé de jouer les intermédiaires entre Moscou et Kiev après le début de la guerre.

« J’ai répondu : ‘Eh bien, je crois que je vais laisser cette décision au Premier ministre’, » a-t-il précisé.

Le Premier ministre de l’époque, Naftali Bennett, devait mener des négociations entre Poutine et le président Volodymyr Zelensky, s’étant rendu à Moscou et ayant eu des échanges téléphoniques avec les deux dirigeants. Cette initiative ne devait pas porter ses fruits et le dossier avait été mis de côté après plusieurs mois, alors que le gouvernement commençait à s’effondrer.

Netanyahu qui, dans le passé, s’était vanté de ses liens avec Poutine, a indiqué vendredi que l’offre de médiation « se représentera sans doute à nouveau » s’il doit revenir au pouvoir.

Le chef du Likud semble avoir une chance très réaliste de reprendre le poste de Premier ministre à l’issue des élections du 1er novembre.

Les propos tenus vendredi par Netanyahu ont paru aussi être une version adoucie de paroles prononcées deux jours auparavant, alors qu’il était interrogé sur la possibilité d’armer l’Ukraine.

Le Premier ministre Naftali Bennett, à gauche, rencontre le président russe Vladimir Poutine à Sotchi, en Russie, le 22 octobre 2021. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Pendant une interview accordée mercredi à MSNBC, Netanyahu avait déclaré que « à maintes reprises… des armes que nous avions fournies sur un front ont terminé entre les mains des Iraniens, et elles ont été utilisées contre nous ».

L’ex-Premier ministre avait cité un incident survenu du côté syrien du plateau du Golan où l’armée « avait rencontré des armes fabriquées par Israël » à un endroit « où nous tentons d’empêcher l’Iran d’ouvrir un deuxième front libanais, un deuxième front terroriste dont nous serions la cible ».

Netanyahu pouvait faire ici référence à un incident arrivé en 2016 où un drone dont la technologie avait été, à l’origine, vendue à la Russie avait ensuite été cédé aux combattants iraniens – qui avaient déployé ce drone russe contre les soldats de Tsahal.

Ironie de l’histoire, l’aviation israélienne n’était apparemment pas parvenue à abattre les drones avec deux missiles Patriot, faisant appel à l’armée de l’air russe pour les abattre.

Dans l’entretien diffusé à la télévision, Netanyahu a fait part d’un soutien rare au gouvernement actuel, soulignant son positionnement « pragmatique » à l’égard de l’Ukraine.

Dans la même matinée, le New York Times avait fait savoir que la Russie avait réduit ses forces en Syrie et enlevé le système antimissile sophistiqué S-300 qui était considéré comme une menace majeure pour les raids aériens israéliens dans le pays.

Les systèmes de missiles de défense aérienne russes S-300 s’entraînent pendant le défilé militaire du Jour de la Victoire marquant les 71 ans de la victoire dans la Seconde Guerre mondiale sur la Place Rouge à Moscou, en Russie, le 9 mai 2016. (Crédit: AP Photo/Alexander Zemlianichenko, File)

Ce qui pourrait permettre à Jérusalem de renforcer son soutien à Kiev, la présence de la Russie en Syrie ayant été une inquiétude majeure dans le positionnement israélien face au conflit.

Un haut-responsable israélien de la Défense et deux importants diplomates occidentaux ont dit au Times que le redéploiement des forces russes qui se trouvaient jusqu’alors en Syrie allait réduire la pression exercée par la Russie sur Israël, ce qui pourrait amener le pays à reprendre en considération le niveau de soutien qu’il a apporté jusqu’à présent à l’Ukraine.

Le positionnement israélien était motivé par le désir de l’État juif de conserver sa liberté d’action en Syrie, et par la nécessité d’éviter des problèmes pour l’importante communauté juive en Russie. Israël s’inquiète aussi des conséquences du retrait russe de Syrie, et notamment de la possibilité que l’Iran puisse être en mesure de renforcer son influence là-bas.

Moscou a déjà pris des mesures contre les institutions juives de la Russie : Cet été, le ministère de la Justice a demandé la liquidation des bureaux de l’Agence juive, une organisation semi-gouvernementale qui encourage l’immigration juive, une initiative que les analystes ont considéré comme une réaction aux critiques israéliennes de l’invasion.

Mercredi, le ministre de la Défense, Benny Gantz, a souligné que l’État juif continuerait à soutenir l’Ukraine dans le contexte de l’invasion mais que l’État juif « ne fournira pas de systèmes d’armement à l’Ukraine en raison d’une grande variété de considérations opérationnelles ».

Il a toutefois ajouté que Jérusalem pourrait donner à l’Ukraine un système d’alerte anticipé signalant les frappes à venir, comme celui qui est utilisé en Israël.

Le président Volodymyr Zelenskyy s’exprime depuis Kiev, en Ukraine, le 10 octobre 2022. (Crédit : Bureau présidentiel ukrainien via l’AP)

Jeudi, le Premier ministre Yair Lapid s’est entretenu avec le ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro Kuleba, alors que Kiev a fait savoir sa colère face au refus israélien de fournir des armes au pays assiégé.

Après la discussion par téléphone, Lapid a écrit sur Twitter que Kuleba lui avait donné les dernières informations sur le front. Le Premier ministre a ajouté avoir « partagé avec Kuleba notre inquiétude profonde sur les liens militaires établis entre l’Iran et la Russie », ajoutant que « Israël se tient aux côtés des Ukrainiens ».

Lapid n’a toutefois nullement fait allusion à la demande officielle soumise par Kiev qui réclame à Israël des systèmes de défense antiaérienne suite aux frappes russes qui ont eu lieu ces derniers jours et qui auraient été menées, selon un grand nombre d’observateurs dont l’Union européenne, avec des drones kamikazes fabriqués en Iran.

Lundi dernier, le vice-président du Conseil de sécurité russe Dmitri Medvedev avait averti Israël sur un réseau social que toute livraison « imprudente » d’équipements militaires à l’Ukraine « détruira toutes les relations inter-États entre nos deux pays ».

L’État juif avait fourni de l’aide humanitaire à l’Ukraine, dressant notamment un hôpital de campagne pendant plusieurs semaines au début du conflit et fournissant des casques et des gilets pare-balle. Plus récemment, Jérusalem a aussi transmis des renseignements sur les drones iraniens aux Ukrainiens, selon des responsables israéliens et ukrainiens qui ont indiqué qu’Israël avait aussi offert d’examiner les pièces des drones qui se sont écrasés.

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