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Gantz et Netanyahu répètent ne pas vouloir qu’Israël vende des armes à l’Ukraine

Les adversaires politiques expriment le même sentiment dans deux entretiens ; le ministre de la Défense aurait annulé un entretien téléphonique avec son homologue ukrainien

Le ministre de la Défense Benny Gantz, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et, derrière eux, le chef du Shin Bet Nadav Argaman, lors d'une conférence de presse après le cessez-le-feu à Gaza, Tel Aviv, 21 mai 2021. (Amos Ben Gershom/GPO)
Le ministre de la Défense Benny Gantz, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et, derrière eux, le chef du Shin Bet Nadav Argaman, lors d'une conférence de presse après le cessez-le-feu à Gaza, Tel Aviv, 21 mai 2021. (Amos Ben Gershom/GPO)

Dans une rare expression d’unité entre des personnalités de la coalition et de l’opposition, le ministre de la Défense Benny Gantz et le chef du Likud Benjamin Netanyahu ont exprimé, mardi, la même volonté de ne pas changer la politique israélienne, une politique qui s’est jusqu’à présent refusée d’envoyer des équipements militaires défensifs à l’Ukraine.

« Nous ne vendons pas d’armes à l’Ukraine », a déclaré Gantz au micro de la station de radio ultra-orthodoxe Kol Chai, faisant remarquer l’aide humanitaire fournie par l’État juif et précisant que ce type de soutien continuera à l’avenir alors que l’offensive russe a commencé il y a maintenant des mois.

Gantz a aussi souligné qu’Israël n’avait pas vendu d’armes antérieurement au pays.

Yevgen Korniychuk, ambassadeur ukrainien en Israël, a fait savoir au journal Maariv, mardi, que Gantz avait annulé un entretien téléphonique programmé depuis longtemps avec son homologue ukrainien, Oleksii Reznikov, au début de la semaine, sans donner d’explication.

Korniychuk a ajouté que l’Ukraine était « déçue » et qu’il ne pensait pas que les responsables de son pays parleraient avec le ministre de la Défense dorénavant.

Néanmoins, le Premier ministre Yair Lapid et le ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro Kuleba devraient échanger par téléphone jeudi, selon plusieurs médias israéliens. Korniychuk a fait part de la surprise de l’Ukraine concernant cet entretien prévu compte-tenu des prochaines élections et du rôle de Lapid en tant que Premier ministre.

L’ambassadeur ukrainien en Israël, Yevgen Korniychuk, lors d’une déclaration aux médias à Tel Aviv, le 11 mars 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni‎‏/Flash90)

Pour sa part, lors d’une interview accordée mardi à MSNBC, Netanyahu a salué l’approche « prudente » adoptée par le gouvernement sur la question de la guerre en Ukraine, mettant l’accent sur l’intégration des réfugiés et sur les autres initiatives humanitaires prises par l’État juif.

Il a aussi évoqué les inquiétudes israéliennes à l’égard des ventes d’armes à l’Ukraine.

« Sur la question des armes, il y a toujours une possibilité – c’est arrivé à maintes reprises – que des armes fournies par Israël sur un front finissent entre les mains des Iraniens et qu’elles soient utilisées contre nous », a continué l’ancien Premier ministre devant les caméras de la chaîne américaine; Il a noté que les forces soutenues par l’Iran, sur le plateau du Golan, utilisaient souvent des armes fabriquées au sein de l’État juif dans des affrontements avec les Israéliens.

Netanyahu a ajouté qu’il craignait qu’un tel phénomène se reproduise si le pays devait vendre des armes à l’Ukraine, estimant que le positionnement « prudent » de la coalition face à la perspective de vendre des armes à l’Ukraine était « important ».

L’ex-Premier ministre a aussi ajouté qu’il craignait que l’invasion par la Russie de l’Ukraine ne présente le potentiel d’un conflit nucléaire mondial, « un seuil qui n’a jamais été franchi depuis 77 ans », a-t-il dit.

L’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu dans un entretien avec MSNBC, le 18 octobre 2022. (Capture d’écran/MSNBC; used in accordance with Clause 27a of the Copyright Law)

Mardi matin, Kuleba avait indiqué que son pays se préparait à soumettre une requête officielle demandant à Israël de fournir une assistance en matière de défense aérienne, vingt-quatre heures après des attaques de Moscou qui ont pris pour cible, à l’aide de drones, un tiers des infrastructures électriques et autres dans tout le pays.

Depuis les premiers jours de l’invasion, de hauts-responsables ukrainiens réclament à l’État juif la mise à disposition des systèmes de défense antimissiles israéliens – et en particulier le Dôme de fer – dans des discours publics et dans des conversations privées avec les décisionnaires à Jérusalem.

L’État juif, pour sa part, a refusé de manière répétée les demandes de Kiev – en particulier en ce qui concerne les systèmes de défense antiaérienne qui sont susceptibles d’être utilisés pour contrer les frappes russes. Jérusalem a toutefois fait part à de nombreuses reprises de sa sympathie face au calvaire vécu par les Ukrainiens.

Le député de l’Union sioniste Nachman Shai assiste à une réunion du lobby pour le renforcement des liens avec le monde juif, tenue à la Knesset, le 27 juin 2017. (Credit : Yonatan Sindel/Flash90) 

Au début de la semaine, le ministre des Affaires de la Diaspora, Nachman Shai, avait écrit sur Twitter qu’il estimait qu’Israël devait envoyer des armes à l’Ukraine, un point de vue qui n’est pas partagé par la majorité des autres responsables.

Jeudi dernier, Korniychuk avait fait part de sa déception face à l’absence de changement de positionnement de l’État juif dans le cadre de la guerre, malgré sept mois de requêtes.

« Ils nous disent qu’ils réfléchissent à cette possibilité – mais c’est un pays démocratique et la décision a d’ores et déjà été prise par la Défense », a-t-il déclaré.

Lazar Berman a contribué à la rédaction de cet article.

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