Le “dégoût” d’Israël entraîne la hausse de l’antisémitisme britannique, selon une baronne
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Le “dégoût” d’Israël entraîne la hausse de l’antisémitisme britannique, selon une baronne

L’ancien parti des Libéraux démocrates de Jenny Tonge se distancie de ses remarques

La baronne Jenny Tonge (Crédit : capture d'écran YouTube)
La baronne Jenny Tonge (Crédit : capture d'écran YouTube)

La hausse de l’antisémitisme en Europe reflète le « dégoût » de la population générale devant le traitement des Palestiniens par le gouvernement israélien, a déclaré lundi une membre controversée de la Chambre des Lords de Grande-Bretagne.

Publiant sur Facebook une lettre que le Guardian aurait refusée, la baronne Jenny Tonge a salué la publication dimanche d’un rapport parlementaire transpartisan sur l’antisémitisme.

Elle a cependant déclaré qu’il « aurait été plus utile s’il avait aussi enquêté sur les causes de l’antisémitisme. Il est difficile de croire que la hausse de 75 % de l’antisémitisme qu’il annonce est due à des personnes qui haïssent simplement les juifs sans raison. »

« Il est probable que ces incidents reflètent le dégoût de la population générale de la manière dont le gouvernement d’Israël traite les Palestiniens et manipule les Etats-Unis et nous-mêmes pour ne prendre aucune mesure contre l’ignorance flagrante du pays du droit international et des Conventions de Genève. »

I sent this to The Guardian yesterday– it hasn't been printedSent from my iPadSubject: Tough on anti Semitism/…

Posted by Jenny Tonge on Monday, 17 October 2016

Tonge, membre du parti des Libéraux démocrates, qui siège en tant que pair indépendante au Parlement après avoir démissionné du groupe parlementaire de son parti pour des remarques anti-Israël en 2012, a continué : « S’ajoute à cela l’adoption par Israël du titre officiel d’ ‘Etat juif d’Israël’. Ceci entraîne un amalgame entre Israël et les juifs, qu’ils soutiennent ou pas l’Etat sioniste, et beaucoup ne le soutiennent pas. J’attends la suite de ce rapport. »

« Soyez durs sur les causes de l’antisémitisme ainsi que sur le sentiment détestable lui-même. »

Le rapport publié dimanche, « Antisémitisme au Royaume-Uni », a été écrit par la commission des Affaires intérieures de la Chambre des Communes, la chambre basse du Parlement britannique.

Le rapport est accablant pour le Labour et a attaqué son président d’extrême-gauche, Jeremy Corbyn, pour son « absence de leadership consistent sur ce sujet, et sa réticence à séparer l’antisémitisme des autres formes de racisme », ajoutant que cela avait créé « ce que certain ont appelé un ‘espace sûr’ pour ceux ayant de viles attitudes envers les juifs. »

David Ward, député du parti des Libéraux démocrates au parlement britannique. (Crédit : CC BY-ND emcmillanscott/Flickr/File)
David Ward, député du parti des Libéraux démocrates au parlement britannique. (Crédit : CC BY-ND emcmillanscott/Flickr/File)

Répondant également dimanche à ce rapport, David Ward, ancien député libéral démocrate pour Bradford East, a écrit sur Twitter que « les sionistes gagnent malgré la racisme repoussant de l’Etat d’Israël et de ses partisans. N’abandonnez pas, le bien triomphera du mal. »

Le même jour, il avait écrit que la querelle sur l’antisémitisme « devenait stupide ».

Les Libéraux démocrates ont suspendu Ward pour trois mois en 2013 après des remarques remettant en cause le droit d’Israël à exister et comparant l’Etat juif à l’apartheid.

Le dirigeant des Libéraux démocrates, Tim Farron, a déclaré mardi à la radio londonienne LBC que les remarques de Tonge et Ward étaient « intolérables » et que des actions seraient entreprises, mais n’a pas pu préciser quelles mesures seraient prises.

Un porte-parole du parti a déclaré aux Jewish News que « Jenny Tonge [n’accepte pas la discipline du parti] à la Chambre des Lords et ne parle pas au nom des Libéraux démocrates sur les sujets du Moyen Orient. »

« Si une plainte est faite, nous enquêterons rapidement et minutieusement. »

Tonge avait démissionné en 2012 du poste de « whip » du parti, une tâche consistant à rassembler les élus d’un parti, après avoir parlé de la disparition d’Israël pendant un évènement de promotion du boycott de l’Etat juif.

« Attention Israël. Israël ne sera pas là pour toujours sous sa forme actuelle, avait-elle déclaré à l’époque. Un jour, les Etats-Unis d’Amérique en auront assez de donner 70 milliards [de dollars] par an à Israël pour soutenir ce que j’appelle le porte-avion américain au Moyen Orient, c’est Israël. Un jour, le peuple américain dira au lobby israélien aux Etats-Unis : trop c’est trop… Israël perdra son soutien et ensuite ils iront récolter ce qu’ils ont semé. »

Les Etats-Unis donnent en fait bien moins d’argent à Israël. Sa plus importante aide à l’Etat juif à ce jour est constituée par un accord signé en septembre qui fournit 38 milliards de dollars sur 10 ans à Israël.

En juillet, Tonge avait accusé l’Etat juif d’être la cause principale de la hausse du djihadisme dans le monde.

Devant la Chambre des Lords, elle avait déclaré au sujet des enfants palestiniens que « le traitement des Palestiniens par Israël est une cause majeure de la hausse de l’islamisme extrémiste et de Daesh [le groupe Etat islamique] ». Elle avait ajouté qu’Israël provoquait une génération d’extrémistes violents qui auraient « une rancune justifiée » contre Israël et la Grande-Bretagne.

Des demandes du Conseil des représentants des juifs britanniques pour expulser Tonge étaient à l’époque restées sans suite.

Gideon Falter, président de la Campagne contre l’antisémitisme, a déclaré cette semaine que l’inactivité de Farron serait aussi mauvaise que celle de Jeremy Corbyn, à moins qu’il n’expulse Tonge et Ward.

« Que Tim Farron en reste là sur le sujet serait une manifestation similaire [à celle de Corbyn] de leadership hypocrite et faible », a-t-il déclaré.

Jeremy Corbyn, dirigeant du Labour britannique, répond aux questions de la commission des Affaires domestiques sur l'antisémitisme, au parlement britannique, le 4 juillet 2016. (Crédit : capture d'écran parliamentlive.tv)
Jeremy Corbyn, dirigeant du Labour britannique, répond aux questions de la commission des Affaires domestiques sur l’antisémitisme, au parlement britannique, le 4 juillet 2016. (Crédit : capture d’écran parliamentlive.tv)

Gary Spedding, qui mène le travail transpartisan sur le conflit israélo-palestinien, s’est plaint auprès de Farron.

« Il est déplorable que quiconque suggère qu’Israël est la principale cause d‘antisémitisme ici, au Royaume-Uni, a-t-il déclaré. La réalité est que l’antisémitisme lié au sujet Israël – Palestine est le résultat d’un mélange toxique d’ignorance, de haine, d’accusation des victimes, de déni et d’une obsession malsaine à l’égard du peuple juif. »

« Il est encore plus repoussant qu’elle [Tonge] ait tenté de rationaliser une telle haine et l’oppression à l’encontre des juifs, le langage blessant et problématique utilisé, en justifiant les incidents antisémites en affirmant qu’ils sont simplement une expression du dégoût des gens envers la manière dont le gouvernement d’Israël traite les Palestiniens. C’est franchement écœurant. Je suis moi-même connu pour mes critiques sévères de l’Etat israélien, de ses actions et de ses politiques envers les Palestiniens, et pourtant je réussis à porter de telles critiques et analyses sans être antisémite ou oppresser les juifs. »

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