Le grand-rabbin de Jérusalem contre les drapeaux LGBT qui « gâchent la ville »
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Le grand-rabbin de Jérusalem contre les drapeaux LGBT qui « gâchent la ville »

La rabbin Aryeh Stern a demandé au maire d'empêcher la présence des drapeaux multicolores mais la municipalité a rejeté cette requête

Aryeh Stern (Crédit : capture d'écran Deuxième chaîne)
Aryeh Stern (Crédit : capture d'écran Deuxième chaîne)

Le grand-rabbin de Jérusalem a envoyé lundi un courrier officier au maire Moshe Lion, lui demandant d’empêcher que des drapeaux LGBT soient accrochés en amont de la parade annuelle dans la ville, parce qu’ils « gâchent la ville ».

« Malheureusement, je dois aborder le sujet douloureux de la ‘parade’ prévue dans les semaines à venir », a écrit le rabbin Aryeh Stern dans une lettre, qui a été communiquée à la presse. « Je sais qu’au niveau légal, le maire n’est pas habilité à interdire la parade, et c’est pourquoi je vous demande de donner au moins l’ordre de ne pas accrocher de drapeaux, qui gâchent la ville. »

« Je vous fait confiance pour agir avec sagesse et nous épargner de cette gêne », a déclaré Stern à Lion, un allié politique des membres ultra-orthodoxe du conseil municipal.

Lors des précédentes éditions du concours, les membres ultra-orthodoxes et religieux du conseil avaient été excédés par les drapeaux multicolores accrochés près de la Grande Synagogue de Jérusalem, sur la rue King George, où la parade passe.

Un drapeau LGBT devant la grande synagogue de Jérusalem, le 1er août 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Cependant, la municipalité de Jérusalem a déclaré dans un communiqué que les drapeaux pouvaient être installés avant le rassemblement du 6 juin, conformément aux décisions de justice sur la question.

Le militant des droits LGBT Idan Roll lors d’une conférence de presse organisée par le parti Yesh Atid à Tel Aviv, le 7 février 2019. (Autorisation)

Idan Roll, un député gay du parti Kakhol lavan, a appelé à rejeter « immédiatement » Stern, parce qu’il « n’y a pas de place dans le service public pour une personne avec des points de vue si obscurs et insultants ».

Roll a associé les propos de Stern à une fusillade qui a tué deux personnes dans un centre pour la jeunesse gay de Tel Aviv et le meurtre d’une jeune fille de 16 ans durant la Gay Pride de 2015 à Jérusalem par un extrémiste ultra-orthodoxe homophobe.

« C’est énervant d’entendre qu’à deux semaines des événements, notamment l’année où nous marquons le dixième anniversaire de la tuerie du centre Bar Noar, et le quatrième anniversaire de la mort de Shira Banki, le grand-rabbin de Jérusalem vient avec des propos méprisables et dangereux qui sont une incitation à la haine contre la communauté [LGBT] », a-t-il dit.

Lundi également, les groupes LGBT locaux ont essuyé une défaite symbolique quand une commission municipale a voté contre l’allocation d’un budget annuel pour la Jerusalem Open House for Pride and Tolerance, le principal groupe qui aide la jeunesse LGBT dans la ville et qui se bat pour leurs droits.

Des participants au défilé annuel de la Gay Pride de Jérusalem brandissent une photo de Shira Banki assassinée le 3 août 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le budget de 500 000 shekels a été rejeté à 6 votes contre 5, principalement en raison des objections émises par les ultra-orthodoxes. Cependant, la décision n’est pas finale et sera prise par le conseil municipal, qui votera mardi.

Ofer Berkovitch, membre laïc du conseil municipal, qui était en lice pour le poste de maire en octobre 2018 face à Lion, a accusé le maire et ses alliés ultra-orthodoxes de « continuer à porter du tort au statu quo de Jérusalem » et a ajouté qu »il s’agissait « d’une décision illégale qui contredit la décision de la Cour suprême ».

Les candidats à la mairie de Jérusalem, Ofer Berkovich (à gauche) et Moshe Lion, lors d’un débat le 21 octobre 2018 avant les élections municipales de Jérusalem du 30 octobre 2018. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

La municipalité de Jérusalem a répondu qu’elle agissait « pour préserver le statu quo et le respect de tout un chacun. Le budget de l’Open House sera approuvé par le conseil municipal jeudi, comme chaque année ».

Lundi, la Jerusalem Open House a également fait savoir qu’elle n’acceptait pas de contrôler l’identité des participants à l’entrée de la manifestation.

« La demande de carte d’identité à la parade soulève d’importantes questions de confidentialité, même si les intentions sont bonnes », a déclaré le groupe de défense des droits LGBT dans la capitale, dans un communiqué, au sujet des initiatives mises en oeuvre par les autorités pour garantir que le rassemblement se déroule en toute sécurité, quatre ans après le meurtre d’une participante de 16 ans, Shira Banki, qui a été poignardée par un extrémiste ultra-orthodoxe homophobe.

« Personne ne nous effraiera et personne ne nous empêchera de défiler », a indiqué le communiqué de l’Open House.

La proposition de la police n’a jamais été appliquée à d’autres gay pride ni aucune autre manifestation publique ces dernières années.

Les participants à la gay pride de Jérusalem, sous haute sécurité, le 3 août 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ce vendredi marquera le début du mois des Fiertés en Israël, avec la parade de la ville de Kfar Saba. Une cinquantaine d’autres marches auront lieu dans l’ensemble du pays dans les semaines à venir, principalement dans les écoles et universités.

Le plus grand évènement sera l’annuelle parade de Tel Aviv, qui devrait attirer des centaines de milliers de participants venus du monde entier. Ce rassemblement, généralement perçu comme une fête géante, devrait prendre des tournures de protestations. En effet, les organisateurs souhaitent sensibiliser à la discrimination subie par la communauté LGBT, dont les membres font face à des obstacles juridiques dès qu’il est question de mariage ou de fonder une famille en Israël.

Jacob Magid a contribué à cet article.

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