Le grand rabbin de Venise en conflit avec le rabbinat israélien à la Knesset
Rechercher

Le grand rabbin de Venise en conflit avec le rabbinat israélien à la Knesset

Scialom Bahbout conteste le refus du Grand Rabbinat de reconnaître ses conversions, affirme que l'argument de la proximité des tribunaux de Rome et de Milan ne tient pas la route

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Le grand rabbin de Venise, Scialom Bahbout (Capture d'écran YouTube)
Le grand rabbin de Venise, Scialom Bahbout (Capture d'écran YouTube)

Le grand rabbin de Venise s’est rendu lundi au Parlement israélien pour protester contre le refus du Grand rabbinat de reconnaître son tribunal rabbinique orthodoxe et ses conversions au judaïsme.

Le rabbin Scialom Bahbout était auparavant le grand rabbin de Naples et était l’ancien av beit din [chef du tribunal rabbinique] par intérim du tribunal rabbinique de Rome, qui est reconnu par le grand rabbinat d’Israël. Il contestait en particulier le rejet par l’autorité religieuse de l’Etat de la conversion orthodoxe d’une femme, qui n’a pas été identifiée, sous son autorité il y a deux ans.

Son témoignage s’est déroulé lors d’une réunion de commission au cours de laquelle le Grand Rabbinat a également annoncé qu’il avait établi des directives officielles sur la reconnaissance des tribunaux rabbiniques à l’étranger, après consultation des représentants de la diaspora orthodoxe, mais qu’il ne publierait pas les critères tant que le Conseil du Grand Rabbinat ne les aurait pas officiellement approuvés.

Le grand rabbin de Venise, qui a été nommé à ce poste il y a quatre ans, a déclaré à la commission de l’Immigration, de l’Intégration et des Affaires de la Diaspora, qu’il avait rétabli le tribunal rabbinique défunt, une « décision nécessaire » selon lui, après avoir appris que les juifs locaux n’étaient pas disposés à se rendre à Rome ou à Milan pour demander un acte religieux de divorce ou résoudre des différends financiers, et à faire en sorte que les conversions au judaïsme soient accessibles dans les régions du nord de l’Italie.

Le ghetto juif de Venise, le 8 août 2008. (Chen Leopold/Flash 90)

Mais l’autorité de l’organisme vénitien et ses conversions n’ont pas été reconnues par le Grand Rabbinat, ont admis les autorités religieuses de l’Etat israélien lors de l’audience parlementaire houleuse de lundi.

La raison officielle du refus, donnée par le directeur général du Grand Rabbinat, Moshe Dagan : Bien que la stature religieuse du grand rabbin Bahbout n’ait pas été remise en question, selon les règles rabbiniques israéliennes, aucun nouveau tribunal rabbinique ne peut être formé alors que d’autres existent déjà « à proximité », notamment à Milan et à Rome, respectivement à quelque 300 et 600 kilomètres.

Le grand rabbin Bahbout avait demandé au Grand Rabbinat d’Israël la permission de former un tribunal rabbinique à Venise, ce qui a été refusé, en raison de la proximité des autorités rabbiniques romaines et milanaises, a indiqué Dagan.

« Ce qui s’est passé, c’est que le grand rabbin Bahbout n’a pas tenu compte de ce principe. »

Le directeur du Grand Rabbinat Moshe Dagan vu lors d’une cérémonie de vente de hametz avant la fête de Pessah le 9 avril 2017. (Yonatan Sindel/Flash90/File)

Dagan a également affirmé que le grand rabbin Bahbout a bafoué les règles lors de la formation du tribunal et a accepté des convertis qui avaient été refoulés des tribunaux rabbiniques de Milan et de Rome, bien qu’ils soient tenus de se convertir dans le tribunal le plus proche de chez eux.

L’allégation selon laquelle ils acceptaient des convertis non admis d’autres régions a été fermement démentie par le collègue du grand rabbin Bahbout au tribunal rabbinique de Venise, Rabbi Itzhak David Margalit, comme étant fausse et « insultante ».

Dagan, du Grand Rabbinat, a provoqué un tollé dans la salle lorsqu’il a accusé le grand rabbin Bahbout d’être payé par l’organisation ITIM pour assister à l’audience de lundi à la Knesset. Il s’est excusé plus tard pour cet « écart de langage », alors que le grand rabbin Bahbout et le chef de l’opposition Isaac Herzog ont farouchement contesté cette accusation et que le grand rabbin de Venise a affirmé qu’il avait payé le voyage avec son argent personnel.

Le grand rabbin de Venise a indiqué que ses invitations au grand rabbin séfarade d’Israël pour rencontrer la communauté juive vieille de plusieurs centaines d’années et constater, de près, ses besoins religieux, sont restées sans réponse.

Et son collègue Margalit a affirmé qu’une lettre récente du Grand Rabbinat d’Israël avait de nouveau rejeté leur demande de reconnaissance, invoquant les autorités « proches » de Rome et de Milan.

Les jugements religieux et les conversions du grand rabbin Bahbout ont été acceptés par les autorités orthodoxes israéliennes lorsqu’ils ont été pris à Rome, mais pas à Venise, a fait remarquer le rabbin Margalit.

« C’est quelque chose qui est tout simplement difficile à comprendre », a ajouté M. Margalit.

Snobisme religieux ou confusion bureaucratique ?

Au cœur du débat de lundi se trouvait le cas d’une femme qui s’est convertie à Venise « pendant des années et des années », qui a quitté Naples à cette fin, mais qui s’est vu interdire par la suite de s’installer dans l’État d’Israël.

« C’est une femme qui observe tous les commandements, à 100 % », a souligné le grand rabbin Bahbout.

Il y a un an, après avoir terminé le processus, cette femme s’est vu refuser l’autorisation d’immigrer dans l’Etat juif, ce qui, selon les rabbins vénitiens, signifiait le rejet de leur conversion religieuse par le Rabbinat, et la réponse de l’Agence juive invoquait un obstacle bureaucratique découlant des directives internes du ministère de l’Intérieur.

L’explication donnée à cette femme, a déclaré le rabbin Margalit, était que « le tribunal rabbinique qui l’a convertie n’était pas reconnu. Point final. »

Mais un représentant de l’Agence juive a expliqué que la femme n’avait pas été refusée en raison de sa judéité, mais parce qu’elle n’avait pas respecté les directives internes du ministère de l’Intérieur – approuvées par les représentants orthodoxes, conservateurs et réformés – qui exigent que les nouveaux convertis restent dans les communautés dans lesquelles ils se sont convertis pendant neuf mois.

Des documents indiquaient qu’elle vivait actuellement à Vérone, ce qui la rendait inéligible, selon l’Agence juive.

Mais le grand rabbin Bahbout a soutenu qu’elle vivait à Venise, ce qui a incité Yehuda Sharaf de l’Agence juive à s’engager à réexaminer l’affaire si le grand rabbin de Venise produisait un document attestant de sa résidence.

Les lignes directrices du Rabbinat

Lundi également, Dagan du Grand Rabbinat a dit au comité que les critères longtemps attendus pour sa reconnaissance des tribunaux rabbiniques à l’étranger avaient été finalisés et étaient en attente d’un vote final du Conseil du Grand Rabbinat, dont la date n’a pas encore été fixée.

Il a indiqué que six organisations orthodoxes à l’étranger, dont le Conseil rabbinique d’Amérique et des organisations européennes, avaient été consultés dans le cadre de ce processus.

Mais il n’a pas voulu divulguer ces critères avant le vote rabbinique final, malgré les protestations des députés de la Knesset qui ont appelé à la transparence.

Les directives ne concernent que les tribunaux rabbiniques à l’étranger, et non des rabbins spécifiques, a souligné Dagan, les critères pour les rabbins reconnus aux fins de conversion devant être énoncés séparément.

En décembre 2016, les deux grands rabbins d’Israël ont nommé un comité chargé d’élaborer les lignes directrices pour la reconnaissance par le rabbinat à la fois des tribunaux rabbiniques et des rabbins, en faisant appel à cinq rabbins pour cette tâche : Aharon Katz, Shlomo Shapira et Yitzhak Elmaliach, Yitzhak Ralbag, et Yehuda Deri, frère aîné d’Aryeh Deri, député du Shas.

Elmaliach a siégé au tribunal qui, en juillet, a invalidé une conversion effectuée par le rabbin new-yorkais Haskel Lookstein, le rabbin qui a également converti Ivanka Trump, la fille du président américain Donald Trump, avant son mariage. Cette affaire très médiatisée a été l’un des facteurs qui ont conduit les rabbins à créer le comité.

Le Rabbinat a publié en avril 2016 une liste de plus de 100 rabbins des Etats-Unis et de 19 autres pays dont il accepte l’autorité sur les conversions juives. Mais le Rabbinat a joint à la liste une lettre disant qu’elle n’était « pas exhaustive » et qu’elle incluait simplement les rabbins dont l’autorité avait été acceptée dans le passé. La lettre disait aussi qu’il n’y avait aucune garantie quant à la confiance accordée à ces rabbins à l’avenir.

Le rabbinat majoritairement ultra-orthodoxe n’a jamais reconnu les rabbins ou les conversions non orthodoxes, et au cours des dernières années, il a remis en question les compétences de quelques-uns des principaux rabbins « Modern Orthodox ».

En juillet 2017, l’ITIM a publié une « liste noire » interne de quelque 160 rabbins, dont plusieurs dirigeants « Modern Orthodox » américains de premier plan, en qui le Grand Rabbinat ne fait pas confiance pour confirmer l’identité juive des nouveaux immigrants.

Des rabbins de 24 pays, dont les États-Unis et le Canada, figuraient sur la liste. En plus des rabbins Réformés et Massorti, la liste comprend des leaders Modern Orthodox comme Avi Weiss, le rabbin du quartier Riverdale de New York.

Le Grand Rabbinat a déclaré plus tard que la liste était mal interprétée et qu’il ne s’agissait pas d’une liste noire.

JTA et l’équipe du Times of Israel ont contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...