Le judoka iranien contraint de perdre félicite Sagi Muki pour sa victoire
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Le judoka iranien contraint de perdre félicite Sagi Muki pour sa victoire

Dans un échange sur Instagram, le judoka israélien a à son tour félicité son homologue iranien, après que ce dernier a subi des pressions et a dû fuir son pays

Un échange sur Instagram entre les judokas iranien Saied Mollaei et Israélien Sagi Muki  (Capture d'écran)
Un échange sur Instagram entre les judokas iranien Saied Mollaei et Israélien Sagi Muki (Capture d'écran)

Un judoka iranien renommé, qui a fui son pays après avoir critiqué Téhéran qui l’a contraint de perdre un combat pour éviter d’avoir à affronter un rival israélien aux championnats du monde de judo à Tokyo, a félicité l’Israélien pour sa médaille d’or.

Cet inhabituel échange sur les réseaux sociaux entre les athlètes iranien et israélien est survenu après que Saeid Mollaei, qui concourrait dans la catégorie des moins de 81 kilos, a fui vers Berlin après le championnat où il espérait obtenir une place pour les prochains Jeux olympiques de 2020.

Il a déclaré dimanche avoir peur de retourner chez lui après avoir dévoilé et critiqué les pressions qu’il a subies de la part de son gouvernement pour qu’il perde délibérément en demi-finales et évite un potentiel combat contre l’Israélien Sagi Muki.

« Félicitations champion », a écrit Mollaei en réponse à une publication sur Instagram de Muki, qui a remporté l’or dans la catégorie, devenant le premier judoka israélien à être couronné champion du monde. Mollaei a ajouté des émoticônes d’une médaille d’or et de coupe du monde.

« Merci », a répondu Muki. « Tu es une inspiration en tant qu’être humain et athlète. »

Le judoka iranien Saeid Mollaei après qu’il a été forcé de simuler une défaite. (Crédit : fédération internationale de judo)

Mollaei a dit avoir été forcé de perdre en demi-finale pour ne pas risquer d’affronter l’Israélien en finale à Tokyo. La Fédération internationale de judo a confirmé que le judoka avait subi des pressions du vice-ministre des Sports Davar Zani. Le président du comité olympique iranien Reza Salehi Amiri a également fait pression sur Mollaei pour qu’il s’incline, en lui indiquant quelques minutes avant son match en demi-finale que les services de sécurité iraniens étaient au domicile de ses parents à Téhéran.

« J’aurais pu être champion du monde », a-t-il dit dans une interview publiée par la fédération internationale de judo dimanche. « Je me suis battu et j’ai gagné contre un champion olympique, contre un médaillé de bronze et contre d’autres. J’ai gagné contre tous. J’ai même rêvé du titre de champion. »

La Fédération internationale de judo a déclaré qu’un responsable de l’ambassade iranienne à Tokyo s’est fait passer pour un entraîneur pour entrer dans un espace privé pour forcer l’Iranien de 27 ans à perdre le match, alors qu’il était en train de s’échauffer.

Mollaei, qui devait affronter Muki en finale dans la catégorie des moins de 81 kilos, a déclaré à la fédération qu’il avait délibérément perdu sa demi-finale contre le Belge Matthias Casse pour éviter d’affronter l’athlète israélien.

« A cause de la loi en vigueur dans mon pays… j’ai été obligé de ne pas concourir contre mon rival israélien », a déclaré Mollaei à la fédération dans une interview publiée sur son site. « Ils ont dit : ‘c’est la loi, et ceux qui ne s’y plient pas auront certainement des problèmes’. »

« J’ai besoin d’aide. Même si les autorités de mon pays m’ont dit que je pouvais y rentrer sans problème, j’ai peur », a-t-il dit à la fédération. « J’ai peur ce de qui peut arriver à ma famille et à moi-même. »

« Pour le bronze – ou Mollaei a perdu une fois de plus pour ne pas partager le podium avec Muki quand l’hymne israélien a été joué – j’ai donné 10 %, pour respecter la loi », a déclaré Mollaei, avant d’ajouter qu’il « souhaite concourir partout où je le peux. Je vis dans un pays où la loi ne me le permet pas. Nous n’avons pas le choix, et tous les athlètes doivent s’y conformer. »

La Fédération internationale de judo a soutenu Mollaei et promis de l’aider à participer aux Jeux olympiques d’été de 2020 à Tokyo.

Le président de la Fédération internationale de judo, Marius L. Vizer, prononce son discours d’ouverture des championnats du monde de judo à Budapest, le 28 août 2017. (Crédit : Tamas Kovacs/MTI via AP)

Le président de la Fédération internationale de judo Marius Vizer a déclaré à l’AFP qu’il a annoncé une réunion d’urgence cette semaine pour déterminer si Mollaei et sa famille ont bien été victimes de coercition ou de menaces politiques, ce qui pourrait déboucher sur des sanctions contre la fédération iranienne de judo.

« C’est notre mission de protéger nos athlètes, c’est clair », a-t-il ajouté. Nous ferons de notre mieux pour qu’il participe aux Jeux olympiques. Nous verrons plus tard dans quelle équipe, il y a différentes options, mais il intégrera l’une d’entre elles pour les Jeux olympiques ».

Lundi, Vizer a déclaré que des procédures de sanctions de la fédération iranienne de judo étaient en cours, mais n’a pas précisé en quoi elles consisteraient.

Mollaei a fui vers Berlin dimanche, où l’on pensait qu’il demanderait l’asile. Il a démenti ces rumeurs et affirmé qu’il avait déjà un visa pour vivre en Allemagne.

Le judoka israélien Sagi Muki sur le podium après avoir remporté la médaille d’or aux championnats d’Europe, à Tel Aviv, le 27 avril 2018. (Crédit : AFP PHOTO / JACK GUEZ)

De son côté, l’agence de presse iranienne Fars a accusé Mollaei d’avoir planifié sa défection, citant l’entraîneur de judo iranien Majed Zarian : « Tout a été réglé à l’avance. Quelqu’un en Iran a dû l’aider. »

L’Iran ne reconnaît pas l’Etat d’Israël, et des cas similaires à celui de Mollaei ont déjà eu lieu par le passé. En 2017, l’entraîneur de la judoka Alireza Karimi avait été filmé en train de crier « Tu dois perdre, l’Israélienne a gagné » à sa protégée, dans une vidéo devenue virale à l’époque.

Karimi avait été suspendue pendant six mois pour avoir truqué son combat, son entraîneur deux ans.

L’AFP a contribué à cet article.

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