Le ministère de l’Environnement et la marée noire: « Nous n’avons pas été alerté »
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Le ministère de l’Environnement et la marée noire: « Nous n’avons pas été alerté »

Suite à l'accusation de retard dans le nettoyage et l'enquête, un responsable a déclaré que "personne en Méditerranée n'était au courant" ; au moins cinq navires sont suspectés

Des soldats israéliens nettoient le goudron sur la plage de Palmachim à la suite d'une marée noire en mer, qui a recouvert la plus grande partie du littoral israélien, le 22 février 2021. (Yonatan Sindel/Flash90 *** Local Caption)
Des soldats israéliens nettoient le goudron sur la plage de Palmachim à la suite d'une marée noire en mer, qui a recouvert la plus grande partie du littoral israélien, le 22 février 2021. (Yonatan Sindel/Flash90 *** Local Caption)

Le ministère de la Protection de l’environnement a repoussé jeudi les accusations de réaction tardive à la catastrophe de la marée noire qui a entraîné la fermeture de presque toutes les plages méditerranéennes d’Israël en raison de la pollution par le goudron.

La pollution a été signalée jeudi dernier lorsqu’un bébé rorqual commun de 17 mètres, mort, s’est échoué sur la côte sud d’Israël, ainsi que d’autres animaux sauvages.

A la question de savoir pourquoi il a fallu si longtemps aux autorités israéliennes pour comprendre ce qui s’était passé, le directeur de l’Unité nationale pour la protection de l’environnement marin du ministère de la Protection de l’environnement, Rani Amir, a répondu : « Nous n’avions pas reçu d’alerte préventive et personne en Méditerranée n’était au courant ».

Faisant le point sur l’enquête auprès des journalistes, Amir a déclaré qu’“au moins cinq” navires avaient été identifiés jusqu’à présent comme suspects, et que certains d’entre eux avaient été inspectés dans des ports israéliens et d’autres dans des ports étrangers.

« Depuis que l’Agence européenne pour la sécurité maritime et l’Agence de Malte ont fourni les informations sur le lieu du déversement, nous avons procédé à un contre-interrogatoire de tous les navires qui ont traversé la zone », a déclaré M. Amir, ajoutant qu’un certain nombre de navires avaient déjà été mis hors de cause.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et la ministre de la Protection de l’environnement Gila Gamliel marchent sur la plage d’Ashdod le 21 février 2021, après qu’une marée noire en mer a provoqué des dégâts le long de la côte méditerranéenne d’Israël. (Kobi Gideon / GPO)

La ministre de la Protection de l’environnement, Gila Gamliel, s’exprimant aux côtés de M. Amir lors de la conférence de presse, a mis en avant le caractère international de l’incident et de l’enquête.

« Il faut comprendre qu’il s’agit d’une enquête complexe, dont la majeure partie se situe en dehors des eaux territoriales de l’État d’Israël. Nous coopérons donc avec les organismes internationaux pour trouver les personnes responsables des dommages », a déclaré Mme Gamliel.

Dimanche, le gouvernement a conseillé aux Israéliens de ne pas se rendre sur toutes les plages de la Méditerranée du nord au sud en raison de la pollution.

La côte était encore largement contaminée, en particulier dans les zones rocheuses, a rapporté lundi après-midi l’Autorité israélienne de la nature et des parcs [INPA].

L’INPA a estimé qu’il faudra beaucoup de temps pour éliminer la contamination par le goudron des plages et des zones rocheuses, et notamment des plates-formes d’érosion qui servent d’habitat à de nombreuses créatures marines. Il s’agit de zones rocheuses qui s’étendent du pied des falaises côtières jusqu’aux eaux peu profondes.

Des Israéliens nettoient du goudron provenant d’une fuite de pétrole dans la mer méditerranée dans la réserve naturelle de Gador, près de Hadera, le 20 février 2021. (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)

Amir a également défendu une interdiction d’accès à l’enquête demandée par le ministère de la Protection de l’environnement.

« La raison de cette interdiction était la crainte de perturber la procédure d’enquête. Il n’y a rien d’autre en jeu », a-t-il déclaré.

Mardi matin, le tribunal de Haïfa a annulé l’embargo de sept jours qu’il avait accordé au ministère lundi, qui interdisait aux médias de rapporter tout détail sur l’enquête sur le déversement jusqu’au 28 février.

Suite à un tollé de la part des groupes environnementaux et à une pétition de plusieurs organisations de médias visant à annuler ou à réduire les restrictions imposées aux reportages, le juge Ziad Fallah a annulé l’ordonnance et, à la place, a émis une série d’instructions très réduites. Celles-ci interdisent aux médias de publier quoi que ce soit sur la manière dont l’enquête est menée, les organes impliqués dans celle-ci ou tout détail découlant de l’enquête elle-même, jusqu’au 28 février.

Il a prononcé une interdiction d’un jour de publier les noms des navires autres que ceux déjà publiés. Mais il a donné le feu vert aux médias pour qu’ils mènent et publient leurs propres enquêtes, en disant que celles-ci pourraient aider les autorités à faire leur travail.

Le pétrolier Minerva Helen, au terminal pétrolier de Dunkerque, en France. (Rémi Jouan, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons)

Avant la date limite, le radiodiffuseur public Kan a signalé qu’un transporteur de pétrole brut naviguant sous pavillon grec et actuellement ancré au large de Carthagène en Espagne avait été désigné comme suspect. Le reportage indique que le Minerva Helen, de nationalité grecque, qui a commencé sa carrière en 2004, a déjà été impliqué dans une importante marée noire au large de Copenhague, au Danemark, en janvier 2008. Ce premier déversement, de 200 tonnes de pétrole (un peu plus de 200 000 litres), s’est produit lorsqu’un tuyau s’est rompu alors que le pétrole était chargé sur un autre navire.

Approchée par Kan, la compagnie grecque propriétaire du navire a nié toute implication dans le déversement présumé au large des côtes d’Israël, en disant : « Nous ne sommes pas à l’origine de la fuite », et a en outre nié la responsabilité de l’incident au large des côtes danoises. La société a publié un nouveau démenti détaillé mercredi, indiquant au Times of Israel dans un courriel que le navire était vide de toute cargaison alors qu’il se trouvait récemment dans la zone où le déversement suspect a commencé.

Les opérateurs ont déclaré qu’ils « coopéreraient avec toute autorité compétente en relation » avec l’incident et ont fourni un historique des mouvements du navire pendant la période concernée. Ils ont ajouté que le 22 février, le navire a été inspecté par les autorités espagnoles et jugé en bon état.

Les ministères gouvernementaux exhortent les Israéliens à se tenir à l’écart des plages du littoral méditerranéen en raison de la pollution par le goudron provenant de la récente marée noire.

Une déclaration commune des ministères de la Santé, de l’Intérieur et de la Protection de l’environnement indique que le goudron continue à s’échouer sur les côtes tandis que les efforts de nettoyage se poursuivent. Les Israéliens sont invités à ne pas se rendre sur les plages.

Les ministères disent qu’ils fourniront une mise à jour sur la date à laquelle les Israéliens pourront retourner sur les plages « en accord avec les directives du ministère de la Santé ».

Sue Surkes a contribué à cet article.

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