Le ministère de l’Intérieur accorde un statut académique aux études religieuses
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Le ministère de l’Intérieur accorde un statut académique aux études religieuses

Les hommes détenant une ordination rabbinique ou ayant étudié le Talmud pourront postuler à des emplois municipaux qui exigent des diplômes

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Le ministre de l'Intérieur Aryeh Deri arrive à la réunion hebdomadaire du cabinet dans les bureaux du Premier ministre, à Jérusalem, le 17 juillet 2016 (Crédit : Alex Kolomoisky/Pool)
Le ministre de l'Intérieur Aryeh Deri arrive à la réunion hebdomadaire du cabinet dans les bureaux du Premier ministre, à Jérusalem, le 17 juillet 2016 (Crédit : Alex Kolomoisky/Pool)

Une nouvelle directive gouvernementale permettra aux Israéliens n’ayant qu’une éducation religieuse à postuler à des emplois proposés par des collectivités locales, même si les exigences du poste mentionnent un diplôme universitaire.

Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri est à l’initiative de la mesure, la qualifiant de « révolution » pour les perspectives d’emploi des hommes ultra-orthodoxes qui leur permettrait de mieux intégrer des postes importants dans les collectivités locales, a rapporté lundi le quotidien Haaretz.

Les critiques affirment cependant que la décision diminue la valeur des formations académiques et l’éventail des compétences qu’elles confèrent, et risque de provoquer des nominations inappropriées.

Beaucoup d’ultra-orthodoxes étudient pendant des années les textes juifs traditionnels, tels que le Talmud et ses commentaires, dans des établissements religieux appelés yeshivas. Les études comprennent généralement peu ou pas de matières profanes.

Les nouvelles lignes directrices seraient applicables à toute personne détenant une ordination rabbinique du grand-rabbinat d’Israël, ou un certificat attestant qu’il a étudié pendant au moins six ans à partir de 18 ans dans une yeshiva et a passé trois examens fixés par le grand-rabbinat. Dans la pratique, la directive ne concerne que les hommes.

« C’est une bonne nouvelle pour la communauté ultra-orthodoxe », a dit Deri, qui dirige le parti ultra-orthodoxe Shas.

Selon les lignes directrices, qui ont été formulées par le ministère de l’Intérieur en coordination avec la Commission de la fonction publique, les offres d’emploi émises par les municipalités devront mentionner des qualifications religieuses acceptables alternatives aux côtés de toutes les exigences académiques.

« Je suis heureux de mener à bien la révolution annoncée de la reconnaissance de l’étude de la Torah comme un diplôme universitaire », a déclaré Deri, en utilisant un terme familier pour les études religieuses. « Il n’y a pas de raison qu’un jeune diplômé en sciences humaines soit préféré à un étudiant qui a étudié la Torah et a été formé aux études juives. »

La semaine dernière, le gouvernement a annulé une loi qui exigeait que les écoles ultra-orthodoxes financées par l’État incluent un nombre minimal d’heures consacrées aux études profanes, comme l’anglais et les mathématiques.

Dans les accords de coalition après les élections de 2015, les partis ultra-orthodoxes avaient exigé que la Loi du programme de base soit abandonnée. Les partisans de la loi originale affirment que sans une éducation profane minimale les adultes Haredi ont de grandes difficultés à trouver un emploi.

« Nous allons agir de sorte que le processus engagé aujourd’hui dans les municipalités se poursuivra dans les ministères », a déclaré Deri. « Je suis certain que cela va créer une ouverture pour beaucoup de haredim ayant une éducation religieuse pour intégrer des postes clés dans les municipalités et dans le service public en général. »

Des experts de l’Institut de la démocratie d’Israël, un think-tank basé à Jérusalem, a déploré la mesure.

Gilad Malach, le responsable du programme et l’initiateur d’un plan directeur pour l’emploi des ultra-orthodoxe dans le cadre de l’Institut, a critiqué la directive pour ne pas avoir pris en compte l’étendue des compétences que l’éducation scolaire fournit mais qui ne figurent pas dans les cursus religieux, selon l’article de Haaretz.

« Une ordination rabbinique ou des études pendant six ans ne comprennent pas la rédaction de documents académiques, la connaissance de l’anglais, ou l’étude des statistiques, » a noté Malach. « S’il y a des emplois spécifiques qui n’exigent pas ces compétences dans les collectivités locales, alors un diplôme universitaire n’aurait pas a priori été requis dans leurs cas ».

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