Le ministre des Affaires étrangères bahreini espère visiter Israël un jour
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Interview

Le ministre des Affaires étrangères bahreini espère visiter Israël un jour

Shaikh Khalid Al-Khalifa veut que les Israéliens comprennent le Bahreïn et vice-versa et demande ce qu'il y a de "surprenant" quand il évoque son soutien à l'autodéfense d'Israël

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn Minister Khalid bin Ahmed Al Khalifa, à droite, parle avec Raphael Ahren, du Times of Israel, en marge du sommet Paix pour la prospérité de Manama, au Bahreïn, le 26 juin 2019 (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)
Le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn Minister Khalid bin Ahmed Al Khalifa, à droite, parle avec Raphael Ahren, du Times of Israel, en marge du sommet Paix pour la prospérité de Manama, au Bahreïn, le 26 juin 2019 (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)

MANAMA, Bahreïn – Même si nous avions eu l’occasion de nous rencontrer à plusieurs reprises, le ministre des Affaires étrangères bahreïni Khalid bin Ahmed Al-Khalifa n’avait jamais accepté une interview officielle avant mercredi – lorsque je me suis rendu à Manama, la capitale du pays, pour couvrir pour le Times of Israel la conférence sur la paix économique organisée par les Américains.

« Vous souvenez-vous de notre première rencontre à la COP, à Paris ? Quand vous m’avez approché ? », s’est-il rappelé, se référant à une conférence des Nations unies consacrée au changement climatique en 2015.

Je couvrais pour le journal l’apparition du Premier ministre Benjamin Netanyahu au sommet lorsque qu’avec un collègue, j’avais remarqué Khalifa.

J’avais alors cherché à lui parler.

« Je n’étais pas prêt », m’a-t-il expliqué cette semaine dans sa suite luxueuse du Four Seasons Hotel, à Manama.

« Vous m’avez pris par surprise… Il faut toujours que je me prépare quand je dois parler aux gens, en particulier à des gens comme vous – qui êtes des journalistes de talent. »

Et ici, à Manama, Khalifa a été finalement prêt à accorder une interview en face à face au Times of Israel et il s’est également entretenu avec deux chaînes de télévision israéliennes.

C’est la première fois qu’il s’exprime officiellement dans des médias israéliens.

Au cours des 20 minutes que nous avons passées ensemble, le ministre des Affaires étrangères – son nom complet est Shaikh Khalid bin Ahmed bin Mohammed Al-Khalifa – a évoqué ouvertement les raisons de son optimisme face aux efforts livrés par l’administration américaine de négocier un accord de paix israélo-américain.

Il a également expliqué ce qui a déterminé son pays à accueillir la conférence économique de la Maison Blanche, malgré les protestations amères de Ramallah.

Le ministre Bahreini des Affaires étrangères Khalid bin Ahmed Al Khalifa parle au Times of Israel en marge de la conférence de la paix pour la prospérité à Manama, au Bahreïn, le 26 juin 2019 (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)

Il a souligné l’importance de l’accueil chaleureux réservé par son gouvernement aux journalistes israéliens venus au Bahreïn, faisant part de son espoir que la petite nation insulaire du Golfe soit bien perçue au sein de l’Etat juif.

« Nous avons apprécié que vous [journalistes] ayez apprécié notre invitation. C’est quelque chose que nous avons toujours voulu faire », a-t-il dit.

« Parce que nous avons eu le sentiment que la communication avec les Israéliens, à travers vos médias, fait partie intégrante de la construction de la confiance à établir avec tous ceux qui, dans le monde arabe, veulent la paix », a-t-il ajouté.

« Nous voulons que le monde voit ce qu’est Bahrein et en particulier que vous, Israéliens, veniez voir ce qu’est Bahreïn », a-t-il continué.

Le diplomate chevronné, qui est ministre des Affaires étrangères de Bahreïn depuis 2005, a exprimé le désir de mettre en place de meilleures relations et éventuellement de faire la paix avec Israël – un pays qui, dit-il nonchalamment, fait partie de la région et qui « est là et qui restera là ».

Il s’est finalement demandé pourquoi certains avaient été surpris, quand au mois de mai 2018 – suite à une frappe aérienne israélienne sur des cibles iraniennes en Syrie – il avait écrit sur Twitter que tant que Téhéran continuerait ses agressions régionales, « tous les pays – et y-compris Israël – bénéficient du droit à l’autodéfense, en éliminant la source du danger ».

Le guide suprême iranien l’Ayatollah Ali Khamenei, (à gauche), et le président Hassan Rouhani à l’investiture de Rouhani, à Téhéran, le 3 août 2017. (Crédit : Office of the Iranian Supreme Leader via AP)

« Qu’y a-t-il de surprenant ? », m’a-t-il demandé, comme si c’était la chose la plus naturelle au monde de voir un ministre des Affaires étrangères arabe reconnaître le droit d’Israël à se défendre.

Le conflit arabo-palestinien est politique et il peut donc être résolu, mais c’est le « zèle religieux » qui a mené les ayatollahs à Téhéran à « placer leurs roquettes et leurs menaces aux abords de vos frontières, sur un territoire arabe », a-t-il dit.

« Et ainsi, tous les pays touchés [ont le droit de se défendre contre de telles agressions] et c’est ce que j’ai voulu dire quand j’ai précisé ‘Israël aussi’, » a-t-il précisé.

« Parce que vous êtes un pays de la région. Cela n’a rien à voir avec nos problèmes, ceux qu’il y a actuellement entre les Arabes et les Israéliens. Mais [l’Iran] veut exacerber les sensibilités et la situation et y ajouter plus de toxicité encore en lui donnant une dimension religieuse. Tout le monde a le droit de se défendre », a-t-il poursuivi.

Khalifa, 59 ans, a expliqué désirer visiter l’Etat juif à l’avenir – « un jour, quand tout sera ouvert et pacifique » – mais il est resté évasif sur la normalisation des liens avec Jérusalem en l’absence d’un accord de paix.

« Nous ne voulons pas placer la charrue avant les bœufs. On va construire tout cela, on va construire un cadre avec la prospérité économique », a-t-il ajouté.

« La représentation diplomatique est symbolique, je vous dis la vérité », a-t-il continué.

« Si on pratique la représentation diplomatique et qu’on ne dispose pas de toutes les fondations nécessaires pour la prospérité et la coopération, que peut faire l’entité diplomatique ? Alors construisons. Construisons la confiance, construisons l’assurance nécessaires », a-t-il clamé.

Khalifa, qui est considéré comme le responsable le plus pro-israélien dans le Golfe, veut que les Israéliens « aient l’assurance qu’il y a plus de deux ou trois voix dans le monde arabe qui veulent la paix. Il faut qu’ils sachent qu’ils ne sont pas entourés seulement d’ennemis. Mais qu’ils sont aussi entourés de gens qui veulent une paix juste, qui sache accommoder tout le monde ».

Ce qui suit est une retranscription complète de notre conversation, légèrement révisée pour davantage de clarté.

Times of Israël : Pour commencer, je voudrais vous remercier pour votre hospitalité. Nous ne prenions pas pour acquise la chaleur avec laquelle les journalistes israéliens ont été accueillis… Est-ce qu’il a été difficile pour le royaume du Bahreïn, non seulement de permettre la venue d’Israéliens, mais également de mettre en place le traitement VIP qui leur a été réservé ?

Le ministre des Affaires étrangères Khalifa : Nous traitons tout le monde la même manière. Et il n’y a aucune différence entre les visiteurs au Bahreïn, d’où qu’ils viennent. Et nous sommes heureux que vous ayez accepté notre invitation.

C’est quelque chose que nous avons toujours voulu faire. Parce que nous avons eu le sentiment que la communication avec les Israéliens, à travers vos médias, fait partie intégrante de la construction de la confiance à établir avec tous ceux qui, dans le monde arabe, veulent encore et toujours la paix. C’est notre principal objectif, et nous avons toujours dit que c’est une initiative qui entraînerait la normalisation. Pour autant, nous ne devons pas faire de confusion avec la normalisation.

Bien sûr, organiser tout ça n’a pas été facile – mais nous avions dit que nous le ferions. Et maintenant, nous l’avons fait. Et aujourd’hui, vous êtes ici, à Bahreïn.

Nous voulons que le monde voit ce qu’est Bahrein – et en particulier que vous, Israéliens, veniez voir ce qu’est Bahreïn – et ce qu’est également notre peuple, pour que vous puissiez découvrir ce pays qui, selon vous, s’est montré très amical, très accueillant. Et nous sommes heureux de votre constat.

Et comme dans de nombreux autres endroits du monde arabe, ici, nous avons un héritage conjoint en termes de de cohabitation. Entre Juifs et Arabes. Nous avons les mêmes origines si on remonte dans le passé. Bagdad, le Levant, le Maghreb, l’Egypte, l’Iran, partout… Nous avons vécu ensemble. Vous avez eu le témoignage de cette vie commune ancestrale dans l’ancienne synagogue. Et nous soulignons qu’elle est ancienne. Elle n’a pas été construite pour satisfaire la présence d’expatriés ici. Non, elle avait été construite pour les citoyens de nos pays. Et ça signifie beaucoup pour nous.

Les fidèles, parmi lesquels Jason Greenblatt, envoyé de l’administration Trump au Moyen-Orient,à gauche, assis, lors de la prière du matin dans une synagogue de Manama, au Bahreïn, le 26 juin 2019 (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)

Et Israël, la nuit dernière, a découvert Bahreïn sur ses chaînes de télévision. Cela veut dire beaucoup pour nous. Les Israéliens voient un endroit réel, dont ils ont l’assurance qu’il est un pays de paix.

Alors parlons de la conférence de la Paix vers la prospérité. Elle a été boycottée par les Palestiniens mais Bahreïn dit soutenir les Palestiniens.

Eh bien, nous continuerons à travailler avec l’Autorité palestinienne. Dans l’histoire, le Bahreïn a toujours tenté de leur venir en aide. Et nous avons vu une très bonne opportunité offerte aux Palestiniens dans ce sommet – ils pouvaient en tirer des bénéfices. Ce n’est pas la première initiative économique en leur direction. Il y en a déjà eu beaucoup dans le passé.

[L’ex-secrétaire d’Etat américain] John Kerry en avait fait une. [L’ex-Premier ministre de l’Autorité palestinienne] Salam Fayyad avait travaillé sur ce sujet. [Le ministre des Affaires étrangères] Taro Kono et la Thaïlande avaient présidé le groupe asiatique [la conférence sur la coopération entre les pays de l’est asiatique en faveur du développement palestinien]. Cette proposition soumise aujourd’hui est très sérieuse, parce que le plus important négociateur et acteur de la région, les Etats-Unis d’Amérique, s’y sont impliqués.

Et nous considérons cela comme très, très important. Autant que Camp David 1 avait grandement changé la donne après la visite du président égyptien Anwar Sadate [à Jérusalem en 1977] – si cette proposition réussit, et nous misons là-dessus – et si elle attire l’attention et crée un élan, elle pourrait, pour la seconde fois dans l’Histoire, changer la donne.

Et le volet politique de la proposition américaine de paix ?

Nous ne l’avons pas encore vue. Nous devons attendre. Je ne peux pas m’exprimer sur quelque chose que je ne connais pas. Mais nous espérons que ce plan politique sera également intéressant pour tous. Voyez le sommet. Il est très intéressant. Et cela n’a aucun sens de présenter une offre intéressante pour simplement l’amener dans l’impasse. Nous souhaitons conserver le même élan, alors nous verrons.

Est-ce qu’une proposition qui omettrait un Etat palestinien sur la base des lignes de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale recevrait une fin de non-recevoir de la part du Bahreïn ou prendriez-vous en considération tout projet soumis par la Maison Blanche ?

Nous prendrons en compte tout ce qui sera accepté par les Palestiniens.

Ils ont clairement établi qu’ils n’accepteront rien d’autre que la souveraineté.

Voyez, ils ont accepté de procéder à des échanges de terre mutuellement convenus. N’oublions pas ça. Parce que certains territoires, en Cisjordanie, sont dorénavant occupés par des implantations qui, en croissant, sont devenues des villes. Des échanges convenus. Ils ont la volonté d’en parler. Et nous les encouragerons à faire ça. Mais en fin de compte, nous ne pourrons pas imposer quoi que ce soit aux Palestiniens.

Jared Kushner, conseiller principal de la Maison Blanche, s’adresse à l’auditoire lors de la séance d’ouverture de l’atelier « De la paix à la prospérité » à Manama, Bahreïn, le 25 juin 2019. (Bahrain News Agency via AP)

Nous leur offrons une opportunité. S’ils veulent la saisir, alors ils auront pris une sage décision. Si ce n’est pas le cas, alors je pense qu’il n’y aura plus grand chose à faire et que nous devrons attendre la prochaine occasion.

Exprimez-vous de l’espoir ou du scepticisme ? J’ai du mal à savoir.

Non, je n’exprime pas du scepticisme. J’exprime de l’espoir. J’ai terminé sur une note d’espoir – si nous perdons aujourd’hui une opportunité, ne perdons pas espoir pour autant. Avançons vers l’avenir et travaillons sur la prochaine proposition. Si l’une échoue alors commençons à travailler sur la suivante. C’est optimiste, non ? [Rires].

J’ai presque envie de terminer cet entretien sur cette note positive mais il y a toutefois d’autres sujets à aborder. Par exemple, la normalisation entre Bahreïn et Israël. Y a-t-il une chance qu’Israël et Bahreïn mettent en place des relations diplomatiques même en l’absence d’un accord de paix avec les Palestiniens ?

Vous voyez, nous sommes engagés dans l’Initiative arabe de paix. Et nous pensons qu s’il y a aujourd’hui des défaillances et des opportunités ratées ici, [l’Initiative de paix arabe] est une opportunité manquée pour Israël mais que les Israéliens peuvent toujours modifier leur positionnement.

Les Israéliens disent que peut-être, l’Initiative de paix arabe n’assurera pas la sécurité. Eh bien, parlez-nous. Demandez-le nous. Rapprochez-vous de nous. Dites-le-nous : « Vous avez une bonne initiative mais il y a un élément qui nous inquiète ».

Le Premier ministre Netanyahu l’a fait. Il a dit que l’idée était bonne mais qu’il y avait quelques problèmes.

Mais quand l’a-t-il dit ? Après des années et des années d’attente. Et regardez l’état du monde arabe, ce qu’il s’est passé jusqu’à présent. Bien. Dorénavant, on ne s’arrête qu’à ça. Ne mettons pas la charrue avant les bœufs. On va construire tout cela, on est en train d’en construire le cadre dès aujourd’hui – avec la prospérité économique. Et nous prenons cette tâche au sérieux.

Je veux que les Israéliens aient l’assurance qu’il y a plus de deux ou trois voix dans le monde arabe qui veulent la paix. Il faut qu’ils sachent qu’ils ne sont pas entourés seulement d’ennemis

La représentation diplomatique est symbolique, je vous dis ici la vérité. Si on met en pratique la représentation diplomatique mais qu’on ne dispose pas de toutes les fondations nécessaires pour la prospérité et la coopération, que pourra faire l’entité diplomatique ? Alors construisons. Construisons la confiance, construisons l’assurance nécessaires.

Je me suis entretenu aujourd’hui avec une chaîne israélienne. Et j’ai dit à celui qui m’interviewait que, ce que je voulais faire, c’est de gagner la confiance [des Palestiniens]. Peut-être que je ne saurais pas parler à leur coeur dès le début, mais je veux qu’ils m’écoutent, qu’ils sachent que je leur parle avec honnêteté.

Je veux que les Israéliens aient l’assurance qu’il y a plus de deux ou trois voix dans le monde arabe qui veulent la paix. Il faut qu’ils sachent qu’ils ne sont pas entourés seulement d’ennemis. Mais qu’ils sont aussi entourés de gens qui veulent une paix juste, qui sache accommoder tout le monde.

L’Egypte a été le premier pays à faire la paix avec Israël –

Oui, et ça a changé la donne.

Puis il y a eu la Jordanie, en 1994. Et ensuite, il ne s’est rien passé pendant longtemps.

Ne perdons pas cette opportunité. La proposition économique, travaillons dessus et construisons-là. Attendons de voir le plan américain. Je pense qu’on devrait réussir avec la seconde phase, avec le volet politique. On devrait. Alors faisons en sorte que ça arrive. Et ce sera alors la plus grande réussite après Camp David.

Mais si ça ne devait pas fonctionner, serait-il concevable que Bahreïn devienne le troisième pays à établir des relations officielles avec Israël ?

Je ne considère pas comme une condition préalable la nécessité de m’exprimer à ce sujet aujourd’hui. Parce que nous devons attendre. Vous êtes là. Vous pourrez revenir. On ne sait jamais. Peut-être pour autre chose. Pour le moment, concentrons-nous sur l’initiative de paix actuelle. Si elle réussit, qu’elle suit son cours, si tout cela intègre enfin la normalité, alors on pourra parler de la suite.

Comme l’a dit Jared Kushner, abandonnons les clichés, et parlons de choses sérieuses et de la vie des populations concernées.

Jared Kushner, le conseiller du président américain Donald Trump qui est aussi son gendre, parle aux journalistes à la fermeture de la conférence économique de « La paix vers la prospérité » dans la capitale bahreïnie de Manama, le 26 juin 2019 (Crédit : SHAUN TANDON / AFP)

Il y a quelques mois, vous avez écrit un message sur Twitter sur le droit à l’autodéfense d’Israël contre les agressions iraniennes.

Qu’y a-t-il de si surprenant ? Voyez, il y a un conflit israélo-palestinien sur certains sujets : l’occupation, le déplacement… C’est quelque chose entre nous, Arabes et Israéliens. Et nous savons quels en sont les paramètres, nous savons comment nous pouvons résoudre ça. Nous savons comment gérer le problème. Et nous devons tous simplement tomber d’accord – avec une volonté forte. Et nous pouvons le faire.

Mais quand un acteur étranger intervient et qu’il place la religion dans ce conflit, entre musulmans et Juifs – là, c’est toxique. Ce n’est pas un conflit religieux. Ce n’est pas un conflit entre Arabes et Juifs. C’est un conflit entre un pays et son voisinage qui doit être résolu. C’est politique. Au moment où nous aborderons ce conflit en l’appréhendant comme un conflit entre Juifs et musulmans, nous reviendrons aux temps anciens. Nous ne voulons pas y retourner. Nous voulons vivre au présent.

Et là, les Iraniens – venus avec leur zèle religieux – ont placé leurs roquettes et leurs menaces aux abords de vos frontières, sur un territoire arabe. Ils ont changé la règle du jeu.

Et ainsi, tous les pays touchés [ont le droit de se défendre contre de telles agressions] et c’est ce que j’ai voulu dire quand j’ai précisé ‘Israël aussi’. Parce que vous êtes un pays de la région. Cela n’a rien à voir avec nos problèmes, ceux qui opposent les Arabes et les Israéliens. Mais [l’Iran] veut exacerber les choses et y ajouter plus de toxicité encore en leur donnant une dimension religieuse. Tout le monde a le droit de se défendre.

Est-ce que vous réalisez que de manière implicite, vous reconnaissez Israël comme pays ayant le droit d’être un pays ?

Absolument.

Officiellement, le royaume du Bahreïn ne reconnaît pas l’Etat d’Israël.

Israël est un pays. Israël est un pays de la région, au Moyen-Orient, l’Etat d’Israël.

Et c’est un pays qui est là et qui restera là ?

Et il est là et il restera là, bien entendu. A qui avons-nous offert la paix ? Je parle de l’Initiative arabe de paix ? Nous l’avons offerte à un pays appelé l’Etat d’Israël et qui se trouve dans la région. Nous ne l’avons pas offerte à une île reculée, à un pays éloigné. Nous l’avons offerte à Israël. Alors nous croyons qu’Israël est un pays qui restera là où il est, nous voulons avoir de meilleures relations avec lui, et nous voulons faire la paix avec lui. Vous voyez, j’estime que c’est quelque chose de normal.

Mahmoud Abbas, Saeb Erekat, Nabil al-Arabi, alors secrétaire général de la Ligue arabe, et le ministre des Affaires étrangères de Bahreïn, Khalid bin Ahmed al-Khalifa, pendant une rencontre des ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe, au Caire, le 28 mai 2016. (Crédit : AFP/Stringer)

C’est normal pour les Israéliens. Je suis sûr que si je vais au Liban ou même aux Emirats – je n’entendrais pas de tels propos de la bouche des dirigeants. Ils peuvent le penser, mais ils ne le diront pas.

Je pense qu’ils devraient toujours avoir le courage de franchir le seuil.

Un grand nombre d’autres responsables arabes ont peur de dire ce que vous dites. Pourquoi n’entendons-nous pas de propos similaires de la part du ministre des Affaires étrangères des Emirats ou du Koweït ?

Vous savez, les gens adoptent des approches différentes. Nous disons les choses. Nous disons les choses publiquement. Nous n’hésitons pas à le faire. Parce que nous savons que c’est une position de principe, que nous l’acceptons, et que nous sommes d’accord avec. Et nous savons que nos frères, dans la région, pensent aussi ainsi.

Mais peut-être nous exprimons-nous d’une manière qui est la nôtre. Je ne dis pas que nous soyons plus confiants : tous sont confiants, tous travaillent dur. Mais chacun dit les choses à sa façon, et ici, à Bahreïn, c’est notre manière de nous exprimer. Nous n’hésitons pas. Nous savons ce qui est juste et ce qui ne l’est pas. Nous savons ce que nous devons dire, nous sommes sûrs de nous.

Est-ce que vous ne craignez pas que votre accueil des citoyens israéliens, que vos interviews accordées aux médias israéliens ne soient utilisés par l’Iran et autres acteurs hostiles pour exciter des querelles dans votre pays ?

Non. Ils vont essayer. Ils ont essayé de le faire cette semaine – si vous avez regardé les médias iraniens. Ils ont tenté d’attiser le conflit et d’interrompre la conférence, d’amener les gens à s’y opposer. Ils ont échoué, monsieur, ils ont échoué. Grandement.

Les Bahreïnis ont l’esprit ouvert, ce sont des gens qui ont des principes. Ils veulent voir la fin du conflit israélo-palestinien, sur la base de ces principes. Mais ce ne sont pas des belligérants. Ils accueilleront favorablement l’opportunité d’exprimer leur point de vue avec tous ceux qui ne sont pas d’accord. Et je suis sûr que vous l’avez remarqué.

Vous souvenez-vous de notre première rencontre à la COP, à Paris ? Quand vous m’avez approché ? Je n’étais pas prêt. Vous m’avez pris par surprise. Je n’étais pas prêt. Je dois toujours me préparer pour parler aux gens – en particulier aux gens comme vous, qui êtes des journalistes de talent.

Je vous remercie pour ce compliment. J’apprécie. Laissez-moi vous poser encore deux questions. Le Premier ministre Netanyahu se trouvait à Oman, l’année dernière, même si les deux pays n’entretiennent pas de relations diplomatiques. Est-il le bienvenu à Manama ?

Le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn Minister Khalid bin Ahmed Al Khalifa, à droite, parle avec Raphael Ahren, du Times of Israel, en marge du sommet Paix pour la prospérité de Manama, au Bahreïn, le 26 juin 2019 (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)

Eh bien, je suis sûr qu’il y a eu une raison entre Oman et Israël justifiant l’organisation de cette visite et sa réussite. Si une visite de cette nature devait avoir lieu, elle devrait avoir un sens, elle devrait avoir un objectif. Une visite dans le seul objectif de faire une visite n’est pas utile. Les photos sont une bonne chose, mais elles sont éphémères. Créons plutôt quelque chose qui ouvrira une nouvelle ère. C’est là l’objectif que nous poursuivons.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le Sultan Qaboos bin Said à Oman, le 26 octobre 2018. (Autorisation)

Et si nous réalisons un pas en avant – vous pouvez me croire, nous ne reviendrons pas en arrière. Alors mettons en place une optique qui ne nous fera pas reculer encore une fois.

Aimeriez-vous venir en Israël ? Aimeriez-vous visiter Jérusalem ?

Un jour, oui. Un jour, quand tout sera ouvert et pacifique, j’aimerais venir en séjour – tout comme j’aimerais me rendre en Jordanie, au Liban ou en Egypte. Parce que comme je l’ai dit, Israël est un Etat de notre région. Ce sera une opportunité qui nous fera plaisir, qui permettra aux pays de la région de regarder de l’avant. Oui. Attendons que ce moment arrive.

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