Le parcours d’une héroïne juive de la résistance hollandaise, âgée de 97 ans
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Le parcours d’une héroïne juive de la résistance hollandaise, âgée de 97 ans

La nonagénaire a écrit son premier livre sur sa remarquable histoire de survie qui met en avant les contributions vitales des Juifs néerlandais dans la lutte contre les nazis

Selma van de Perre signe son livre au National Holocaust Museum d'Amsterdam, le 9 janvier 2020. (Cnaan Liphshiz/JTA)
Selma van de Perre signe son livre au National Holocaust Museum d'Amsterdam, le 9 janvier 2020. (Cnaan Liphshiz/JTA)

AMSTERDAM (JTA) – Peu après sa capture par les nazis en 1944, la résistante néerlandaise Selma van de Perre fut transférée d’une prison ordinaire au pire camp de concentration des Pays-Bas.

Mme Van de Perre est arrivée au tristement célèbre camp Vught environ cinq mois après que son commandant, Adam Grunewald, a tué 10 femmes en les entassant, ainsi que 64 autres détenues, dans une cellule non ventilée de 9 mètres-carrés pendant 14 heures. Comme le reste du pays, elle avait entendu parler de ce qui est encore connu ici comme « l’atrocité des bunkers ».

Néanmoins, elle était « plutôt contente » d’arriver au camp, comme le rappelait récemment la survivante de 97 ans lors d’une conférence au musée national de la Shoah des Pays-Bas. Le musée, qui a ouvert en 2017, fait partie d’un groupe de cinq institutions juives de la capitale néerlandaise connu sous le nom de Quartier culturel juif.

Bien que Selma van de Perre soit juive, la résistance lui avait donné une fausse identité. Se faire passer pour aryenne était le seul moyen d’échapper à la chambre à gaz.

La remarquable histoire de sa survie est racontée dans son premier livre, publié ce mois-ci à l’occasion du 75e anniversaire de la libération de l’Europe des nazis. L’ouvrage a également pour objectif de reconnaître tardivement les contributions largement ignorées de la résistance des Juifs néerlandais.

« En réalité, d’innombrables Juifs ont coopéré avec des non-Juifs dans la résistance – beaucoup plus que ce que nous savions pendant la guerre », écrit l’ancienne déportée. « Souvent, on a supposé que les Juifs qui échappaient à la déportation se cachaient immédiatement, mais ce n’était pas toujours le cas. Il n’était pas dans l’intérêt des Juifs d’être identifiés comme tels. Cela explique dans une large mesure pourquoi si peu de Juifs ont été reconnus pour leurs actions ».

Crématorium au Camp Vught. (Domaine public via wikipedia)

Frêle mais vive d’esprit, Selma van de Perre est l’une des rares résistantes néerlandaises encore en vie. Bien que les chefs de la résistance aient su qu’elle était juive, ses compagnons de lutte n’en ont jamais été informés. Après la guerre, un climat d’antisémitisme a également contribué à marginaliser davantage le rôle des Juifs.

Ce manque de connaissance est apparu clairement en juin : un sénateur néerlandais de droite, Toine Beukering, a fait scandale lorsqu’il a déclaré qu’il ne pouvait pas comprendre pourquoi « les Juifs, un peuple si courageux et combatif, se sont laissés conduire vers les chambres à gaz comme des petits moutons ».

Il s’était ensuite excusé après le tollé suscité auprès des Juifs néerlandais, mais son opinion est répandue, selon David Barnouw, ancien chercheur à l’Institut néerlandais d’études sur la guerre, la Shoah et le génocide.

Bien qu’il n’y ait pas de chiffres concrets sur la participation des Juifs aux activités de résistance organisée, « le nombre réel est plus élevé que ce que l’on croyait pendant des décennies après la Seconde Guerre mondiale », a indiqué l’expert à la Jewish Telegraphic Agency.

En fait, l’un des héros de guerre les plus connus des Pays-Bas était juif : George Maduro, tué au camp de concentration de Dachau après que les nazis l’ont capturé en train de faire passer en toute clandestinité des pilotes britanniques, dont les avions avaient été abattus, chez eux. En 1952, ses parents ont construit en sa mémoire la ville miniature de Madurodam, l’une des attractions touristiques incontournables des Pays-Bas.

Madurodam est un parc miniature et une attraction touristique dans le quartier de Scheveningen à La Haye, aux Pays-Bas. Il abrite une gamme de répliques parfaites de modèles réduits à l’échelle 1:25 de célèbres châteaux néerlandais, de bâtiments publics et de grands projets industriels que l’on trouve en divers endroits du pays. (Photo par : Paulo Amorim/VW Pics/Universal Images Group via Getty Images/via JTA)

L’année dernière, un romancier a écrit un best-seller basé sur l’histoire, jusqu’alors inconnue, de deux sœurs juives qui dirigeaient un refuge de la résistance juste sous le nez de l’occupant nazi.

Le débat sur la résistance juive aux Pays-Bas est d’une importance durable, car le pays a donné naissance à l’un des plus redoutables réseaux anti-nazis d’Europe. Les Pays-Bas ont connu le premier acte public d’insubordination de masse sur le sort des Juifs lors de la grève de février 1941. Le pays compte également le deuxième plus grand nombre de personnes au monde reconnues par Israël pour avoir risqué leur vie afin de sauver les Juifs de la Shoah.

Mais les Pays-Bas avaient également le taux de mortalité le plus élevé parmi les Juifs d’Europe occidentale occupée par les nazis, un chiffre atteint en grande partie grâce à la collaboration des « chasseurs de Juifs » locaux, qui étaient payés pour chaque Juif qu’ils livraient aux nazis. Dans son livre, dont une version anglaise doit être publiée en septembre, Selma van de Perre décrit la peur d’être reconnue par l’un d’entre eux dans la rue.

Selma van de Perre et son fils, Jocelin, lors d’une présentation de son livre au National Holocaust Museum à Amsterdam, le 9 janvier 2020. (Cnaan Liphshiz/JTA)

La Néerlandaise a rejoint la résistance à l’âge de 20 ans. Se faisant passer pour une infirmière afin d’éviter l’expulsion, elle aménagea un refuge pour elle-même, sa mère et sa sœur de 15 ans. Son père fut envoyé dans un camp de concentration, où il fut assassiné. Mais sa mère et sa sœur sont restées en sécurité pendant un certain temps, ce qui lui a permis de se consacrer à la lutte contre les Allemands.

Sa mère et sa sœur ont également fini par être déportées et exterminées. Selma Van de Perre elle-même fut envoyée de Vught au camp de Ravensbruck en Allemagne, où elle survécut jusqu’à ce que le camp soit libéré par les Soviétiques.

Avant son arrestation, elle avait aidé les résistants en voyageant à travers les Pays-Bas pour distribuer des journaux de la résistance.

« Cela ne m’est que vaguement venu à l’esprit à l’époque, mais une jeune fille voyageant avec une grande valise était en fait un personnage assez voyant », a-t-elle commenté pendant sa conférence. « Je ne sais pas trop comment j’ai fait. Ce n’était qu’une série d’évasions de peu ».

Être dans la résistance « peut sembler effrayant et dangereux, et ça l’est, mais ça devient aussi banal », a-t-elle expliqué.

Néanmoins, quelques missions sont sorties du lot.

Ce fut le cas de cette fois où Selma van de Perre a dû s’infiltrer dans le quartier général allemand à Paris pour livrer une enveloppe à un espion de la résistance et rapporter la correspondance qu’il lui donnerait. On lui a dit que c’était vital pour le sauvetage des combattants capturés et détenus en France.

Selma van de Perre, (à droite), interviewée à propos de son livre au National Holocaust Museum à Amsterdam, Pays-Bas, le 9 janvier 2020. (Cnaan Liphshiz/JTA)

« J’ai décidé de flirter avec les soldats à l’entrée, créant l’impression que j’avais besoin de livrer quelque chose à un parent, un frère peut-être, mais en même temps j’ai aimé être le centre d’attention de quelques jeunes hommes », se souvient-elle.

Après quelques minutes, elle a senti que les soldats s’étaient habitués à sa présence, elle leur a donc demandé de convoquer son contact. Quand il est arrivé, ils ont échangé la correspondance illégale – avec les soldats qui la surveillaient. Elle leur a fait un signe de séduction et, comme elle l’a raconté, « est sortie de là aussi vite que possible sans avoir l’air de s’enfuir ».

Au cours d’une autre mission, elle a fricoté avec un officier allemand et lui a volé des documents pour permettre à la résistance de fabriquer des papiers nazis qu’ils pourraient utiliser pour infiltrer les bases où leurs combattants étaient détenus.

Les deux frères aînés de la résistante ont survécu à la guerre au Royaume-Uni, où elle a également déménagé, fondant une famille et travaillant comme journaliste.

On lui a demandé de prodiguer un conseil aux jeunes auditeurs, ce à quoi elle a répondu : « J’aimerais recommander la tolérance. Mais pas nécessairement au sens politique du terme. Essayez d’être tolérant envers les gens qui vous entourent. Les gens dans votre vie. Évitez les bagarres. Les bagarres deviennent des conflits, et les conflits deviennent des guerres. Essayez d’être gentil. L’amour est tout ce qui compte au final ».

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