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Le petit-fils du commandant d’Auschwitz contre l’extrême droite

Rainer Höss est la figure de proue d'une campagne suédoise contre la montée des néo nazis en Europe, à l'approche des européennes

Rudolf Höss, le commandant d'Auschwitz. (Crédit : Domaine public)
Rudolf Höss, le commandant d'Auschwitz. (Crédit : Domaine public)

Rainer Höss, qui à 12 ans a appris que son grand-père Rudolf était le commandant du camp d’Auschwitz, a été enrôlé par une association suédoise pour convaincre les Européens de voter dans l’espoir de marginaliser l’extrême droite.

L’enfant ne comprenait pas pourquoi le jardinier de son internat, survivant de l’Holocauste, était constamment méchant avec lui. Jusqu’au jour où un enseignant lui a expliqué que son grand-père avait orchestré la mort de plus d’un million d’innocents.

« J’ignorais tout d’Auschwitz, je ne savais rien de ma famille, je savais seulement que mon grand-père avait participé à la guerre, comme des milliers d’autres », a-t-il confié à l’AFP lors d’une visite récente à Stockholm.

« Pour un gamin de 12 ans, c’est quelque chose d’énorme à apprendre », a-t-il ajouté.

À 48 ans, Rainer Höss a fait de son fardeau familial le moteur de son engagement contre l’extrême droite. Et il est la figure de proue d’une campagne suédoise lancée mercredi contre la montée des néo nazis en Europe, à l’approche des élections européennes.

Initiative du Mouvement de la jeunesse social-démocrate de Suède (SSU), la campagne s’intitule « N’oubliez jamais. De voter ». Cette organisation considère que le meilleur moyen d’arrêter « la menace grandissante des néo-nazis » sur le continent est de se rendre aux urnes.

« Avoir Rainer sur le devant de la scène, c’est prouver qu’il ne pourra jamais oublier et qu’il ne faut pas oublier nous non plus », a souligné le secrétaire général de la SSU, Gabriel Wikström.

Malgré la réprobation de certains membres de sa famille qui ont préféré enterrer le passé, M. Höss a passé plus de 20 ans à faire des recherches sur ses propres origines et sur le nazisme.

Sa tante Brigitte, l’une des cinq enfants de Rudolf Höss, avait choisi de les taire. C’est seulement l’an dernier, à l’âge de 80 ans, alors qu’un cancer était en train de l’emporter, qu’elle a décidé de faire part de son histoire au Washington Post.

Elle avait fui l’Allemagne pour devenir mannequin chez Balenciaga en Espagne, rencontré un ingénieur américain, émigré aux États-Unis avec lui, et fini sa carrière dans une boutique de luxe de Washington tenue par une juive.

Même si elle avait fini par lui dire qui elle était, elle avait gardé son emploi. Et le secret avait été bien gardé.

« L’extrême droite gagne du terrain »

Rudolf Höss a été le commandant qui a servi le plus longtemps à Auschwitz, tentant diverses méthodes pour accélérer la « solution finale », avant d’opter pour le pesticide Zyklon B.

Il a été arrêté par les Alliés en 1946, remis à la Pologne puis pendu l’année suivante, près d’un crématorium d’Auschwitz.

« Il a engendré beaucoup de peine au sein de notre famille, pas seulement parmi ses enfants, mais pour des décennies », estime M. Höss. « Génération après génération nous portons la même croix, celle qu’il a posée sur nos épaules ».

« C’était un peu délicat en tant que petit-fils d’un tueur de masse d’aller en Israël ».

« C’était un peu délicat en tant que petit-fils d’un tueur de masse d’aller en Israël »

Rainer Hoss

M. Höss, qui porte l’étoile de David en pendentif, a consacré les quatre dernières années à sensibiliser les élèves aux dangers du racisme et de l’antisémitisme, en Allemagne et ailleurs.

« L’extrême droite n’est pas stupide », a-t-il déclaré à l’AFP. « Elle grossit ses rangs, gagne du terrain, très lentement mais de manière très efficace ».

« Je suis très agressif à leur égard », reconnaît-il. « Chaque fois que je peux agir contre eux, je le fais ».

Ses recherches l’ont amené à rencontrer plusieurs survivants de l’Holocauste. Il a aussi participé à un documentaire en Israël.

Là-bas, il a fait la connaissance d’un groupe d’étudiants juifs qui lui ont demandé ce qu’il aurait fait s’il avait rencontré son grand-père.

Si aujourd’hui il estime sa réponse « trop impulsive », à l’époque la réponse avait fusé : « Je l’aurais tué ».

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