« Le plan d’inspection de Parchin est mauvais, la crédibilité de l’AIEA est en jeu »
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« Le plan d’inspection de Parchin est mauvais, la crédibilité de l’AIEA est en jeu »

Selon l'ancien directeur adjoint de l'AIEA, l'inspection d'un site suspect ne peut être fait par caméra ; il invite l'agence à publier les annexes secrètes

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

L'ancien directeur adjoint de l'AIEA Olli Heinonen (Crédit photo: Capture d'écran YouTube)
L'ancien directeur adjoint de l'AIEA Olli Heinonen (Crédit photo: Capture d'écran YouTube)

Le mécanisme de l’accord nucléaire pour l’inspection du complexe militaire de Parchin en Iran semble être excessivement laxiste, a déclaré cette semaine l’ancien numéro deux de l’organisme de surveillance nucléaire des Nations uinies.

Dans une interview avec le Times of Israel, Olli Heinonen, qui a été directeur général adjoint de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AEIA), a appelé l’organisme, basé à Vienne à rendre publics les accords annexes non encore divulgués, qui font partie de l’accord plus large signé en juillet entre Téhéran et les six puissances mondiales.

On ne sait pas exactement comment l’AIEA mènera ses inspections à Parchin, qui devraient fournir des réponses définitives sur l’activité nucléaire de l’Iran sur le site avant l’accord. Selon une fuite d’un brouillon de l’accord, publiée le mois dernier par l’agence Associated Press, l’Iran fournira à l’organisme des photos, des vidéos et des échantillons environnementaux.

« Il est essentiel d’être présent physiquement »

« La question clé est : l’AIEA va-t-elle être présente ou non lors de la prise des échantillons, » s’interroge Heinonen.

« Il me semble qu’ils soient juste autorisés à assister à la prise d’échantillons par l’intermédiaire d’une caméra, ou à une certaine distance. Si tel est vraiment le cas, j’ai beaucoup de réserves quant au caractère raisonnable et à la crédibilité des arrangements. »

Heinonen – qui a travaillé pour l’AIEA pendant près de trois décennies et qui y dirigea le Département des garanties – a expliqué que le prélèvement d’échantillons sur un site soupçonné d’avoir hébergé une activité nucléaire illicite n’est pas une simple affaire.

« Vous devez savoir ce que vous prélevez, comment le prélever, et si l’échantillon est représentatif de l’objet que vous inspectez, » a-t-il dit.

Il est difficile d’évaluer les changements qui auraient avoir pu avoir été effectués sur le site – comme l’installation de faux murs ou des tentatives de cacher ou de désinfecter l’équipement – simplement en regardant une photo ou une vidéo.

« Vous devez être présents et voir physiquement l’endroit. Par conséquent, afin que l’AIEA produise un travail crédible, ils doivent se rendre sur le site et prélever leurs échantillons de façon indépendante ».

« La mission de l’AIEA à Parchin est non seulement de prendre des échantillons environnementaux, mais aussi d’examiner l’équipement de diagnostic du site et les dispositions techniques », a poursuivi Heinonen qui est d’origine finlandaise.

« Cela n’est pas juste en prélevant des échantillons par frottis que le problème va se résoudre. C’est beaucoup plus que ce que l’AIEA veut inspecter. Par conséquent, encore une fois, la vue par la caméra n’est pas satisfaisante pour cela ».

Il existe différentes façons de modifier les surfaces de l’équipement à Parchin : les Iraniens pourraient ajouter des couches de peinture ou de vernis, les mettre au rebut, ou les deux, explique Heinonen.

« Je ne pense pas que vous pouvez établir à travers une caméra, si cela a été fait. Sur place, vous pouvez voir d’une manière imparfaite quelques endroits où [ces modifications destinées à cacher une activité nucléaire] ont été faites. Ce sont ces endroits que vous voulez examiner. Vous ne pouvez pas le voir avec une caméra. Vous devez regarder les choses sous différents angles. Par conséquent, il est essentiel d’être présent physiquement ».

Publier les annexes

Les détracteurs de l’accord disent que l’article de l’Associated Press montre que l’Iran a été autorisé à s’inspecter lui-même, en utilisant cet argument comme un autre tremplin pour attaquer l’accord.

« Il faut accueillir cette innovation mondiale et cette pensée originale, » avait dit sarcastiquement à l’époque le ministre de l’Énergie, Yuval Steinitz. « On peut se demander si les inspecteurs iraniens devront aussi attendre 24 jours avant d’être autorisés à visiter le site et y chercher des éléments de preuve incriminants ? »

Le directeur général de l’AIEA, Yukiya Amano, avait répondu qu’il avait été « perturbé » par les allégations selon lesquelles l’Iran serait autorisé à inspecter ses propres installations, en disant que ces informations « dénaturent la façon dont nous allons entreprendre cet important travail de vérification. » Dans un communiqué, Amano avait affirmé que les arrangements convenus étaient « techniquement solides et cohérents avec nos pratiques établies de longue date. »

Les accords entre l’AIEA et l’Iran au sujet de l’activité militaire passé de celui-ci sont confidentiels, a déclaré Amano. L’agence a « une obligation légale de ne pas les rendre publics », tout comme il garde secrets « des centaines d’accords » conclus avec d’autres Etats membres de l’AIEA, a-t-il ajouté.

Satellite imagery from June 7, 2012, which the ISIS claims shows 'considerable vehicle and earth moving activity near the building at the Parchin complex that the IAEA suspects was used in high explosive tests related to nuclear weapons development.' (photo credit: ISIS)
Les images satellite du 7 Juin 2012 du complexe de Parchin que l’AIEA n’a jamais pu contrôlée, a été utilisée dans des essais hautement explosifs liés au développement d’armes nucléaires. « (Crédit photo: ISIS)

Heinonen a appelé l’AIEA à rendre publics tous ses accords avec l’Iran.

« Pourquoi ne pas les publier afin que nous puissions voir si c’est un bon accord ou non ? Mettez les faits sur la table et nous pouvons alors avoir une meilleure compréhension de ce qui se passe », a-t-il déclaré au Times of Israel. « Je ne vois aucune raison pour laquelle il y aurait ici quelque chose de secret. »

L’article cinq de l’accord de garanties entre l’AIEA et l’Iran évoque la nécessité de confidentialité sur des informations sur la propriété, des questions commerciales sensibles et des sujets liés à la sécurité, reconnait Heinonen. Mais si l’information de l’Associated Press est exacte et tout ce qui se passe à Parchin est que les Iraniens fournissent des images aux inspecteurs de l’AIEA, les critères mentionnés ci-dessus sont à peine applicables, a-t-il soutenu.

« Il n’y a pas besoin de garder le secret autour de cette approche. Il n’y a pas d’informations liées à la sécurité qui est compromise si cette procédure est rendue publique », selon Heinonen. « Seulement si la totalité de l’étendue des mesures de vérification à Parchin sont rendues publiques, on pourra savoir si elles peuvent résoudre les questions en suspens de manière satisfaisante ou non ».

Yukiya Amano - janvier 2013 à Davos (Crédit : President Spokesman/GPO/Flash90)
Yukiya Amano – janvier 2013 à Davos (Crédit : President Spokesman/GPO/Flash90)

L’AIEA n’est pas la propriété d’Amano, mais de ses Etats membres, a poursuivi Heinonen, et leur crédibilité est en jeu. En effet, n’importe lequel des 35 États membres du conseil d’administration de l’agence peut exiger que le secrétariat dévoile les accords secrets s’il estime qu’il est crucial pour la compréhension d’un certain processus de vérification, a-t-il dit. Le Canada l’a fait à plusieurs reprises, a-t-il affirmé.

Israël, qui est membre de l’AIEA depuis sa fondation en 1957, a été catégorique sur sa demande que tous les accords annexes secrets avec l’Iran soient divulgués.

« Pour qu’il y ait une discussion sur l’accord avec l’Iran qui se fasse véritablement en pleine connaissance, il est impératif que tous les documents pertinents soient ouverts à l’examen, » a déclaré cette semaine un haut responsable israélien au Times of Israel. Le fonctionnaire a toutefois refusé de révéler, si des efforts avaient été entrepris pour que des membres du conseil d’administration exigent que les arrangements soient publiés.

Les six puissances mondiales qui ont négocié l’accord – les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Russie, la Chine et l’Allemagne – siègent actuellement au conseil d’administration de l’AIEA, mais aussi des Etats ouvertement mécontents de l’accord, comme l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis.

« Cela dépend des Etats membres. Ils sont ici sur le siège du conducteur », a déclaré Heinonen. S’ils sont satisfaits des [arrangements actuels], alors tout va bien. Mais il faut faire preuve d’un bon jugement pour procéder. »

Si l’AIEA est d’accord avec les arrangements actuels et commence à inspecter Parchin par l’intermédiaire de caméras vidéo, il sera difficile de revenir en arrière et d’exiger plus tard un meilleur accès, a-t-il estimé, citant sa longue expérience dans la gestion des responsables nucléaires iraniens.

« Cela sera très difficile d’envoyer une autre mission après que vous ayez déjà accepté certaines modalités techniques. »

« C’est maintenant qu’il faut faire un bon travail. »

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