La fuite sur Parchin pourrait-elle convaincre les indécis sur l’accord iranien ?
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La fuite sur Parchin pourrait-elle convaincre les indécis sur l’accord iranien ?

Alors que le Congrès demeure sceptique sur les "accords secondaires" entre l’AIEA et Téhéran, la révélation que l’Iran pourra lui-même inspecter un site nucléaire clef soulève beaucoup de questions

Les images satellite du 7 Juin 2012 du complexe de Parchin que l'AIEA n'a jamais pu contrôlée, a été utilisée dans des essais hautement explosifs liés au développement d'armes nucléaires (Crédit photo: ISIS)
Les images satellite du 7 Juin 2012 du complexe de Parchin que l'AIEA n'a jamais pu contrôlée, a été utilisée dans des essais hautement explosifs liés au développement d'armes nucléaires (Crédit photo: ISIS)

WASHINGTON – Des opposants à l’accord sur le nucléaire avec l’Iran ont suggéré mercredi soir que les révélations que Téhéran « inspecterait lui-même » un site suspect lié au nucléaire pourrait convaincre des membres indécis de ne pas soutenir l’accord lors du vote du mois prochain.

Quelques heures après que l’Associated Press ait dévoilé un document ayant fuité qui semble autoriser Téhéran à fournir les inspecteurs et les équipements, tout comme à déterminer quelles zones ne peuvent pas être contrôlées, pour l’inspection par l’Agence Internationale de l’Energie Atomique de l’installation militaire de Parchin, les critiques ont renouvelé des appels pour que l’accord global entre l’AIEA et l’Iran soit présenté au Congrès, un accord décrit par certains à Washington comme faisant partie des « accords secondaires secrets » avec l’agence de surveillance des Nations unies.

« L’administration Obama a essayé de tenir cette information secrète, ce qui aurait empêché les législateurs et le peuple américains de connaître le contenu complet de l’échec de nos diplomates face l’Iran. L’Associated Press a du obtenir le document de l’étranger et le révéler de cette manière », a déclaré Omri Ceren, Directeur en chef du Projet Israël, qui est opposé aux conditions de l’accord actuel.

« Maintenant que toute l’information est publique, il va y avoir une réaction du public, exactement ce que l’administration cherchait à éviter. Même les législateurs qui ont exprimé leur soutien avec l’accord vont peut-être reconsidérer leur position, puisqu’il est totalement fou de laisser les Iraniens contrôler leurs propres violations nucléaires ».

Selon le rapport basé sur un document vu par l’agence de presse, l’Iran sera capable de fournir à la fois les inspecteurs et l’équipement pour l’inspection au complèxe miliraire de Parchin.

Le document semble aussi indiquer que l’Iran fournira aux experts de l’agence les photos et les vidéos de lieux que l’AIEA considère être liées au présumé programme d’armement, « prenant en compte des préoccupations militaires ».

Cette formulation a soulevé des préoccupations. Les inspecteurs de l’AIEA auront un accès limité, même avec l’équipe d’inspection iranienne, aux installations, permettant à l’Iran de continuer à bloquer l’accès aux zones qu’il considérera comme étant restreintes par des considérations militaires.

On pense que l’Iran a mené un travail secret vers une utilisation militaire de son programme nucléaire sur le site de Parchin, et l’inspection de l’installation était un aspect des négociations indépendantes entre l’AIEA et l’Iran pour se conformer au Plan d’Action Commun.

Pendant des semaines, des membres du Congrès ont demandé à l’administration de leur fournir les accords obtenus entre l’Iran et l’AIEA, pour rendre compte de leurs actions sur le site de Parchin, et d’avouer clairement l’ancienne dimension militaire des activités nucléaires iraniennes.

La loi actuelle requiert que l’administration fournisse au Congrès tous les documents liés au Plan d’Action Commun, mais l’AIEA et la Maison Blanche déclarent que l’accord séparé est entre l’Iran et l’organe de surveillance du nucléaire et doit rester confidentiel.

Au lieu de cela, des officiels de l’administration ont donné des informations aux législateurs sur les accords dans une session à huis clos, mais ils ne les ont pas vraiment vus.

Le respect iranien des accords confidentiels est l’un des éléments de l’accord nucléaire avec l’Iran qui est actuellement revu par le Congrès, avant un vote prévu sur l’accord à venir pour septembre.

Le président a mené une importante campagne pour obtenir le soutien des législateurs démocrates. Alors qu’il reste moins d’un mois, et avec presque deux douzaines de sénateurs démocrates qui ne sont pas encore décidés, les enjeux sont très importants.

L’un des sénateurs indécis clefs, le sénateur de Maryland Ben Cardin, a déjà demandé que l’administration fournisse le conteu des « accords secondaires » pour un examen du Congrès.

L’information constituera une munition supplémentaire dans la réserve des opposants à l’accord.

Dès mercredi après-midi, les opposants à l’accord au Congrès ont cité le document qui a fuité comme étant une preuve de plus que le régime d’inspection et de vérification mis en place dans l’accord nucléaire signé entre les grandes puissances et Téhéran le 14 juillet est insuffisant pour empêcher l’Iran de devenir une puissance nucléaire.

Le sénateur Bob Corker, le président du Comité des Relations Internationales au Sénat, s’est plaint que « ce type d’accord non orthodoxe n’a jamais été fait avant par l’AIEA et s’explique par la grande liberté que nos négociateurs ont pris pour satisfaire l’Ayatollah [Ali Khamenei] malgré les assurances répétées de l’administration que cet accord n’est pas basé sur la confiance ».

Même avant que le protocole « non-orthodoxe » des inspections ne soit révélé, Corker s’est exprimé contre l’accord, avertissant dans une tribune du Washington Post que « le processus des inspections présente de nombreux défauts ».

« Avec les présentations orales sur les dimensions militaires possibles, beaucoup au Congrès sont conscients des arrangements non orthodoxes consentis par l’AIEA, l’administration et nos partenaires de négociation pour ne pas agacer l’Ayatollah Ali Khamenei », s’est plaint Corker dans l’article.

« Ces vrais accords restent secrets, mais nous savons qu’ils sont au mieux très inhabituels et s’expliquent par le peu d’engagement des P5+1 à faire pression sur l’Iran ».

Mark Dubowitz, le directeur en chef de la Fondation pour la Défense des Démocraties et un fréquent participant des audiences sur l’accord au Capitol Hill a décrit les paramètres présentés dans le document fuité comme un « dangereux précédent ».

« L’accord iranien du président Obama est un énorme pari sur la vérification et l’inspection d’un programme nucléaire qui va prendre de l’ampleur dans le temps alors que des restrictions clefs disparaîtront avec l’accord », a-t-il déclaré.

« Maintenant, nous apprenons que la vérification et l’inspection de sites militaires où l’Iran s’est impliqué dans des activités d’armement semble être basées sur une auto-vérification et un auto-inspection par l’Iran. C’est un dangereux précédent mais c’est en accord avec les affirmations répétées de l’Iran qu’aucun inspecteur n’entrera jamais dans ses sites militaies ».

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