Le Premier ministre polonais se recueille sur la tombe d’anciens nazis
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Le Premier ministre polonais se recueille sur la tombe d’anciens nazis

Après avoir déclaré que les Juifs ont aussi contribué à la Shoah, Mateusz Morawiecki dépose une gerbe en souvenir de soldats d'extrême droite de la Seconde Guerre mondiale

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki donne une conférence de presse avec le Chancelier allemand le 16 février 2018 à la Chancellerie de Berlin. (AFP Photo/John MacDougall)
Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki donne une conférence de presse avec le Chancelier allemand le 16 février 2018 à la Chancellerie de Berlin. (AFP Photo/John MacDougall)

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a de nouveau été critiqué samedi pour avoir rendu un hommage sur la tombe des soldats polonais qui ont collaboré avec l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale, quelques heures après avoir provoqué l’indignation en prétendant que des Juifs étaient impliqués dans l’Holocauste.

Samedi, le bureau du Premier ministre polonais a tweeté une photo de Morawiecki avec ses mains apposées sur la tombe de soldats d’une unité militaire clandestine polonaise, la brigade de la Sainte-Croix. Il alluma une bougie et déposa une gerbe au cimetière de Munich.

L’unité, qui était issue d’un mouvement politique d’avant-guerre d’extrême droite, avait également combattu les Allemands. Pour des raisons tactiques, elle avait collaboré avec les Allemands à la fin de la guerre pour se focaliser sur la lutte contre les communistes, qui préparaient le terrain pour ce qui allait être des décennies de domination soviétique.

Un groupe anti-raciste en Pologne, « Never Again », a déclaré qu’il était « consterné » par la visite de Morawiecki au cimetière.

Jan Grabiec, porte-parole du principal parti d’opposition polonais, la Plate-forme civique, a critiqué les propos de Morawiecki à Munich et sa visite au cimetière, déclarant que cela avait contribué à la dégradation de l’image internationale de la Pologne.

Plus tôt samedi, Morawiecki a provoqué l’indignation en Israël en déclarant que, aux côtés des Polonais, les Juifs étaient également responsables de l’Holocauste.

Morawiecki a rejeté les critiques de la nouvelle loi qui criminalise les mentions de la complicité polonaise dans l’Holocauste lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, lorsqu’un journaliste israélien lui a demandé si le fait de raconter l’histoire des persécutions de sa famille en Pologne serait interdit par la nouvelle loi.

« Bien sûr, il n’y aura pas de sanctions, [il] ne sera pas considéré comme criminel de dire qu’il y a eu des coupables polonais, comme il y a eu des coupables juifs, comme il y a eu des coupables russes, comme il y a eu des coupables ukrainiens, et pas seulement allemands », a-t-il déclaré à Ronen Bergman du Yedioth Ahronoth.

M. Morawiecki a déclaré que la loi visait à empêcher l’attribution erronée de crimes nazis en Pologne sous l’occupation nazie à la politique du gouvernement polonais à l’époque. Il a déclaré que l’année dernière, les ambassades polonaises ont dû répondre 260 fois à des déclarations faisant référence aux « camps de la mort polonais ».

Il a déclaré que le peuple polonais avait généralement aidé ses « frères et sœurs juifs » pendant la guerre, et que la frontière entre les victimes et les auteurs de l’Holocauste devenait de plus en plus floue.

Ses propos ont suscité de vives réactions en Israël, certains politiciens accusant Morawiecki d’antisémitisme, ouvrant un nouveau chapitre dans le différend au sujet de la loi.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a également assisté à la conférence de Munich, a qualifié de « scandaleux » les propos de son homologue polonais.

« Il y a ici un problème de manque de compréhension de l’histoire et de sensibilité face à la tragédie de notre peuple », a dit Netanyahu, ajoutant qu’il avait l’intention de s’entretenir prochainement avec Morawiecki.

Yair Lapid, chef du parti d’opposition Yesh Atid, a déclaré qu’Israël devrait immédiatement rappeler son ambassadeur après les propos de Morawiecki, qu’il a qualifié d' »antisémitisme de la plus vieille espèce ».

« Les auteurs ne sont pas les victimes. L’État juif ne permettra pas que ceux qui ont été assassinés soient accusés de leur propre meurtre », a déclaré Lapid, fils d’un survivant de l’Holocauste.

Le dirigeant du Parti travailliste Avi Gabbay a déclaré que cette affirmation faisait passer Morawiecki pour un négationniste de l’Holocauste.

« Le sang de millions de juifs crie depuis la terre polonaise suite à cette falsification de l’histoire et le rejet de toute responsabilité. Les Juifs ont été assassinés dans l’Holocauste et les Polonais ont participé activement à leur assassinat », a déclaré Gabbay. « Le gouvernement d’Israël doit être la voix de ces millions de personnes assassinées et doit dénoncer fermement les paroles du Premier ministre polonais. »

Libération d’enfants d’Auschwitz-Birkenau, avec des travailleuses humanitaires adultes qui ont été pixelisées dans le magazine Mishpacha, numéro du 24 janvier 2018. (HistClo. com)

Ces dernières semaines, les responsables israéliens ont vivement critiqué la loi qui criminalise le fait d’accuser la Pologne en tant que nation pour les crimes commis par l’Allemagne nazie. Les critiques israéliens ont accusé la Pologne de chercher à utiliser la loi pour blanchir le rôle de certains Polonais qui ont aidé les Allemands à tuer des Juifs pendant la guerre. Les spécialistes de l’Holocauste estiment que les Polonais auraient pu tuer ou aider les Allemands à tuer jusqu’à 180 000 à 200 000 Juifs.

Les autorités polonaises affirment qu’elles veulent simplement protéger la Pologne contre le fait d’être dépeinte comme un collaborateur des nazis alors que le pays a été victime d’Adolf Hitler et qu’il a souffert pendant près de six ans de guerre et d’occupation.

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