Rechercher

Le président chilien refuse les lettres de créance de l’envoyé israélien

Gabriel Boric aurait éconduit le nouvel ambassadeur parce qu'Israël "tue des enfants à Gaza" ; cette brèche du protocole risque de nuire gravement aux relations entre les deux pays

Le président du Chili, Gabriel Boric, s'exprimant lors d'une cérémonie de présentation des nouveaux membres du cabinet à Santiago, au Chili, le 6 septembre 2022. (Crédit : AP Photo/Luis Hidalgo)
Le président du Chili, Gabriel Boric, s'exprimant lors d'une cérémonie de présentation des nouveaux membres du cabinet à Santiago, au Chili, le 6 septembre 2022. (Crédit : AP Photo/Luis Hidalgo)

Dans ce qui s’apparente à un grave incident diplomatique, le président chilien, critique acerbe d’Israël, a refusé jeudi d’accepter les lettres de créance du nouvel ambassadeur israélien, Gil Artzyeli. Il aurait ensuite reçu des excuses du pays sud-américain.

Le rejet par le président Gabriel Boric de l’envoyé israélien est apparu comme une grave violation du protocole diplomatique et a menacé d’assombrir les relations entre les deux pays.

Boric a repoussé Artzyeli après avoir été irrité par la mort d’un Palestinien de 17 ans lors d’affrontements avec l’armée israélienne en Cisjordanie dans la nuit, a rapporté Ynet.

La présentation par Artzyeli de ses lettres de créance à Boric ne devait être qu’une formalité, mais le gouvernement chilien l’a informé que la cérémonie avait été annulée parce qu’Israël « tue des enfants à Gaza », selon le reportage de Ynet.

Artzyeli était déjà arrivé à la résidence présidentielle pour la cérémonie, selon Walla.

Les Chiliens auraient affirmé que ce refus n’était pas une punition à l’encontre d’Israël, et qu’il avait été décidé de repousser la cérémonie au mois d’octobre, mais cela reste considéré comme un affront sans précédent.

L’ambassadeur Gil Artzyeli. (Crédit : Ministère des Affaires étrangères)

Artzyeli, qui a pris ses fonctions en juillet, a également été convoqué pour un entretien avec le ministre des Affaires étrangères du Chili plus tôt dans la journée de jeudi.

L’ambassade d’Israël au Chili ne s’est pas encore exprimée sur le sujet.

La communauté juive du Chili a condamné ce refus, le qualifiant « d’incident diplomatique grave ».

L’American Jewish Committee a qualifié cette décision de « sans précédent » et a déclaré que Boric devait présenter des excuses, faute de quoi il risquerait de causer un préjudice irréparable aux liens entre Israël et le Chili, à ses liens avec la communauté juive chilienne et à la réputation internationale du Chili.

Artzyeli a ensuite déclaré que de hauts responsables du ministère chilien des affaires étrangères avaient « présenté leurs excuses à de multiples reprises », à lui personnellement et à l’État d’Israël.

« Nous avons ouvert une nouvelle page », a déclaré l’ambassadeur Gil Artzyeli aux journalistes après la réunion.

« L’incident de ce matin a été plutôt gênant pour moi, mais en tant qu’Israélien et Juif, mon peuple a connu pire au cours des 4 000 dernières années », a-t-il ajouté.

Artzyeli a également assuré que « nous surmonterons cet incident » dans l’intérêt des relations entre Israël et le Chili.

L’envoyé israélien devrait maintenant présenter ses lettres de créance en octobre.

Une source citée par le site d’information Walla a démenti que le Chili se soit excusé d’avoir repoussé la cérémonie, précisant que les excuses concernaient uniquement le fait de ne pas avoir informé Artzyeli à l’avance.

Boric, qui se positionne à gauche de l’échiquier politique, a remporté une victoire écrasante à la présidence du Chili l’année dernière, ce qui a troublé la communauté juive du pays.

Boric entretient des relations tendues avec les 18 000 Juifs du Chili et les a encouragés à faire pression pour obtenir des concessions territoriales de la part d’Israël.

En 2019, avant qu’il ne soit président, la communauté lui a envoyé un cadeau de Rosh Hashanah accompagné d’une note exprimant le souhait d’une « société plus inclusive, respectueuse et plus solidaire ».

« J’apprécie ce geste mais ils [les Juifs] pourraient commencer par demander à Israël de rendre les territoires palestiniens occupés illégalement », avait écrit Boric sur Twitter en légende d’une photo qui montrait le cadeau.

Les critiques de Boric à l’égard d’Israël ne sont pas récentes. En tant que législateur, il a soutenu un projet de loi proposant de boycotter les produits israéliens provenant du plateau du Golan, des implantations de Cisjordanie et les secteurs de Jérusalem placés sous contrôle israélien en 1967.

Au cours de sa campagne présidentielle, de nombreux membres de la communauté ont exprimé leur inquiétude quant à ce boycott, ainsi qu’à ce qu’ils considèrent comme une habitude d’exiger que les Juifs locaux condamnent la politique israélienne.

« Nous sommes bien sûr prêts à accepter des critiques raisonnables sur Israël, mais ce que nous entendons de la part de Boric, c’est qu’Israël est un État « génocidaire » et « meurtrier » », a déclaré Gabriel Zaliasnik, un membre éminent de la communauté juive du Chili, à Haaretz pendant la campagne. « Pour ne rien arranger, il rend notre communauté responsable des actions d’Israël. »

Cinq cent femmes juives chiliennes ont adressé une lettre ouverte à Boric par 500 en 2021 dans laquelle elles expliquent qu’il n’est « pas juste ni correct pour vous de tenir les Juifs […] responsables des politiques du gouvernement au pouvoir en Israël. L’histoire est pleine d’exemples d’accusations injustes ou de blâmes massifs sur notre peuple ».

JTA a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...