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Chili: Les Juifs inquiets de la victoire de Gabriel Boric, fervent critique d’Israël

Le nouveau président, qui a remporté une victoire écrasante, a ouvertement appelé la communauté juive du pays à condamner la politique israélienne

Le président élu Gabriel Boric salue ses partisans en arrivant au palais présidentiel La Moneda pour un rendez-vous avec le président Sebastian Pinera à Santiago, au Chili, le 20 décembre 2021. (Crédit : AP Photo/Matias Delacroix)
Le président élu Gabriel Boric salue ses partisans en arrivant au palais présidentiel La Moneda pour un rendez-vous avec le président Sebastian Pinera à Santiago, au Chili, le 20 décembre 2021. (Crédit : AP Photo/Matias Delacroix)

JTA — Gabriel Boric, un député d’extrême-gauche âgé de 35 ans qui s’est distingué par ses critiques féroces à l’égard d’Israël et des membres de la communauté juive du pays qui soutiennent l’État juif, a été élu président du Chili, remportant une victoire sous forme de raz-de-marée ce week-end.

Boric, devenu célèbre lorsqu’il était un leader étudiant, a gagné 56 % des votes lors du scrutin, soit 12 points de plus que son rival ultra-conservateur de droite, José Antonio Kast, un politicien pro-israélien. La participation approche les 55 %, un plus haut historique depuis que le vote n’est plus obligatoire en 2012.

L’élection a entraîné un malaise chez de nombreux Juifs chiliens qui ont été dans l’obligation de choisir entre Boric, qui a encouragé les Juifs chiliens à exercer des pressions sur Israël pour obtenir des concessions territoriales, et Kast, dont le père était probablement un nazi et qui a pris la défense de l’héritage d’Augusto Pinochet, chef de la dictature militaire qui avait été responsable de la mort de milliers de dissidents dans les années 1970.

La plus grande partie des Juifs avait semblé s’aligner sur Kast, expliquant, le mois dernier, à JTA que la communauté avait le sentiment d’être « en état de siège ». Sur les 111 Chiliens vivant au sein de l’État juif qui ont pris part au vote depuis l’étranger, 73 se sont prononcés pour Kast contre seulement 33 en faveur de Boric, selon la base nationale de données électorales chilienne.

Augusto Pinochet (Crédit : capture d’écran INA)

Dans son discours de victoire, Boric a promis de « combattre avec fermeté les privilèges de quelques-uns » en présentant sa vision de l’avenir pour le Chili.

« Je garantis que je serai un président soucieux de la démocratie et que je ne la mettrai pas en péril, je saurai écouter plus que je ne parle, je chercherai l’unité et je serai attentif aux besoins quotidiens du peuple », a-t-il dit.

La Communauté juive du Chili – une ONG qui représente les intérêts communautaires – a félicité Boric dans un court communiqué, lui souhaitant ainsi qu’à son gouvernement de connaître « beaucoup de réussite » et saluant la transparence du scrutin. Le communiqué a conclu que « nous continuerons à œuvrer pour un Chili démocratique, diversifié, où les minorités sont respectées ».

Le groupe officiel, qui représente les 18 000 Juifs approximativement du Chili, entretient une relation compliquée avec Boric. En 2019, il avait transmis au député un cadeau de Rosh HaShana accompagné d’un petit mot qui exprimait le désir d’une « société plus inclusive, plus respectueuse, avec plus de solidarité ».

« J’apprécie ce geste mais ils [les Juifs] pourraient commencer par demander à Israël de rendre les territoires palestiniens occupés illégalement », avait écrit Boric sur Twitter en légende d’une photo qui montrait le cadeau.

Boric est un critique de l’État juif de longue date. Député, il avait soutenu un projet de loi proposant de boycotter les produits israéliens du Golan, des implantations de Cisjordanie et les secteurs de Jérusalem placés sous contrôle israélien en 1967.

Et pendant la campagne, de nombreux membres de la communauté ont dit être inquiets de cet état de fait – en plus d’un climat plus général dans le pays qui, selon eux, exige des Juifs locaux qu’ils condamnent Israël.

« Bien sûr, nous sommes prêts à accepter des critiques raisonnables d’Israël mais Boric, pour sa part, affirme qu’Israël est un état ‘génocidaire’ et ‘meurtrier’, » a déclaré la semaine dernière Gabriel Zaliasnik, un membre éminent de la communauté juive chilienne, au quotidien Haaretz. « Pour empirer les choses, il blâme notre communauté juive pour les agissements d’Israël ».

Une lettre ouverte qui avait été écrite au mois de juillet à Boric par 500 Juives du Chili disait que « nous ne pensons pas qu’il soit équitable que vous teniez les Juifs pour responsables des politiques d’un gouvernement au pouvoir en Israël. L’Histoire est remplie d’exemples d’accusations injustes ou de reproches massifs à l’encontre de notre peuple ».

Daniel Jadue. (Capture d’écran :YouTube)

Certains Juifs chiliens craignent que Boric ne veuille promouvoir l’un de ses partisans, Daniel Jadue, membre du parti communiste d’origine palestinienne, qui a refusé d’expliquer pourquoi l’annuaire de son lycée l’avait présenté comme « un antisémite » qui « nettoiera la ville des Juifs ».

Il a, dans le passé, qualifié la communauté juive du Chili de « communauté sioniste du Chili » et les Juifs du pays estiment qu’il est antisémite. Une accusation rejetée par Jadue qui a affirmé qu’il était lui-même sémite, étant arabe.

Contacté l’été dernier par la Communauté juive du Chili pour une réaction au sujet de Jadue, Boric avait répondu qu’il apporterait une réponse à ce sujet quand les responsables de la communauté « s’opposeraient à la politique israélienne dans le cadre du conflit israélo-palestinien », selon la lettre qui a été signée par les 500 Juives – notamment par certaines des femmes les plus célèbres du pays.

« Au Chili l’extrême droite en déroute. Notre candidat, en tête du premier tour devant toute la gauche, l’emporte largement. Vive Boric, nouveau président du Chili », a écrit sur Twitter, Jean-Luc Mélenchon le candidat de la France Insoumise (LFI) à la présidentielle en France.

Juan Melamed a contribué à cet article.

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