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Le prisonnier palestinien en grève de la faim ne sera pas remis en liberté totale

La détention administrative de Khalil Awawdeh, terroriste présumé, est gelée pendant son séjour à l'hôpital ; la Haute cour avance des justifications "solides" à son incarcération

Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des manifestants brandissant le drapeau palestinien aux abords de l'hôpital de Beer Yaakov où est pris en charge un prisonnier palestinien en grève de la faim, Khalil Awawdeh (sur la pancarte), dont la santé se dégrade et qui est détenu en Israël sous le régime de la détention administrative, le 13 août 2022. (Crédit : AP/Tsafrir Abayov)
Des manifestants brandissant le drapeau palestinien aux abords de l'hôpital de Beer Yaakov où est pris en charge un prisonnier palestinien en grève de la faim, Khalil Awawdeh (sur la pancarte), dont la santé se dégrade et qui est détenu en Israël sous le régime de la détention administrative, le 13 août 2022. (Crédit : AP/Tsafrir Abayov)

La Haute cour de justice a rejeté, dimanche, un appel à annuler totalement la détention administrative d’un Palestinien dont la santé s’est récemment et rapidement détériorée en raison d’une grève de la faim de près de six mois.

Un tribunal militaire a temporairement suspendu, vendredi, la détention de Khalil Awawdeh pour lui permettre de bénéficier de soins médicaux dans un hôpital israélien sans restriction – indiquant par ailleurs qu’il serait à nouveau arrêté une fois que son état se serait amélioré et qu’il retournerait derrière les barreaux.

Dans sa décision prise dimanche, la Haute cour a estimé qu’il n’y avait aucune justification à son intervention dans le dossier après le gel de la détention administrative d’Awawdeh tout le long de son séjour au sein de l’hôpital Shamir, dans le centre d’Israël.

Les magistrats ont expliqué qu’ils avaient revu des informations classifiées concernant l’homme et qu’il s’était entretenu avec un responsable de la Défense. Un entretien qui, ont-ils ajouté, leur a permis de déterminer qu’il y avait des éléments « solides » justifiant sa détention administrative.

De leur côté, les avocats d’Awawdeh ont annoncé que leur client continuerait sa grève de la faim – il jeûne depuis 170 jours – jusqu’à l’obtention de sa libération.

Les juges ont aussi déclaré avoir reçu un avis médical concernant le détenu, qui a estimé que l’état de santé de ce dernier, qui refuse tout suivi médical, était grave, mais qui précisait que l’homme avait affiché sa volonté de recevoir des soins urgents si son état devait encore se dégrader.

Israël affirme qu’Awawdeh, 40 ans, est membre d’un groupe terroriste – une allégation qu’il a niée par l’intermédiaire de son avocat, et aucune accusation formelle n’a jamais été portée à son encontre. Le groupe terroriste du Jihad islamique palestinien a exigé sa libération dans le cadre d’un cessez-le-feu négocié par l’Égypte, mettant fin à trois jours de violents combats dans la bande de Gaza au début du mois, mais il ne l’a pas identifié comme étant l’un de ses membres.

Ahlam Haddad, l’avocate d’Awawdeh, a déclaré que la santé de son client s’était détériorée et qu’il demandait à être libéré.

Awawdeh, père de quatre enfants, est l’un des nombreux prisonniers palestiniens qui ont entamé une grève de la faim prolongée afin de protester contre la détention administrative, qui permet à Israël de détenir des prisonniers sans qu’ils ne soient inculpés presque indéfiniment.

Dalal Awawdeh pose avec une affiche de son mari Khalil Awawdeh à leur domicile du village d’Idna, à Hébron, en Cisjordanie, le 9 août 2022. (Crédit : AP Photo/Nasser Nasser)

Selon Israël, cette politique remontant à l’Empire ottoman, aide à réduire le terrorisme et permet au gouvernement de détenir des suspects sans divulguer des renseignements sensibles. Selon ses critiques, cette politique empêche les prisonniers d’accéder à une procédure régulière. Les détentions doivent être renouvelées par un tribunal militaire tous les six mois, et les prisonniers peuvent rester en prison pendant des années en vertu de ce mécanisme.

Le gel de la détention administrative d’Awawdeh signifie, dans les faits, que l’homme ne sera plus gardé par le Service des prisons à l’hôpital et que sa famille pourra lui rendre visite plus librement.

Haddad a déclaré que son client n’avait pas mangé depuis le 4 mars, à l’exception d’une période de 10 jours au cours de laquelle il a reçu des injections de vitamines. L’agence de sécurité intérieure du Shin Bet n’a pas commenté l’affaire.

Le Jihad islamique a également exigé la libération d’un deuxième prisonnier, Bassem Saadi, dont la détention a été prolongée une nouvelle fois ce dimanche. Le tribunal de la base militaire d’Ofer a en effet ordonné la détention de Bassem Saadi pendant cinq jours supplémentaires, jusqu’au 25 août.

Bassem Saadi, le chef du groupe terroriste du Jihad islamique palestinien en Cisjordanie, lors d’une audience à la prison d’Ofer, aux abords de Jérusalem, le 21 août 2022. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)

Il y a actuellement environ 4 000 prisonniers palestiniens en Israël, parmi lesquels des terroristes qui ont perpétré des attentats ainsi que des personnes arrêtées lors de manifestations ou qui ont jeté des pierres.

Environ 670 Palestiniens sont actuellement détenus en détention administrative, un nombre qui a bondi en mars alors qu’Israël a entamé des raids d’arrestation en Cisjordanie à la suite d’une série d’attentats terroristes meurtriers contre des Israéliens.

Israël affirme assurer une procédure équitable et emprisonner principalement ceux qui mettent en péril sa sécurité, bien qu’un petit nombre soit détenu pour des délits mineurs.

Les Palestiniens et les groupes de défense des droits de l’homme affirment que ce système est conçu afin d’écraser l’opposition et de maintenir un contrôle permanent sur des millions de Palestiniens tout en leur refusant leurs droits fondamentaux.

L’AFP et l’équipe du Times of Israel ont contribué à cet article.

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