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Le Sierra Club reprend ses circuits en Israël annulés sous la pression d’ONG palestiniennes

L'ONG américaine avait été accusée de « verdir » le conflit israélo-palestinien en proposant des excursions dans l'État juif

Illustration : Randonneurs dans le nord d’Israël, le 22 février 2019. (Hadas Parush/Flash90)
Illustration : Randonneurs dans le nord d’Israël, le 22 février 2019. (Hadas Parush/Flash90)

J. The Jewish News of Northern California via la JTA – Cinq mois après avoir annulé ses circuits en Israël puis, suite à l’indignation des organisations juives, avoir présenté des excuses et annoncé le prochain établissement de la destination, le Sierra Club a discrètement ajouté à son catalogue un circuit en Israël pour 2023.

Baptisé « Découverte d’Israël, pays de nature et d’histoire », ce voyage de deux semaines programmé en mars 2023 reprend la plupart des destinations et activités que le Sierra Club offrait avant le tollé qui l’a conduit à annuler ses deux précédents circuits en Israël. On pourra y pratiquer la plongée en apnée, observer des oiseaux, passer des nuits en kibboutz et visiter Tel Aviv.

Les participants auront également la possibilité de s’entretenir avec des Palestiniens impliqués dans la préservation de l’environnement pour entendre « d’eux-mêmes ce qui fait leur quotidien et leurs difficultés », explique le descriptif publié vendredi. L’itinéraire prévoit également une visite à l’Institut Arava, qui réunit Israéliens, Palestiniens, Jordaniens et étudiants du monde entier autour d’études et programmes de recherches environnementales, avec pour devise « La nature ne connaît pas de frontières ».

Ce nouveau circuit proposé par le Sierra Club est le dernier développement en date d’une histoire sulfureuse qui a jeté l’une des organisations environnementales les plus anciennes et les plus influentes des États-Unis, qui s’abstient généralement de toute considération politique, lui préférant une approche de terrain, dans une controverse qui a déchaîné la colère de grandes organisations juives et incité des politiciens californiens à intervenir.

Jesse Gabriel, membre de l’Assemblée de Californie qui préside le California Legislative Jewish Caucus, a pris part à une réunion virtuelle avec le directeur exécutif du Sierra Club, Dan Chu, ainsi qu’avec d’autres membres du caucus après que J. a révélé, le 11 mars, que le Sierra Club avait reporté ses circuits en Israël à la demande de groupes affirmant que le Sierra Club « verdissait » le conflit. Le Sierra Club a son siège social à Oakland.

« Cela a immédiatement attiré mon attention, comme certains de mes collègues du [caucus] d’ailleurs », explique Gabriel. « Nombre d’entre nous travaillent dans le domaine de l’environnement et entretiennent de bonnes relations avec le Sierra Club. Tout le monde était naturellement très contrarié et perturbé par cette affaire. »

Le chef de l’Anti-Defamation League (ADL), Jonathan Greenblatt, s’est lui aussi entretenu avec les dirigeants du Sierra Club en mars et s’est dit « encouragé » par ces échanges.

« Faire l’expérience d’Israël à travers ses richesses naturelles, sa géologie, son histoire et son peuple n’est en rien une négation ou un ‘verdissement’ du conflit israélo-palestinien », a écrit Greenblatt dans une lettre ouverte à Chu.

Parmi les organisations qui ont invité les dirigeants du Sierra Club à renoncer à leurs circuits en Israël figurent un groupe pro-palestinien basé aux États-Unis, le projet Adalah Justice, le groupe de défense des droits autochtones NDN Collective, la coalition Movement for Black Lives et le groupe antisioniste Jewish Voice for Peace.

Des militants environnementaux brandissent des photos de panneaux solaires lors d’un rassemblement en l’honneur du Jour de la Terre, à Lafayette Square, Washington, avec le Sierra Club et d’autres groupes, le 23 avril 2022. (AP Photo/Gemunu Amarasinghe)

Ces groupes ont assuré que le Sierra Club soutenait un régime d’apartheid et couvrait les mauvais traitements infligés par Israël aux Palestiniens en mettant en avant la politique israélienne de protection de l’environnement. Le Sierra Club a toujours déclaré ne pas prendre en compte les questions de politique étrangère et proposer des circuits dans de très nombreux pays, de la Tanzanie à la Chine.

Ces groupes de défense, dont beaucoup soutiennent le mouvement de boycott anti-Israël du BDS, se sont réjouis lorsque le Sierra Club avait annoncé renoncer à ses circuits en Israël et supprimé toute mention sur son site internet. Jewish Voice for Peace l’a qualifié de « pas en avant pour la justice environnementale et la liberté palestinienne ».

Lorsque Chu a publié une déclaration, le 15 mars, s’excusant pour la décision du Sierra Club, prise « à la hâte », et annonçant le rétablissement de circuits en Israël « bientôt », avec « un large éventail de partenaires », ces organisations se sont rembrunies.

En interne, cette affaire a généré beaucoup d’incertitudes et de tensions au sein du Sierra Club. La direction était divisée sur la décision, qui a aliéné des membres fidèles et des dirigeants bénévoles.

Pour David Neumann, qui vit dans l’Oregon et accompagne des voyages depuis les années 1970, la décision est révélatrice d’un mouvement de balancier de l’ONG, qui a fortement déplu à de fidèles membres qu’il connaissait.

Neumann est juif et a déclaré que la nouvelle initiale l’avait durement frappé : « Je n’ai pas beaucoup dormi ces derniers temps », déclarait-il au moment des faits.

Fondé en 1892, le groupe était à la base « un simple club d’alpinisme pour Blancs de la classe moyenne et supérieure », a-t-il expliqué par le passé.

Ces dernières années, sous l’influence du débat aux États-Unis sur les questions de race, le groupe a apporté des changements pour favoriser l’équité et lutter contre le racisme, en remettant par exemple en perspective son attachement envers le fondateur du Sierra Club, John Muir, naturaliste du début du 20e siècle connu pour ses propos désobligeants envers les Noirs et les populations autochtones.

La controverse sur la destination israélienne s’est finalement transformée en « tournant de notre histoire, sur la voie d’une organisation incarnant pleinement l’équilibre, la collaboration, la justice et la transformation ainsi que la lutte contre le racisme », a expliqué le Sierra Club dans un communiqué publié à la fin de la semaine dernière, intitulé « Pour la justice et le changement ».

Archive – Le président Theodore Roosevelt, à gauche, et le fondateur du Sierra Club, John Muir, lors d’une expédition au parc national Yosemite, près de Glacier Point. Le Sierra Club a pris ses distances avec les opinions racistes ds son fondateur, John Muir, le naturaliste qui a contribué à l’émergence de l’environnementalisme. (US National Park Service via AP)

Dans cette déclaration, le Sierra Club s’est de nouveau excusé pour l’annulation brutale de ses circuits, qui a bouleversé la programmation des dirigeants, les projets des participants au voyage et suscité la colère de « certains membres de notre communauté juive qui ont perçu notre décision comme une prise de position politique ».

Les groupes pro-palestiniens se sont déchaînés à la fin de la semaine dernière, multipliant les déclarations publiques dénonçant ce qu’ils qualifient de « circuits de l’apartheid » proposés par l’ONG.

« En février, nous avons demandé au Sierra Club de renoncer à ses circuits en Israël, en raison de la colonisation israélienne et de son impact désastreux sur le peuple palestinien », peut-on lire dans une déclaration conjointe de l’Adalah Justice Project et du NDN Collective. « Le Sierra Club a annulé deux circuits, mais a fait marche arrière sous la pression de groupes racistes anti-palestiniens. »

« Nous nous opposons aux circuits proposés par le Sierra Club en Israël, terre d’apartheid, qui encouragent le colonialisme israélien et nuisent aux Palestiniens », indique le communiqué.

Avec Jewish Voice for Peace, les groupes appellent à une campagne sur les réseaux sociaux pour s’opposer au Sierra Club sur Instagram et Twitter.

« Exigez que le Sierra Club renonce à ses circuits de l’apartheid ! », a écrit Adalah sur Instagram. « Il ne peut y avoir de justice environnementale sans souveraineté autochtone, sans que les peuples autochtones ne montrent la voie », a-t-il ajouté dans un autre message.

Le bureau de l’ADL, basé à San Francisco, s’est réjoui de la nouvelle [du rétablissement des circuits]. « Comme en témoigne l’itinéraire, Israël a une histoire des plus riches et abrite de nombreuses merveilles naturelles idéales pour tous ceux qui se préoccupent de l’environnement », a déclaré Seth Brysk, directeur régional de l’ADL. « Faire l’expérience d’Israël à travers son environnement, sa géologie, son histoire et son peuple est l’occasion de faire vivre notre engagement pour identifier des solutions aux nombreuses et difficiles questions que nous affrontons à l’échelle mondiale. »

Le circuit de deux semaines, dont le départ est programmé le 14 mars 2023, pourra accueillir 15 personnes. Il coûte 5 455 dollars par personne et propose une baignade dans la mer Morte, une randonnée à Massada et une visite à Eilat, l’une des escales les plus importantes au monde pour les oiseaux migrateurs.

L’itinéraire comprend également la visite d’un village druze, du temple bahaï de Haïfa et d’un « village écologique » où Palestiniens et Israéliens travaillent ensemble à la préservation de l’eau. Le responsable de voyage est Shlomo Waser, habitant de la baie de San Francisco, né en Israël et membre à vie du Sierra Club.

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