Rechercher

Le Sinaï se prépare à nouveau pour la ruée touristique de Pessah

Les fréquents bouleversements dans la région ont stimulé la résilience des firmes qui sont prêtes à recevoir à nouveau leurs voisins, après les alertes terroristes et la pandémie

  • Un restaurant de poissons à Dahab, dans le Sinaï, avant le rush du dîner, le 9 novembre 2021. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)
    Un restaurant de poissons à Dahab, dans le Sinaï, avant le rush du dîner, le 9 novembre 2021. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)
  • Des ouvriers finissent de construire des cabanes rénovées sur la plage à Ras Shaitan, dans le Sinï, le 5 novembre 2021. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)
    Des ouvriers finissent de construire des cabanes rénovées sur la plage à Ras Shaitan, dans le Sinï, le 5 novembre 2021. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)
  • Le soleil se lève au-dessus de l'Arabie saoudite depuis Ras Shaitan, dans le Sinaï, le 7 novembre 2021. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)
    Le soleil se lève au-dessus de l'Arabie saoudite depuis Ras Shaitan, dans le Sinaï, le 7 novembre 2021. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)
  • Un couple s'étreint au crépuscule au-dessus du Moon Island Camp à Ras Shaitan, dans le Sinaï, le 6 novembre 2021. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)
    Un couple s'étreint au crépuscule au-dessus du Moon Island Camp à Ras Shaitan, dans le Sinaï, le 6 novembre 2021. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)
  • Les plages du long de la mer Rouge, comme à Ras Shaitan, dans le Sinaï, commencent à nouveau à se remplir après une fermeture du poste-frontière de Taba pendant 54 semaines. (Crédit: Autorisation :  Melanie Lidman)
    Les plages du long de la mer Rouge, comme à Ras Shaitan, dans le Sinaï, commencent à nouveau à se remplir après une fermeture du poste-frontière de Taba pendant 54 semaines. (Crédit: Autorisation : Melanie Lidman)
  • Les complexes hôteliers de plage prisés par les Israéliens ont souffert pendant la fermeture de la frontière, qui a duré 54 semaines, mais les affaires sont en train de reprendre à nouveau à Ras Shaitan. Photo prise le 11 novembre 2021. (Crédit Melanie Lidman/Times of Israel)
    Les complexes hôteliers de plage prisés par les Israéliens ont souffert pendant la fermeture de la frontière, qui a duré 54 semaines, mais les affaires sont en train de reprendre à nouveau à Ras Shaitan. Photo prise le 11 novembre 2021. (Crédit Melanie Lidman/Times of Israel)
  • Un petit déjeuner typique sur le front de mer du Sinaï, à Ras Shaitan, le 5 novembre 2021. (Crédit :Melanie Lidman/Times of Israel)
    Un petit déjeuner typique sur le front de mer du Sinaï, à Ras Shaitan, le 5 novembre 2021. (Crédit :Melanie Lidman/Times of Israel)
  • Des plongeurs sortent de l'eau sur le site de plongée des Jardiens de Moray près de Dahab, dans le Sinaï, le 9 novembre 2021. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)
    Des plongeurs sortent de l'eau sur le site de plongée des Jardiens de Moray près de Dahab, dans le Sinaï, le 9 novembre 2021. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

Pour la majorité des Juifs, Pessah est une fête qui commémore l’Exode, la sortie de l’Égypte du peuple juif à travers le désert du Sinaï. Cette année, toutefois, c’est le parcours inverse qui sera à l’honneur alors que la péninsule se prépare à accueillir ce qui pourrait être le plus grand nombre de visiteurs israéliens depuis le miracle d’une mer Rouge coupée en deux.

Cette augmentation attendue du nombre de touristes est entraînée par une nouvelle liaison aérienne qui va dorénavant relier Tel Aviv à Sharm el Sheikh – une ligne qui a été mise en place par Arkia, le transporteur israélien low-cost , et qui devrait faire ses premiers vols à Pessah.

C’est également la première saison de Pessah depuis que le Conseil national de sécurité a revu à la baisse le niveau de ses mises en garde aux voyageurs concernant certaines parties du Sinaï – une première depuis plus d’une décennie. Après presque deux ans de pandémie, de confinements, d’annulations diverses de déplacement au gré des vagues de la COVID-19, nombreux sont les Israéliens qui sont aujourd’hui impatients de pouvoir quitter le pays.

Juste avant la pandémie, les voyages dans le Sinaï avaient atteint un niveau record. Au mois d’octobre 2019, pendant la saison des fêtes juives où de nombreux Israéliens sont en congé et où les écoles sont fermées, plus de 150 000 ressortissants de l’État juif étaient partis visiter le Sinaï.

Et pendant la pandémie de COVID-19, le poste-frontière de Taba, qui permet d’entrer dans le Sinaï, était resté fermé aux Israéliens pendant 54 semaines.

A partir de l’été 2020, les touristes internationaux avaient pu transiter via ce poste-frontière mais dans la mesure où Israël et l’Égypte avaient fermé leurs frontières aux étrangers pendant certains épisodes de la pandémie, le poste frontalier n’avait été que peu utilisé.

Les plages du long de la mer Rouge, comme à Ras Shaitan, dans le Sinaï, commencent à nouveau à se remplir après une fermeture du poste-frontière de Taba pendant 54 semaines. (Autorisation : Melanie Lidman)

Taba avait rouvert en date du 31 mars 2021, ne laissant transiter que 300 Israéliens autorisés par jour, avec un nombre de permis délivrés qui a ensuite augmenté pendant tout l’été 2021. Le ministère des Transports avait finalement rouvert la frontière, sans aucune restriction, au mois de septembre 2021.

Lorsque la COVID-19 avait fait son apparition au mois de mars 2020 et que toutes les activités s’étaient arrêtées, les cabanes et les restaurants, soudainement vides, avaient fait le grand plongeon économiquement. Mais ce n’était pas une première, les entreprises ayant été amenées à traverser des périodes difficiles dans le passé et ayant appris à faire preuve de résilience.

Au fil des dernières décennies, le Sinaï a fréquemment connu des instabilités géopolitiques – des instabilités qui ont amené le tourisme à chuter avant de lentement rebondir à des niveaux plus élevés qu’auparavant, un cycle qui semble se répéter régulièrement.

Les attentats terroristes – et notamment les explosions à la bombe à l’hôtel Hilton Taba et à Ras Shaitan en 2004, et l’explosion en vol de l’avion russe Metrojet qui avait décollé de Sharm el Sheikh, en 2015 – avaient déjà entraîné d’importants bouleversements en termes de tourisme.

Dès 2016, le tourisme israélien dans le Sinaï avait commencé à augmenter progressivement et il avait presque été multiplié par deux entre 2017 et 2019, selon le ministère de l’Intérieur. De nombreuses plages prisées par les Israéliens s’étaient équipées de nouveaux aménagements pour pouvoir accueillir dignement ce nombre croissant de clients.

Et lorsque les confinements pour cause de coronavirus ont frappé les économies vivant du tourisme dans le monde entier, de nombreux professionnels ont fait le choix de profiter de cette nouvelle trêve pour continuer à s’élargir et à améliorer leurs prestations offertes aux clients – dont ils n’ont jamais douté du retour.

Reconstruire en mieux

Au mois de mars 2020, Farag Ode, 38 ans, venait tout juste de terminer sa troisième année au poste de gérant du pavillon New Moon Island, un complexe hôtelier dont sa famille est propriétaire et qu’elle exploite depuis qu’elle s’est séparée du Moon Island.

New Moon Island ressemblait à un grand nombre d’autres complexes de plage de ce type à Ras Shaitan – avec des cabanes en bambou sur le sable. Mais Ode avait vu plus grand et, quand la pandémie avait tout arrêté, il était en train de superviser des travaux de rénovation majeurs qui avaient été entrepris, la construction d’un restaurant en verrière, d’un nouveau bâtiment de réception et de nouvelles chambres climatisées.

Des ouvriers finissent de construire des cabanes rénovées sur la plage à Ras Shaitan, dans le Sinï, le 5 novembre 2021. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

« A ce moment-là, on a totalement fermé pendant trois ou quatre mois ; seuls les gardiens de sécurité et les employés chargés d’arroser les plantes venaient encore », explique-t-il. « Tous les employés étaient retournés chez eux, nous leur versions 50 % de leur salaire et nous leur donnions du riz pour nourrir leur famille ».

Ode déclare qu’entre les économies familiales et la vente de certains véhicules de l’entreprise, les projets de construction qui avaient commencé avant la pandémie ont pu continuer, ajoutant que le complexe hôtelier s’en est finalement sorti.

Les Égyptiens du Caire avaient commencé à revenir pendant l’été 2020, après que le Sinaï a été déclaré « zone verte » pour les touristes du pays dans la mesure où ils pouvaient fournir un test de dépistage négatif à la COVID. Les Israéliens avaient, pour leur part, fait leur retour lentement à partir du mois de mars 2021. Le New Moon Island avait repris progressivement ses activités, d’abord à 25 %, puis à 50 % et enfin à 100 % après que tous ses employés ont été vaccinés.

A l’automne 2021, avant que le variant Omicron ne vienne décevoir de nombreux plans de voyage, le New Moon Island et la majorité des autres complexes de plage, le long de la côte de Ras Shaitan, avaient fonctionné à plein régime presque tous les week-ends.

Les complexes hôteliers de plage prisés par les Israéliens ont souffert pendant la fermeture de la frontière, qui a duré 54 semaines, mais les affaires sont en train de reprendre à nouveau à Ras Shaitan. Photo prise le 11 novembre 2021. (Crédit Melanie Lidman/Times of Israel)

Ode note que les aspirations des touristes ont évolué et qu’ils demandent dorénavant des logements avec des toilettes et avec la climatisation, se détournant de la husha traditionnelle, une simple hutte en bambou posée sur le sable.

Sur fond de réchauffement climatique et de températures plus élevées, très peu de touristes souhaitent rester dans des chambres non-climatisées pendant l’été, ajoute-t-il.

D’autres complexes avoisinants, comme l’Adam Camp et le Little Head Camp, qui se situent également à Ras Shaitan, ont investi dans de nouvelles chambres climatisées et dans des bars installés sur le front de mer, ces dernières années.

« Il faut toujours avancer en suivant les tendances qui s’affirment et, de toute façon, il n’est pas possible de les interrompre », continue Ode. « Certains complexes se sont refusés à le faire, ils ne suivent plus les tendances et, en résultat, ils n’ont plus de travail. Ceux qui ont su les suivre, pour leur part, travaillent ».

Si les ‘hassidim ne vont pas à Ouman, personne n’ira dans le Sinaï

Personne n’avait été plus en colère de la fermeture d’un an de la frontière que Guy Shiloh, avocat et activiste à la tête de la page, sur Facebook, des « Amoureux du Sinaï » et du site internet du même nom – des références populaires pour les Israéliens qui prévoient de se rendre dans le Sinaï.

Pendant la pandémie, Shiloh et d’autres activistes étaient allés jusqu’à déposer plainte auprès de la Haute cour de justice à quatre occasions pour obliger le ministère de la Défense à ouvrir le poste-frontière de Taba, soulignant le fait que l’aéroport Ben Gurion, pour sa part, continuait ses activités.

Shiloh avait été très frustré de la politisation de l’appel à rouvrir la frontière qui avait été lancé pendant la pandémie, et de la manière dont les choses avaient été déformées. Des rumeurs avaient alors laissé entendre que la frontière vers le Sinaï avait été close en 2020 comme mesure de sanction parce que les Israéliens ultra-orthodoxes ne pouvaient pas eux-mêmes se rendre en Ukraine, à Uman, comme ils le font souvent par tradition à Rosh Hashana, déclare Shiloh.

« Ce qui signifiait que tout était devenu éminemment politique, droite et gauche, libéraux et conservateurs. Quelqu’un qui voulait que la frontière du Sinaï soit ouverte était nécessairement défavorable au gouvernement, et si vous souteniez le gouvernement, alors il fallait que vous fassiez savoir que vous vouliez que la frontière reste fermée », ajoute-t-il.

Des plongeurs sortent de l’eau sur le site de plongée des Jardiens de Moray près de Dahab, dans le Sinaï, le 9 novembre 2021. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

Pour Shiloh, qui connaît la région comme sa poche et qui a conseillé des milliers de voyageurs israéliens curieux par le biais de sa page Facebook et de son important réseau de contacts, voir la question du Sinaï politisée a été difficile, même douloureux.

« Au mois de décembre 2020, on a ouvert Dubaï aux Israéliens et 70 000 Israéliens se sont envolés pour Dubaï le mois suivant – avec de nombreux cas de coronavirus au retour », note Shiloh. « Mais le Sinaï est resté fermé, sans aucune justification. »

Selon des statistiques de l’Autorité de l’immigration et des frontières, en 2017, plus de 360 000 Israéliens étaient entrés dans le Sinaï via le poste frontalier de Taba. En 2019, ce chiffre avait été presque multiplié par deux, avec 700 000 personnes.

En 2020, seulement 68 000 Israéliens avaient transité par Taba. En 2021 et malgré les restrictions mises en place pendant la plus grande partie de l’année, ce sont presque 170 000 personnes qui ont traversé la frontière – la majorité d’entre eux à l’automne, après la levée des limitations qui venaient régir le quotidien des citoyens au mois de septembre. Une période qui a aussi coïncidé avec la levée de l’avertissement aux voyageurs pour le Sinaï, qui était en place depuis une décennie.

« C’est, selon nous, grâce aux réseaux sociaux que la destination Sinaï est revenue à l’esprit des Israéliens », commente Shiloh. « S’il n’y avait pas eu le coronavirus, les visiteurs seraient devenus de plus en plus nombreux, avec les amis qui amènent encore d’autres amis. »

En vagues

Les tests auxquels les Israéliens qui se rendent dans le Sinaï doivent dorénavant se soumettre avant de partir et de revenir représentent un coût supplémentaire – sans parler des prix de l’alimentation et du logement, qui ont augmenté de manière significative pour lutter contre l’inflation et une année commerciale perdue.

Toutefois, les plaintes sont rares.

Un petit déjeuner typique sur le front de mer du Sinaï, à Ras Shaitan, le 5 novembre 2021. (Crédit :Melanie Lidman/Times of Israel)

« Le Sinaï reste moins cher que des vacances en Israël », dit Daniel Blum, thérapeute âgé de 28 ans qui a fêté son anniversaire à Ras Shaitan au mois de novembre.

« Aujourd’hui en Israël, tout est tellement cher – même les pires bungalows, les plus mal entretenus, coûtent 800 shekels par nuit », dit Noam Ben Moshe, guide touristique qui travaille en Israël et dans le Sinaï depuis des décennies.

Pour Barak Gur, le Sinaï est un deuxième foyer. Il a célébré son cinquantième anniversaire avec un groupe d’amis à Moon Island, au mois de novembre.

« On avait pensé, dans les années 1990, que ce serait la Riviera », explique Gur. « On parlait alors de paix. Il y avait beaucoup d’espoirs qui ne se sont jamais réalisés. Et quand on regarde les choses avec le recul, c’est la réalité. La réalité, c’est qu’il y a des vagues – peut-être qu’elles sont géopolitiques ou autres – mais il y a toujours quelque chose qui arrive et qui amène tout le monde à se recroqueviller à nouveau dans sa coquille ».

Il regarde l’eau bleue et étincelante, les montagnes du désert de l’autre côté de la mer qui commencent juste à disparaître dans le brouillard matinal.

« Et puis », ajoute-t-il, « lentement, très lentement, les touristes commencent à revenir ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...