Le sionisme est un projet « d’occupation raciste » : ce que dit la charte de Raam
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Le sionisme est un projet « d’occupation raciste » : ce que dit la charte de Raam

Le Mouvement islamique du sud - Raam est son aile politique - prend des positions décriées par la plus grande part des Juifs israéliens dans son document d'orientation

Le leader du parti Raam Mansour Abbas. (Crédit :  David Cohen / Flash90); la charte du mouvement islamique du sud
Le leader du parti Raam Mansour Abbas. (Crédit : David Cohen / Flash90); la charte du mouvement islamique du sud

La charte qui guide le parti Raam – la faction islamiste actuellement courtisée par l’ensemble des partis dans le contexte de la formation du prochain gouvernement – recommande vivement le droit au retour des réfugiés palestiniens, exclut toute possibilité « d’allégeance » à l’égard d’Israël et estime que le sionisme est un projet « d’occupation raciste », selon une version actuelle du document qui a été fournie au Times of Israel par une éminente personnalité de la formation.

Raam est l’aile politique du Mouvement islamique du sud, organisation inspirée par les Frères musulmans. La charte du Mouvement islamique du sud, qui a été remise à jour en 2018 et réexaminée lors d’une conférence organisée à Nazareth en 2019, adopte des positionnements considérés comme sacrilèges par la majorité des Juifs israéliens.

« L’État d’Israël est issu du projet d’occupation sioniste raciste, de l’impérialisme occidental et britannique qui reste omniprésent et de l’avilissement et de la faiblesse des nations arabes et islamiques. Nous ne nous pardonnons pas à nous, peuple palestinien, notre échec à faire face à ce projet et nous reconnaissons nos responsabilités », affirme la charte.

Elle réclame le dit « droit au retour » pour les réfugiés palestiniens ayant quitté Israël ou ayant été expulsés du pays en 1948 – ce qui est considéré comme une ligne rouge pour la majorité des Israéliens sionistes qui considèrent l’arrivée potentielle de millions de Palestiniens sur le territoire comme la fin de l’État juif au niveau démographique.

La couverture de la charte du mouvement islamique du sud de 2018 dont l’aile politique, Raam, est dirigée par Mansour Abbas. (Autorisation)

Cette charte de 80 pages, qui recouvre tous les aspects des positionnements et des activités du mouvement – de son travail caritatif à sa vision du monde en termes de religion – revendique la solution à deux États comme un cadre possible, déclarant qu’un état palestinien doit être établi « aux côtés d’Israël » en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem. Il note toutefois que le droit au retour des Palestiniens devra impérativement être assuré dans ce contexte.

Le mouvement propose en solution alternative un État unique, binational, entre le fleuve Jourdain et la mer Méditerranée.

« Ôtez vos mains des Palestiniens pour qu’ils puissent enfin créer leur propre État libre et indépendant à côté d’Israël et pour que ceux qui ont été expulsés, déplacés, puissent revenir sur les terres qui les ont vus naître, dans leurs maisons, sur les terres qui leur appartiennent. Ou acceptez un État qui s’étendra du fleuve à la mer, dans lequel les deux peuples pourront vivre sous les cieux, dans la liberté, l’égalité, la sûreté et la paix », dit la charte.

La charte note ailleurs que « nous resterons tous unis comme les doigts de la main jusqu’à ce que l’occupation cesse et jusqu’à ce qu’un État palestinien soit établi en Cisjordanie, dans la bande de Gaza et dans la noble Jérusalem ; lorsque les expulsés, les déplacés pourront enfin revenir dans leurs foyers et sur leur terre natale ».

Le leader du parti Raam, Mansour Abbas, et des membres de la formation au siège de Raam à Tamra, au soir des élections, le 23 mars 2021. (Crédit : Flash90)

Les responsables du parti Raam ont, ces derniers mois, évité de débattre de la manière dont leur mouvement envisage le règlement des questions controversées de statut final liées au conflit israélo-palestinien. Abbas a préféré se concentrer sur les besoins de la communauté arabe d’Israël et, la semaine dernière, il a lancé un appel au cours d’un discours prononcé en prime-time réclamant de mettre en place une véritable collaboration entre Juifs et Arabes, réclamant l’égalité. Les parlementaires du Mouvement islamique ont fait campagne dans les villes et les villages arabes, avant le scrutin du 23 mars, sur l’amélioration de la qualité de vie des Arabes israéliens.

Le député Walid Taha à la Knesset, le 19 novembre 2019 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

« Nous avons des positionnements sur la question du conflit israélo-palestinien mais ce n’est pas le bon moment », a déclaré le député de Raam, Walid Taha au Times of Israel dans la journée de samedi.

Interrogé sur le « droit au retour » prôné par le Mouvement islamique du sud et Raam, Taha a déclaré que « le moment était mal choisi » pour évoquer le sujet.

Le Mouvement islamique avait signé sa charte en 2018. Au début de l’année 2019, le document a été réexaminé par de hauts-responsables du parti, avec d’éminents universitaires, à Nazareth. Selon le site d’information arabe israélien Arab48, c’est Mansour Abbas – qui était déjà le leader de Raam – qui avait présidé cette réunion.

Le député Mansour Abbas, leader de Raam, lors des élections parlementaires dans un bureau de vote de Maghar, en Israël, le 23 mars 2021. (Crédit : AP Photo/Mahmoud Illean, File)

La charte du Mouvement islamique compare le statu-quo en Israël et dans les territoires aux royaumes Croisés – de courte durée – fondés par les envahisseurs européens en Terre sainte et au Moyen-âge. Elle n’appelle pas toutefois à la destruction d’Israël, demandant à l’État juif de poursuivre la mise en œuvre d’une solution à deux États avant qu’il ne soit trop tard.

« Vous avez eu un avertissement avec les apostats francs [les croisés] qui ont ravagé la terre, par la force, pendant presque deux siècles, jusqu’à ce qu’ils soient battus par Salah al-Din al-Ayyubi et ses soldats », dit la charte.

Feu le président israélien Shimon Peres échange une poignée de main avec Sheikh Abdullah Nimr Darwish, à droite, pendant un repas de l’Iftar à la résidence présidentielle de Jérusalem, le 9 septembre 2008 (Crédit : Anna Kaplan/Flash90)

Le Mouvement islamique israélien avait été fondé par le sheikh Abdullah Nimr Darwish — une personnalité complexe et controversée. Tandis qu’il avait initialement soutenu l’idée de faire se répandre l’Islam par le biais de la violence – il avait même passé deux ans derrière les barreaux pour une série d’attaques à mobile idéologique – Darwish avait finalement adopté les principes de démocratie et de changement pacifique à travers la dawa, ou prosélytisme islamique.

Le Mouvement s’était largement propagé dans les villes et villages arabes, en particulier dans le sud d’Israël, en ouvrant des crèches, des collèges, des dispensaires de soins médicaux, des mosquées et en créant même une ligue de sports.

Dans les années 1990, le Mouvement islamique s’était fractionné à l’occasion de la signature des Accords d’Oslo – une branche soutenant ce processus de paix initié entre Israël et les Palestiniens et l’autre s’y opposant. La branche nord, plus radicale, qui était dirigée par l’ancien protégé de Darwish, Raed Salah, s’était opposée à l’accord. Mais Darwish, à la tête de la branche du sud, y était favorable. Il avait à ce moment-là créé le parti islamiste Raam, qui devait finalement intégrer la Knesset.

Raam est aujourd’hui en mesure de faire franchir à Netanyahu ou à ses adversaires le seuil de 61 sièges nécessaire pour déterminer une majorité à la Knesset – et de couronner ainsi le futur Premier ministre d’Israël. Mais certains politiciens de droite, que ce soit dans le bloc pro-Netanyahu ou chez ses détracteurs, ont rejeté toute possibilité de construire une coalition avec le soutien de cette formation en raison de son positionnement qu’ils qualifient « d’antisioniste ». D’autres accusent Raam d’appuyer le terrorisme.

Dans son discours prononcé en prime-time, jeudi dernier – qui a été retransmis sur toutes les chaînes majeures d’Israël – Abbas a indiqué que son parti chercherait à « respecter toute personne pour son humanité » et il a souligné la destinée commune partagée par les Arabes et les Juifs au sein de l’État d’Israël.

« Si la route à Wadi Ara pose des problèmes, elle en pose autant pour les passants arabes et pour les passants juifs », a noté Abbas. « S’il manque un lit à l’hôpital Soroka, cela peut porter préjudice sans distinction aux habitants de Beer Sheva et aux habitants de Rahat ».

De nombreux observateurs ont noté qu’Abbas s’est abstenu de mentionner ouvertement la cause palestinienne dans son discours. Il s’est présenté comme étant « un homme du mouvement islamique, un Arabe et musulman fier de l’être, un citoyen de l’État d’Israël », sans référence à une éventuelle identité palestinienne. Le chef du parti Raam a remarqué, toutefois, que les Arabes israéliens n’avaient pas pu accéder à la « réalisation collective » – une allusion probable aux droits nationaux.

Abbas a aussi reconnu dans son discours le gouffre qui le sépare du public juif israélien, mais il a maintenu que l’urgence de la coopération entre Juifs et Arabes prenait le pas sur les désaccords et autres questions brûlantes.

« Il est temps, aujourd’hui, de nous comprendre les uns les autres, de comprendre nos narratifs mutuels », a continué Abbas. « Il n’est pas nécessaire que nous nous accordions sur tout et, bien sûr, nous allons être en désaccord sur beaucoup de choses. Mais nous devons nous donner, à nous comme à nos enfants, l’opportunité et le droit de nous comprendre les uns les autres ».

Les partisans d’Abbas ont estimé que cette allocution était un « engagement courageux » du politicien arabe israélien à l’égard du « pragmatisme », cherchant à mettre de côté des différences incompatibles au profit d’avancées tangibles pour les Arabes israéliens.

La charte du Mouvement islamique en 2018 transmet plus ou moins le même message, disant que « l’engagement civil non-violent auquel nous sommes attachés » bénéficierait finalement aux Juifs comme aux Arabes.

Le mouvement « a pour objectif de renforcer les valeurs de justice, de liberté, de dignité pour tous les peuples, Juifs et Arabes, et il a pour ambition de faire disparaître l’oppression, les préjugés et les insultes à l’égard de tous les opprimés du monde », note la charte.

Mansour Abbas, candidat du parti Raam, s’adresse aux électeurs arabes à Kafr Kanna, le 22 février 2021. (Autorisation de la Liste arabe unie)

Mais le document fondateur du mouvement comprend également une rhétorique plus dure concernant les relations entretenues par « les Palestiniens à l’intérieur d’Israël », comme il les définit, et l’État israélien.

« Il ne peut y avoir d’allégeance à l’égard d’Israël, ni d’identification avec la pensée sioniste, raciste et d’occupation, ni d’acceptation des formes variées ‘d’Israélisation’ qui feraient disparaître notre identité, nos particularités ou nos droits », dit la charte.

« Il ne peut y avoir d’allégeance à l’égard d’Israël, ni d’identification avec la pensé sioniste, raciste et d’occupation, ni d’acceptation d’aucune des formes variées ‘d’Israélisation’, » dit la charte du mouvement islamique du sud. (Autorisation)

« Notre participation politique à tous ses niveaux – des autorités locales aux représentants au Parlement [à la Knesset] ou au sein des autorités civiles officielles – doit avoir pour but de défendre nos droits et les intérêts de notre communauté arabe palestinienne au sein d’Israël et elle doit aider et soutenir la cause palestinienne, ainsi que défier les propositions, les politiques et les programmes établis dans le cadre du projet sioniste depuis le cœur des institutions de l’État », continue la charte.

« C’est – c’est le moins qu’on puisse dire – le combat de la vérité devant un despote tyrannique », conclut le document en faisant référence à un proverbe célèbre qui avait été attribué au prophète Mahomet.

Le Mouvement islamique indique, dans sa charte, que prôner un état palestinien n’est pas sa priorité. Le principal objectif du mouvement concerne la communauté palestinienne à l’intérieur d’Israël.

« Notre but le plus important, en ce qui concerne l’État d’Israël, en ce qui concerne la société arabe palestinienne, est de conserver notre présence sur notre terre natale, de préserver notre identité ainsi que les identités arabes, islamiques et chrétiennes de notre pays, et de permettre à notre communauté d’obtenir enfin ses droits dans les sphères civile, national et religieuse ainsi qu’au quotidien », note la charte.

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