Mansour Abbas appelle à une coopération arabo-juive, n’exclut aucun bloc
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Plaidoyer pour une nouvelle "réalité"

Mansour Abbas appelle à une coopération arabo-juive, n’exclut aucun bloc

Le rabbin Kanievsky se dit prêt à bâtir une coalition avec Raam ; Michaeli appelle le parti islamiste à rejoindre le bloc du changement anti-Netanyahu

Le chef du parti Raam, Mansour Abbas, prend la parole lors d'une conférence de presse à Nazareth, le 1er avril 2021.(Crédit : David Cohen / Flash90)
Le chef du parti Raam, Mansour Abbas, prend la parole lors d'une conférence de presse à Nazareth, le 1er avril 2021.(Crédit : David Cohen / Flash90)

L’allocution de Mansour Abbas jeudi soir a été plutôt brève et n’a duré que sept minutes. Elle a été diffusée en direct sur toutes les principales chaînes de télévision israéliennes – une première pour un homme politique arabe israélien. Délivré depuis un hôtel de la ville du nord de Nazareth, Abbas s’est montré conciliant et n’a pris aucune position partisane.

Le parti Raam a remporté quatre sièges à la Knesset le 23 mars.

Voici l’essentiel de ce qu’il a dit :

Abbas, 46 ans, a commencé par souhaiter la paix aux citoyens d’Israël.

« Je porte une prière d’espoir et appelle à la recherche d’une coexistence basée sur le respect mutuel et d’une véritable égalité », a-t-il déclaré.

« Ce que nous avons en commun est plus grand que ce qui nous divise. »

Il a cité le Coran ordonnant à l’humanité de rappeler que tous les êtres humains ont été créés à partir d’un homme et d’une femme, et sont dans l’obligation de reconnaître notre humanité commune.

« Moi, Mansour Abbas, un homme du Mouvement islamique, je suis un fier arabe et musulman, un citoyen de l’État d’Israël, qui dirige le plus grand mouvement politique de la société arabe, je défends courageusement une vision de paix, de sécurité mutuelle, de partenariat et de tolérance entre les peuples », a-t-il déclaré.

Fondé dans les années 1970, le Mouvement islamique est une organisation politique, un groupe religieux et un prestataire de services sociaux. Le mouvement s’est scindé il y a deux décennies : la branche sud, plus modérée, représentée par Raam, tandis que la branche nord, plus dure, a été interdite en Israël.

« Je tends la main en mon nom et en celui de mes collègues et au nom des citoyens qui ont voté pour moi – pour créer une opportunité de coexistence dans cette terre sainte, bénie par trois religions et de deux peuples. »

Son parti Raam, a-t-il dit, « respecte chaque personne qui qu’elle soit, sanctifie la vie et abhorre toute violence à l’égard de qui que ce soit pour des raisons politiques, nationales ou religieuses. Le moment est venu pour nous de nous écouter les uns les autres; de respecter le récit de l’autre, de respecter l’autre. »

« Nous n’avons pas à nous entendre sur tout », a-t-il poursuivi. « Nous divergerons évidemment sur de nombreuses questions, mais nous devons nous donner, à nous et à nos enfants, le droit et l’opportunité de connaître nos voisins. Chacun de nous a un nom, une culture, une histoire, des expériences et un récit. »

« Si nous ne pouvons pas trouver le moyen de vaincre l’ignorance et de vaincre le racisme, nous léguerons à la prochaine génération une réalité complexe, dangereuse et impossible. »

« Contrairement à tous les politiciens qui se sont occupés des boycotts de la gauche et de la droite, je n’ai exclu personne », a-t-il noté.

« Mon approche est de savoir à quoi pouvons-nous dire oui et moins à quoi nous pouvons dire non. »

« Je représente 20 % des citoyens [israéliens], confrontés à toutes sortes de problèmes – du manque de sécurité personnelle au manque d’un toit au-dessus de leurs têtes, en passant par le manque d’épanouissement personnel et collectif.

« Nous avons l’opportunité d’initier un changement et de créer une société civile plus grande que ses composantes. »

« Ce dont nous avons besoin en ce moment, c’est du leadership et de la responsabilité : un leadership qui peut amener le public à un meilleur endroit, et une responsabilité qui peut créer la confiance entre les secteurs afin que nous puissions avancer vers un avenir meilleur. »

« Si la route de Wadi Ara [une zone à population arabe dans le nord d’Israël] a un problème, peu importe si la personne qui l’emprunte est arabe ou juive. Si les lits sont insuffisants à l’hôpital Soroka, cela peut nuire aux patients de Beer Sheva ou de Rahat. S’il y a crime et extorsion, cela n’exclut pas telle ou telle entreprise en raison du type d’enseigne du magasin. Si mon voisin a faim, ma famille et moi sommes en danger. »

« Et si je ne vis pas en paix au sein de l’État, je ne pourrais pas rechercher la paix avec mes voisins. »

« C’est le moment de trouver un terrain d’entente, de créer une réalité différente pour tous les citoyens de l’État », a-t-il déclaré.

Abbas a noté qu’il a été décrit comme « détenant l’équilibre des pouvoirs » et « le faiseur de rois » après les élections. Il a dit qu’il ne recherchait pas une telle description.

« Je ne veux faire partie d’aucun bloc [politique] – ni de droite ni de gauche. Je suis ici dans un bloc différent – le bloc qui a voté pour que je serve mon peuple et m’a donné le mandat de veiller à ce que les besoins du public arabe, qui pendant des années n’ont pas été satisfaits, soient transformés en un véritable plan de travail et soient réalisés. »

En ce qui concerne les recommandations concernant le poste de Premier ministre, Abbas a déclaré : « Nos recommandations sont différentes. Je recommande que nous changions tous la réalité. Je suis ici pour regarder vers l’avenir et nous espérons que d’autres, à gauche et à droite, adopteront notre approche.

« Le renouveau consiste en grande partie à créer un changement de climat. Nous vivons tous dans le même climat. C’est le moment du changement », a-t-il conclu.

Bien que Raam affirme qu’il soutient une solution à deux États, Abbas et Raam ont voté avec le reste de la Liste arabe unie contre les accords d’Abraham – accords négociés sous l’égide de l’administration Trump l’année dernière – parallèlement au rejet par les dirigeants palestiniens des relations normalisées avec Israël.

L’ancien député Raam, Ibrahim Sarsur, a comparé les actions militaires israéliennes à Gaza à celles des nazis, a exhorté la libération de Jérusalem du contrôle israélien et a pris des positions publiques sympathisantes à l’égard du Hamas, un groupe terroriste palestinien qui a juré de détruire l’État juif. Un partenariat avec Raam apparaissait en général comme un défi idéologique, sans être totalement exclu, pour le centre-gauche, mais un anathème rédhibitoire pour la droite.

La dirigeante du Parti travailliste, Merav Michaeli, vue lors d’une première réunion de son parti avec les nouveaux élus à Tel Aviv, le 2 février 2021. (Avshalom Sassoni/Flash90)

Merav Michaeli, chef du parti travailliste de gauche, a réagi au discours en l’exhortant à s’unir au bloc anti-Netanyahu de la Knesset pour tenter de former un gouvernement.

« Nous avions besoin d’une pandémie et d’un effondrement politique pour qu’après 28 ans d’incitation de la part de Netanyahu et de la droite, il devienne clair que le public arabe fait partie de la société israélienne », dit-elle dans un communiqué.

Michaeli appelle Abbas à « venir avec nous pour qu’ensemble, nous puissions changer la réalité ».

Le rabbin Chaim Kanievsky chez lui à Bnei Brak, le 26 décembre 2019. (Yaakov Nahumi/Flash90)

Le rabbin ultra-orthodoxe Chaim Kanievsky, largement reconnu comme le sage haredi ashkénaze vivant par excellence, a de son côté approuvé l’idée d’un éventuel gouvernement bâti aux côtés du parti islamiste Raam, – dans un changement de cap qui aurait été impensable jusqu’à il y a plusieurs mois.

Cité par plusieurs chaînes de télévision, Kanievsky donne une réponse affirmative à la question de savoir si la droite peut s’associer aux partis arabes dans une coalition – affirmant qu’à bien des égards, les communautés ultra-orthodoxes et arabes se ressemblent.

Il va jusqu’à dire qu’en ce qui concerne la tradition et la religion, aller avec les législateurs arabes est une meilleure option que les députés de gauche.

Le président israélien Reuven Rivlin a indiqué lundi qu’il chargerait d’ici le 7 avril un candidat de former le prochain gouvernement. Il compte auparavant rencontrer à partir du 5 avril les chefs de partis pour déterminer qui aura le plus de chance de pouvoir former une coalition.

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