Le soldat né aux Etats-Unis pardonne au Palestinien qui l’a poignardé
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« Je n’ai eu qu’une leçon de Krav Maga. Tout ce que j’avais en tête, c’étaient des choses de films »

Le soldat né aux Etats-Unis pardonne au Palestinien qui l’a poignardé

Seth, de l’Utah, a été légèrement blessé dans une attaque le mois dernier à Jérusalem après avoir combattu son attaquant – qui, dit-il, devrait « remettre sa vie en ordre »

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Seth, dont le nom n'a pas été révélé, salue après avoir reçu une récompense de son commandant de bataillon pour sa bravoure, le 6 janvier 2016. (Unité de porte-parole de Tsahal)
Seth, dont le nom n'a pas été révélé, salue après avoir reçu une récompense de son commandant de bataillon pour sa bravoure, le 6 janvier 2016. (Unité de porte-parole de Tsahal)

Seth voulait être un bon soldat, alors que tous les autres traversaient illégalement la route devant la gare routière centrale de Jérusalem le 27 décembre, il a choisi de traverser seul par le passage piéton.

Une fois qu’il avait traversé, portant sur lui deux gros sacs de vêtements et de matériel pour son voyage de retour à la base, Seth a senti quelqu’un sauter sur son dos.

« J’ai pensé que c’était peut-être un de mes amis. J’ai quelques amis qui disent ‘salut’ comme ça », a-t-il dit, pensant qu’un de ses amis se moquait de lui dès le latin. « Mai quand je me suis retourné, je n’ai pas reconnu son visage. »

Seth a été poignardé. C’était juste après 6h00 du matin, un dimanche.

Né aux Etats-Unis, Seth (l’armée a demandé à ce que son nom de famille ne soit pas divulgué pour des raisons de sécurité) n’est pas un citoyen israélien, mais un résident permanent. Il est originaire d’Ogden, dans l’Utah, mais est venu ici avec sa famille quand il avait deux ans. Sa famille a des racines juives, mais pas assez pour devenir citoyen via la loi du retour.

Seth a été à l’école israélienne toute sa vie, et bien que son hébreu soit légèrement empreint d’accent, il se sent entièrement israélien, et ne ressent aucun désir de retourner s’installer aux Etats-Unis. Pas même après son accrochage avec le terrorisme. Le soldat de 21 ans a rejoint le corps d’artillerie de l’armée israélienne en novembre dernier, et était à quelques jours de terminer son entraînement initial quand il a été attaqué.

Seth a été officiellement intégré dans les forces de défense israéliennes mercredi et pendant sa cérémonie de serment, il a reçu une récompense de son commandant de bataillon pour le courage qu’il a montré pendant l’attaque au couteau 10 jours auparavant.

Les ambulanciers paramédicaux sur les lieux d'une attaque au couteau à l'extérieur de la gare centrale d'autobus de Jérusalem, le dimanche 27 décembre 2015 (Crédit : Magen David Adom)
Les ambulanciers paramédicaux sur les lieux d’une attaque au couteau à l’extérieur de la gare centrale d’autobus de Jérusalem, le dimanche 27 décembre 2015 (Crédit : Magen David Adom)

Pendant un entretien téléphonique, Seth a décrit l’attaque calmement et modestement, faisant un compte-rendu fidèle : « Il a fait ça avec son bras droit, j’ai fait ça avec mon bras gauche, j’ai remarqué ceci, il a dit cela ».

Le couteau du terroriste a traversé la bretelle du sac de Seth et l’a touché dans le dos, sous l’épaule droite. Mais avec l’adrénaline et l’affutage de la lame, il a déclaré qu’il n’avait en fait rien senti du tout.

« Il est descendu de moi immédiatement et a commencé à courir. Quand il s’est arrêté et tourné, c’est là que j’ai remarqué le couteau dans sa main, se rappelle Seth. C’est là que j’ai compris, ‘okay, c’est un terroriste et il essaie de blesser des gens’. ».

A ce moment, Seth n’avait toujours pas réalisé qu’il avait déjà été blessé. A cause des multiples épaisseurs de tissus que la lame a traversées – t-shirt, chemise, manteau et bretelle du sac – tout son sang avait été essuyé de la lame, donc elle ne semblait pas avoir déjà servie.

Le terroriste, un Palestinien d’une trentaine d’années de Cisjordanie, a vu que Seth était toujours debout et a commencé à revenir vers lui. Seth a commencé à reculer lentement, ce qui a conduit le terroriste a commencer une course vers lui, a déclaré Seth.

« J’ai levé ma main gauche pour me défendre, a-t-il dit. Je ne savais pas quoi faire d’autre. »

Ils se sont battus devant la gare routière, Seth luttant pour tenir les deux bras de son assaillant. Il a réussi à pousser l’attaquant par terre et a cloué son bras au sol, qui tenait toujours le couteau.

Le couteau utilisé dans l'attaque à l'extérieur de la gare routière centrale de Jérusalem le 27 décembre 2015. (Crédit : police israélienne)
Le couteau utilisé dans l’attaque à l’extérieur de la gare routière centrale de Jérusalem le 27 décembre 2015. (Crédit : police israélienne)

« Je mettais beaucoup de poids sur son bras pour qu’il ne puisse pas bouger. Et je poussais ma main sur son visage », a-t-il déclaré.

« Je n’ai eu qu’une seule leçon de Krav Maga, a déclaré le soldat, faisant référence à l’art martial israélien. Tout ce que j’avais en tête, c’étaient des choses de films que j’avais vus. »

A ce moment, le garde de sécurité de la station de bus voisine est arrivé. Quand il a vu le couteau de l’attaquant, il a réalisé ce qu’il s’était passé. Il a demandé aux passants d’appeler la police et les secours, et a ensuite aidé à maintenir l’attaquant au sol, a dit Seth.

« Je ne sais pas ce que j’aurai fait si le garde de sécurité n’était pas arrivé », a-t-il ajouté.

Ce n’est que quand la police et les membres du Magen David Adom sont arrivés que Seth a finalement réalisé qu’il avait été blessé. La lame n’a touché ni artère majeure, ni organe vital, touchant seulement le muscle, donc Seth a simplement eu besoin d’un point de suture. Il est sorti de l’hôpital plus tard dans la journée.

Si le couteau avait été un peu plus profond, ou juste à quelques centimètres sur le côté, les blessures de Seth auraient pu être beaucoup plus graves. Sa moelle épinière, ses poumons, ou tout autre organe vital auraient pu être touchés. Mais Seth a déclaré qu’il ne porte pas de haine à son attaquant.

« Si j’ai la chance de rencontrer le type, face à face, je lui dirai que je lui pardonne, a déclaré Seth. Mais je lui dirai qu’il doit reprendre sa vie en main. »

Les premiers articles avaient minimisé son rôle pour appréhender l’attaquant, puisque les policiers arrivés sur les lieux avaient manqué la plupart de l’action. Parce qu’il était si calme à propos de l’incident, ses parents ont également accepté sans sourciller l’incident potentiellement désastreux, et n’ont pas « sur-réagi », a dit Seth.

Retour à la base

Ses commandants, y compris le chef de son bataillon, sont venus lui rendre visite pour être sûrs qu’il récupérait pleinement. Alors qu’il lui avait été donné une semaine pour récupérer à la maison, après quelques jours il a décidé qu’il voulait retourner à sa base.

Quand il est rentré ce vendredi, les autres soldats ont commencé à parler de lui comme un « héros », a dit Seth, penaud, même s’ils se sont aussi moqués de lui pour ne pas avoir utilisé tous les jours de congé qu’il lui avait été donné.

Seth n’a pas pu participer à tous les aspects de son entraînement initial à cause de sa blessure, mais a fini le cours.

Ce soir-là, pendant la cérémonie de serment, pendant laquelle les soldats tiennent un fusil et jurent sur la Bible de défendre l’Etat d’Israël, le commandant du bataillon a nommé Seth comme le « soldat distingué » de l’unité et a parlé du courage de Seth pendant l’attaque, avant de lui présenter un certificat d’appréciation.

Seth, dont le nom n'a pas été révélé, salue après avoir reçu une récompense de son commandant de bataillon pour sa bravoure, le 6 janvier 2016. (Unité de porte-parole de Tsahal)
Seth, dont le nom n’a pas été révélé, salue après avoir reçu une récompense de son commandant de bataillon pour sa bravoure, le 6 janvier 2016. (Unité de porte-parole de Tsahal)

Seth, qui a terminé un programme post-lycée, une certification en ingénierie de deux ans, est plus âgé que la plupart des nouveaux soldats de l’armée, mais servira les deux années et huit mois de service obligatoire. Il a déclaré qu’il pourrait même en faire plus, peut-être pour devenir militaire de carrière.

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