Le trésor nazi controversé de Gurlitt, constitué à l’ère nazie, arrive en Israël
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Le trésor nazi controversé de Gurlitt, constitué à l’ère nazie, arrive en Israël

Environ cent oeuvres d'art de la collection de Hildebrand Gurlitt, dont certaines avaient été pillées par les nazis, sont présentées au musée d'Israël

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Le vernissage de l'exposition : "Choix Fatidiques : Les oeuvres d'art du trésor de  Gurlitt", exposition très attendue de la collection Gurlitt au Musée d'Israël, le 23 septembre 2019 (Autorisation :   Jessica Steinberg)
Le vernissage de l'exposition : "Choix Fatidiques : Les oeuvres d'art du trésor de Gurlitt", exposition très attendue de la collection Gurlitt au Musée d'Israël, le 23 septembre 2019 (Autorisation : Jessica Steinberg)

Une exposition très attendue au musée d’Israël, qui présente des oeuvres appartenant à un négociant en art qui entretenait de forts liens avec les nazis, est l’occasion d’une réflexion sur l’art, l’Histoire et le débat éthique.

« Choix fatidique : les oeuvres d’art du Trésor de Gurlitt » permet de découvrir une centaine d’oeuvres d’art appartenant à une collection qui en regroupe en tout 1 500 et qui avait été trouvée en 2012 et rassemblée par Hildebrand Gurlitt, directeur de musée, négociant en art – et agent douteux du régime de Hitler.

Ce trésor avait été célébré lors de sa médiatisation initiale, mais terni par le fait qu’il devait assurément comprendre des oeuvres pillées ou spoliées à des familles ayant souffert et ayant été tuées pendant la Shoah. Plusieurs oeuvres de la collection ont d’ailleurs été restituées depuis à leurs propriétaires légitimes.

Le vernissage de l’exposition, qui ouvre officiellement ses portes le 24 septembre 2019 jusqu’au 15 janvier 2020, a d’ores et déjà eu lieu lundi soir en présence du conservateur Shlomit Steinberg, du directeur du musée Ido Bruno, de l’ambassadrice allemande en Israël Susanne Wasum-Rainer et d’autres dignitaires venus de Suisse et d’Allemagne pour découvrir les oeuvres.

Cornelius Gurlitt, en couverture de Der Spiegel au mois de novembre 2013

Les trois galeries utilisées pour « Choix Fatidiques » explorent les oeuvres du trésor, exposant la richesse de la gamme amassée par Gurlitt pendant toute sa carrière.

Certaines oeuvres présentées dans l’exposition avaient été achetées par Gurlitt pour le musée Linz de Paris par le biais d’agents intermédiaires et leur provenance est actuellement étudiée.

Une vingtaine d’oeuvres avaient été confisquées dans des musées allemands, considérées comme appartenant à « l’art dégénéré » – ou d’avant-garde – puis acquises par Gurlitt entre 1938 et 1940 dans le but de les vendre à des collectionneurs hors des frontières allemandes, par besoin de devises étrangères.

Il y a des peintures, des dessins et des esquisses de Manet, Monet, Renoir, Otto Dix, Oskar Kokoschkag, Georg Grosz, et de Max Beckmann qui sont présentées aux côtés de tableaux de nature morte néerlandais du 17e siècle, de pastels rococo du 18e et de portraits du 19e.

Les descriptions d’un grand nombre d’oeuvres – mais pas de toutes – stipulent que les recherches de leur provenance initiale sont encore en cours, ainsi que les recherches de leurs propriétaires légitimes.

C’est l’un des aspects du processus compliqué de recherche et d’exposition de ces oeuvres d’art qui font partie du trésor qui avait été découvert dans l’appartement de Cornelius Gurlitt, le fils d’Hildebrand (décédé pour sa part en 1956).

La découverte de ces oeuvres exceptionnelles avait fait la Une des médias du monde entier et relancé le débat sensible sur la gestion par l’Allemagne d’après-guerre de la question de l’art pillé par le régime nazi.

Environ 100 oeuvres d’art de la collection Gurlitt constituent l’exposition « Choix Fatidiques : Oeuvres d’art du Trésor Gurlitt » au musée d’Israël (Autorisation : Jessica Steinberg)

Hildebrand Gurlitt était un directeur de musée réputé et défenseur d’avant-garde de l’expressionnisme, un mouvement moderniste originaire d’Allemagne du début du 20e siècle. Il avait perdu deux postes de directeur de musée d’affilée et s’était reconverti dans la négociation d’oeuvres d’art, s’impliquant davantage dans le régime nazi au fur et à mesure qu’il gagnait du pouvoir.

Gurlitt était finalement devenu l’un des quatre négociants en art désignés par les nazis pour vendre des oeuvres d’art moderne à l’étranger et, en 1942, il avait été choisi pour acheter des oeuvres pour ce qui avait été appelé à l’époque la « mission spéciale », une collection utopique qu’Adolf Hitler tentait de créer.

La maison de Cornelius Gurlitt à Salzburg, en Autriche, le 18 novembre 2013 (Crédit : AFP Wildbild)

La découverte stupéfiante de la collection est racontée dans un documentaire captivant réalisé par le musée pour l’exposition et il est présenté dans un espace de projection dans les galeries.

Quand Gurlitt, le jeune, était mort en 2014, il avait fait don par testament de la collection à un petit musée suisse, le musée des Beaux-Arts de Bern. La première exposition des oeuvres avait eu lieu là-bas au mois de novembre 2017 – suite à des recherches initiales menées par un groupe de travail formé d’experts en art du monde entier auquel avait participé Steinberg, conservateur d’art européen au Musée d’Israël.

Environ 500 oeuvres restent actuellement en Allemagne, le temps qu’un groupe de travail gouvernemental achève ses recherches sur les origines souvent troubles de la collection.

L’exposition présentée au musée d’Israël a été organisée en collaboration avec le Kunstmuseum. C’est la cinquième fois que la collection est mise à disposition du public : Elle l’avait été à Bern à deux occasions, une fois à Bonn et une fois à Berlin.

« Ce n’est pas une exposition ordinaire », dit le directeur du musée d’Israël Bruno. « Elle émerge de replis cachés du temps ».

Evoquant Hildebrand Gurlitt, il dit que ce dernier « est encore une énigme ».

L’exposition entremêle les récits de l’histoire personnelle de Gurlitt-père et de son histoire professionnelle, ainsi que l’histoire des biens pillés par l’Allemagne nazie. Elle ouvre avec une sélection d’oeuvres appartenant à certains membres de la famille de Gurlitt, avec des paysages oniriques qui avaient précédé la Seconde Guerre mondiale et la Shoah, avant de présenter les travaux collectionnés pendant la guerre par Gurlitt.

Certains des récits historiques au sujet du négociant en art Hildebrand Gurlitt dans l’exposition « Choix Fatidiques : Oeuvres d’art de Gurlitt », qui ouvre ses portes le 24 septembre 2019 au musée d’Israël (Autorisation : Jessica Steinberg)

« Il y a eu un pillage d’oeuvres d’art sans scrupule qui a été sans précédent dans le monde de l’art », a commenté Günter Winands, chef du département du commissaire du gouvernement fédéral à la culture et aux médias de Berlin, qui a également assisté au vernissage de l’exposition.

« Et l’exposition doit aussi parler de ça. Elle illustre combien il est difficile de tracer les choses », a-t-il ajouté.

Selon Winands, il a été confirmé que neuf oeuvres d’art appartenaient à des collections pillées par les nazis, un nombre « qui peut paraître peu important mais chacune d’entre elles a une signification énorme », a-t-il poursuivi. « Nous espérons que l’exposition nous apportera de nouvelles clés ».

« C’est un travail sans fin mais c’est également un point de départ pour que l’Allemagne puisse tirer des leçons pour l’avenir », a-t-il clamé.

L’exposition diffère d’autres plus conventionnelles, a expliqué Wasum-Rainer, l’ambassadrice allemande.

« Elle a mis en lumière le pillage systématique des oeuvres d’art par l’Allemagne nazie », a-t-elle déclaré. « L’exposition est un succès visible en raison de la coopération étonnante qui s’est mise en place au-delà des frontières en termes de recherche de provenance. Elle rend hommage aux familles, aux collectionneurs et aux familles qui ont souffert pendant la guerre ».

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