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Le Zanzibar, un paradis en devenir pour les investisseurs israéliens

Un fonds de gestion a investi une grosse somme d'argent dans l'archipel tanzanien, en misant sur ses plages de sable blanc en tant que prochaine grande destination touristique

Nouvelle station balnéaire à Zanzibar, en août 2022 (Crédit : RM Group)
Nouvelle station balnéaire à Zanzibar, en août 2022 (Crédit : RM Group)

Les restrictions de voyage de la COVID étant levées, les touristes israéliens retournent sur l’île tropicale du Zanzibar. Mais aux côtés des amateurs de soleil, on trouve un nouveau type de visiteurs : les investisseurs israéliens.

Il y a quelques années, le Zanzibar recevait des milliers de touristes israéliens par mois. Seuls l’Allemagne, l’Italie, le Royaume-Uni et les États-Unis envoyaient plus de visiteurs sur l’île tanzanienne. Ces chiffres ont commencé à chuter en 2019, selon les statistiques officielles sur les arrivées recueillies par le gouvernement semi-autonome du Zanzibar. Au moment où la pandémie du coronavirus a commencé à fermer les aéroports, seules quelques centaines faisaient le voyage chaque mois.

Les touristes israéliens commencent à revenir, mais pas encore au même rythme. En mars de cette année – dernier mois recensé – 171 Israéliens ont visité le Zanzibar, contre 83 en mars de l’année précédente, mais bien en deçà des 1 980 qui sont venus en mars 2017.

Alors que les touristes d’autres pays y retournent également en plus grand nombre, un groupe d’investissement israélien cherche à tirer profit de cet aimant touristique en investissant une part importante de son portefeuille, d’une valeur totale de 500 millions de dollars, dans des hôtels et des centres de villégiature sur l’île.

« Nous y voyons un réel potentiel touristique – et c’est également du gout du gouvernement », a déclaré au Times of Israel Matan Pertman, qui dirige RM Group conjointement avec Ran Harel, co-PDG du groupe.

Selon Pertman, plus des trois quarts de l’économie du Zanzibar sont basés sur le tourisme, mais il manque de structures adaptées pour en faire une destination de classe mondiale.

« Les chambres actuellement disponibles ne sont pas d’un standing suffisamment élevé et il faut les moderniser pour pouvoir concurrencer des endroits comme les Seychelles et la Thaïlande. En plus des hôtels, il manque d’infrastructures touristiques telles que les restaurants », a-t-il déclaré.

Un centre de vacances au Zanzibar, en août 2022. (Crédit : RM Group)

RM Group a passé la dernière décennie à rechercher des actifs immobiliers sous-évalués aux États-Unis et en Grèce afin de les transformer en « vaches à lait ». Les recherches et analyses de la société suggèrent que le Zanzibar serait la prochaine source – au potentiel encore inexploité – et pourrait bientôt devenir une destination touristique de premier plan.

Situé à 37 km de la côte africaine, le Zanzibar dépend fortement des touristes internationaux venant visiter ses plages de sable blanc. Il est relativement facile de se rendre à Unguja, l’île principale de l’archipel du Zanzibar, en avion ou en ferry depuis Dar es-Salaam, la plus grande ville de Tanzanie, ou même directement depuis Istanbul, Dubaï ou quelques autres villes internationales via des vols à destination du petit aéroport du Zanzibar.

L’île est souvent présentée comme un lieu de prédilection pour se reposer et se détendre après l’ascension du Kilimandjaro, la plus haute montagne du monde. On peut également faire un safari, entre autres activités, dans le parc national du Serengeti, qui abrite plus de 2 millions d’ongulés, 4 000 lions, 1 000 léopards, 550 guépards et 500 espèces d’oiseaux.

Un lion s’abreuvant dans une flaque d’eau à Serengeti, en Tanzanie. (Crédit : Haim Shohat/Flash90)

« L’Afrique du Sud regorge de végétation ; la Tanzanie offre une vraie version du safari ‘à l’africaine’, et puis il y a le Zanzibar pour trois ou quatre jours de véritable relaxation tropicale », a déclaré Shlomo Carmel, dont la compagnie, Another World, est spécialisée dans l’accueil des Israéliens dans la région.

Selon les chiffres officiels du gouvernement, l’île dispose d’un peu plus de 600 000 chambres d’hôtel. En 2019, près de 540 000 touristes étrangers ont visité l’île, la plupart restant entre six à huit nuits.

Pour aider à compenser ce qu’il dit être une pénurie de chambres, RM Group investit de l’argent dans de nouveaux hôtels et complexes hôteliers dans les villes balnéaires de Pongwe, Kiwengwa, et Nungwi entre autres, en grande partie avec de l’argent israélien. Le fonds d’investissement a déjà financé un complexe quatre étoiles de 84 chambres. Ils ont également prévu de construire 450 chambres supplémentaires au Zanzibar, en partenariat avec les entreprises et les autorités touristiques locales, comme c’est le cas pour la plupart de ses projets.

Parmi les améliorations que ses hôtels ajoutent à la scène touristique locale figure la climatisation, dont de nombreuses chambres d’hôtel manquaient auparavant.

Selon Carmel, les affaires ont repris depuis la fin de la pandémie et il pense que plusieurs milliers de touristes israéliens se rendront en Tanzanie cette année.

Il n’est pas le seul à voir un afflux se profiler à l’horizon. Un centre communautaire Habad local, qui s’adresse aux touristes israéliens et juifs du Zanzibar (il n’existe pas de communauté juive locale), a rouvert ses portes à la fin de l’année dernière après les avoir fermées pendant la pandémie et prévoit d’investir dans un restaurant casher. Le gouvernement a clairement indiqué qu’il était désireux de promouvoir le retour des Israéliens en Tanzanie après la COVID.

Les fondateurs de RM Group, Matan Pertman et Ran Harel. (Crédit : RM Group)

Depuis 2016, 15 000 touristes israéliens visitaient la Tanzanie chaque année et, jusqu’à la pandémie, Israël était la sixième source de touristes dans le pays.

Étant une démocratie relativement stable, dotée d’une Constitution et d’un cadre juridique solide, et sans les divisions ethniques qui rongent certains de ses voisins, la Tanzanie constitue un attrait pour les investisseurs qui s’intéressent au continent africain.

Le gouvernement encourage et soutient les investissements étrangers dans le secteur de l’immobilier, en offrant à la fois des incitations et une assistance.

« Nous voyons une opportunité exceptionnelle de développement immobilier pour nos investisseurs et pour nous-mêmes », a déclaré Pertman.

Un villageois marchant le long d’une plage déserte au Kiwengwa Strand Hotel Villagi Bravo, une station balnéaire de l’archipel est-africain du Zanzibar, le 12 octobre 2010. (Crédit : AP/Rodrique Ngowi)

La Tanzanie dispose d’un cadre financier et d’investissement relativement développé, avec un faible taux d’inflation (4,2 %), un taux de change stable et ce qu’elle prétend être un processus d’investissement simplifié avec une agence de facilitation à guichet unique pour les entreprises qui cherchent à investir.

Il est également possible pour les entreprises étrangères opérant en Tanzanie d’obtenir des crédits auprès d’institutions financières nationales afin d’exercer un effet de levier efficace sur leurs investissements. Dans le secteur de l’immobilier, il s’agit d’une considération très importante.

Dans le passé, les collaborations entre Israël et la Tanzanie se sont principalement concentrées sur le secteur de l’agriculture, aidant les Tanzaniens à multiplier par plus de cinq fois la production de canne à sucre et entraînant des centaines d’étudiants à venir étudier en Israël. Les deux pays n’ont pas toujours été sur la même longueur d’onde sur la scène internationale, mais ces dernières années, Jérusalem a porté une plus grande attention à l’Afrique subsaharienne, nouant de nouvelles relations et étendant son empreinte diplomatique là où elle le peut, souvent en échange de votes plus amicaux aux Nations unies, où la Tanzanie est connue pour aller à contre-courant et voter en faveur d’Israël, bien que sa population soit majoritairement musulmane.

En mai, Yair Lapid, qui est aujourd’hui Premier ministre mais qui était alors ministre des Affaires étrangères, a déclaré lors de la Conférence Afrique-Israël 2022, qu' »Israël est de retour en Afrique ».

« Ce n’est pas un slogan. C’est une réalité diplomatique, économique et sociale… Aujourd’hui, Israël comprend la puissance de l’Afrique. Et l’Afrique comprend qu’Israël est une force du bien : nous travaillons ensemble dans un esprit de partenariat et de coopération, et nous mettons à profit notre expertise, notre expérience et notre technologie pour relever des défis communs. »

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