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L’entrée du pétrole iranien n’a pas « été approuvée » par le gouvernement libanais

C'est le nouveau Premier ministre du Liban, Najib Mikati, en poste depuis une dizaine de jours, qui a tenu ces propos, dénonçant une violation de la souveraineté du pays

Le Premier ministre libanais Najib Mikati arrive à une réunion du cabinet au palais présidentiel de Baabda, à l'Est de Beyrouth, le 13 septembre 2021. (Crédit :  AP Photo/Bilal Hussein)
Le Premier ministre libanais Najib Mikati arrive à une réunion du cabinet au palais présidentiel de Baabda, à l'Est de Beyrouth, le 13 septembre 2021. (Crédit : AP Photo/Bilal Hussein)

Le Premier ministre libanais Najib Mikati, qui a pris ses fonctions il y a moins de dix jours, a déclaré que les livraisons de pétrole en provenance de l’Iran arrivées dans le pays étaient une violation de la souveraineté du Liban et qu’elles n’avaient pas été approuvées par son gouvernement.

« Je vous le dis franchement, je suis triste parce qu’il s’agit d’une violation de la souveraineté du Liban », a commenté Mikati devant les caméras de CNN en évoquant les livraisons par camion de pétrole iranien qui ont été organisées par le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah – le premier approvisionnement est arrivé jeudi – au cours d’une interview qui a été diffusée vendredi par la chaîne.

Mikati a ajouté qu’il ne souhaitait pas « faire de commentaire supplémentaire » sur cette question « parce que nous tentons actuellement de la résoudre de manière très apaisée ».

Mais alors qu’il était interrogé par Becky Anderson, présentatrice de CNN, sur les sanctions possibles des États-Unis à l’encontre du Liban en raison de ces importations de pétrole iranien, Mikati a affirmé que « dans la mesure où le gouvernement libanais n’a pas approuvé cela… je ne crois pas que le gouvernement libanais devrait subir de quelconques sanctions ».

Des dizaines de camions transportant du carburant iranien sont arrivés dans la journée de jeudi au Liban. Il s’agit de la première d’une série de livraisons organisées par le groupe terroriste du Hezbollah, soutenu par Téhéran. Ces livraisons, qui se font par le biais de la Syrie voisine, sont une violation des sanctions américaines appliquées à la République islamique depuis le retrait des États-Unis, par l’ancien président américain Donald Trump, de l’accord sur le nucléaire qui avait été conclu entre le régime de Téhéran et les grandes puissances mondiales.

Cet approvisionnement est dépeint comme une victoire par le Hezbollah, qui s’est entendu pour importer le carburant dans le pays avec l’Iran – qui le soutient – alors même que le gouvernement libanais, à court de liquidités, se bat actuellement contre la crise, après de longs mois de pénurie de pétrole qui ont paralysé le pays. Le Hezbollah opère indépendamment des autorités libanaises qui font ainsi face à une crise énergétique désastreuse. Israël a fait savoir que le pays n’interviendrait pas face à ces approvisionnements.

Les Libanais réunis pour accueillir les camions chargés de carburant iranien à leur arrivée dans la ville de Baalbeck, au Liban, dans la vallée de Bekaa, brandissent des portraits du chef du Hezbollah Hezbollah Hassan Nasrallah, le 16 septembre 2021. (Crédit : AFP)

Mikati — dont le cabinet comprend deux ministres soutenus par le Hezbollah – a refusé de condamner explicitement le groupe terroriste pour cette opération devant les caméras de CNN.

« J’ai deux ministres qui, oui, sont des amis du Hezbollah – et le Hezbollah, en tant que parti politique, existe au Liban… donc il m’est impossible de contourner ce parti », a estimé Mikati. « Je suis très pragmatique et ce qui m’intéresse, c’est le Liban, c’est la manière de sauver le Liban ».

Son objectif, a-t-il ajouté, est ainsi de « mettre la politique de côté et voir comment nous pouvons sauver ce pays ». Makiti a ajouté que Beyrouth était à la recherche « d’un grand frère » dans le monde arabe qui pourrait « venir sortir le Liban de ce chaos. Cela sera bénéfique à toute la région et au monde arabe que le Liban soit stable ».

Alors qu’il lui était demandé si son gouvernement avait un contrôle sur le Hezbollah, Mikati a répondu à CNN qu’il avait juré d’empêcher les activités du groupe à l’étranger.

« Le Hezbollah est un parti politique au Liban qui existe – mais le plus important, c’est que le Liban ne devienne pas une plateforme pour des conspirations dans des pays autres que le Liban », a-t-il précisé. « C’est ce qui est le plus important à mes yeux c’est ce que je peux promettre, c’est ce que je peux faire ».

Mikati a expliqué qu’il œuvrerait à « changer l’image du Liban » dans les autres pays et dans les médias internationaux – une image qui est devenue celle d’un territoire de formation des terroristes soutenus par l’Iran. Il a ajouté qu’il « n’y a aucune preuve » que c’était bien le cas.

Une partisane du Hezbollah jette du riz sur un convoi de camions transportant du pétrole iranien via la Syrie, à leur arrivée à al-Ain dans la vallée de Bekaa, au Liban, le 16 septembre 2021. (Crédit : AP/Bilal Hussein)

La crise libanaise s’ancre dans un contexte de décennies de corruption et de mauvaise administration de la part de la classe dirigeante, et dans un système politique sectaire qui prospère sur le clientélisme et le népotisme. De graves pénuries de carburant ont entraîné des pannes d’électricité dévastatrices et parfois mortelles. Les Libanais font la queue pendant des heures pour essayer de se procurer du carburant. Des manifestations et des échauffourées ont eu lieu dans des stations-services de tout le pays, notamment dans certains bastions du Hezbollah.

Le leader du groupe terroriste du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait annoncé le mois dernier que la République islamique allait envoyer du carburant pour aider à atténuer le manque. Ainsi, le premier pétrolier commandité par le Hezbollah est arrivé dimanche au port syrien de Baniyas et le diesel a été stocké en Syrie avant d’être chargé à bord de camions qui sont partis vers le Liban, via la Syrie.

Le convoi de 60 camions, qui transportaient chacun 50 000 litres de pétrole, a emprunté un poste-frontière informel à Qusayr en Syrie. Un autre convoi similaire est attendu ce vendredi.

Le Hezbollah, qui est souvent accusé d’agir comme un État à l’intérieur de l’État, a pris part à la guerre civile syrienne aux côtés des forces gouvernementales de Bashar al-Assad. Il exploite ses propres postes-frontières le long de la frontière entre le Liban et la Syrie, à l’écart des postes-frontières officiels.

Un partisan du Hezbollah lance une grenade pour fêter l’arrivée de camions transportant du pétrole iranien au Liban dans la ville de Baalbek, à l’est du pays, le 16 septembre 2021. (Crédit : AP Photo/Bilal Hussein)

Nasrallah a expliqué dans un discours télévisé, au début de la semaine dernière, que les camions ne déchargeraient pas directement leur cargaison au Liban pour éviter d’embarrasser les autorités et aussi pour éviter l’imposition de sanctions au pays.

La chaîne Al-Manar du Hezbollah a annoncé que l’opération portait sur « des convois pétroliers destinés à rompre le siège américain ». Elle a fait savoir que les camions étaient en route pour la ville de Baalbek, à l’est du pays, où une compagnie liée au groupe terroriste commencera le processus de distribution du carburant. Nasrallah a précisé que la firme, al-Amana – déjà soumise à des sanctions américaines – ne risquait pas de subir de nouvelles sanctions.

Toutefois, pour les critiques, ce convoi a été un symbole de la dissolution de l’État libanais. Si la livraison en carburant a été considérée comme une victoire par le groupe terroriste, ce dernier est actuellement de plus en plus mis en cause – accusé de placer le Liban dans l’orbite iranienne et de défendre ses alliés politiques qui résistent au changement plutôt que d’appeler à des réformes.

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