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L’envoyé d’Israël en Ukraine décrit une situation humanitaire tendue à la frontière

L'ambassadeur Michael Brodsky estime que la situation au poste frontière pourrait devenir dangereuse et critique les ressortissants agressifs

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Des étudiants rassemblés autour d'un feu de camp pour se réchauffer au poste frontière de Medyka après avoir fui l'Ukraine, en Pologne, le 28 février 2022. (Crédit : Visar Kryeziu /AP Photo)
Des étudiants rassemblés autour d'un feu de camp pour se réchauffer au poste frontière de Medyka après avoir fui l'Ukraine, en Pologne, le 28 février 2022. (Crédit : Visar Kryeziu /AP Photo)

PRZEMYSL, Pologne – Visiblement épuisé par de longues journées stressantes à la frontière entre la Pologne et l’Ukraine, l’ambassadeur d’Israël en Ukraine a averti que la situation aux points de passage pourrait se transformer en une véritable catastrophe.

« C’est ici que la véritable crise humanitaire se produit », a déclaré Michael Brodsky, s’adressant au Times of Israël lundi soir depuis son hôtel de Przemysl, à une demi-heure de route du poste frontière de Medyka en Pologne.

Il a décrit une immense cohue de bus, de voitures et de personnes, les hommes séparés des femmes et des enfants dès qu’ils approchent du poste-frontière.

« Les hommes sont seuls. Il y a une énorme foule, quelques milliers d’hommes en colère », a-t-il dit. « C’est une situation très tendue. On peut sentir la pression dans l’air. Et ça pourrait être dangereux. »

Brodsky a déclaré qu’il n’y avait ni toilettes, ni nourriture, ni eau. « Les gens passent 24, 48 heures dans leurs voitures et leurs bus. Les gens sont en colère, les gens sont fatigués, ils ne dorment pas. »

Samedi, le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid a demandé au personnel de l’ambassade de quitter Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine, pour se rendre en Pologne. Michael Brodsky a passé la journée de dimanche du côté ukrainien du point de passage de Medyka, mais est resté du côté polonais lundi.

L’ambassadeur d’Israël en Ukraine Michael Brodsky. (Crédit : ambassade d’Israël en Ukraine)

« C’est une crise humanitaire, qui devrait être prise en charge par les Ukrainiens d’abord, et par la Croix-Rouge, l’ONU », a déclaré Brodsky.

L’ambassade a demandé à tous les Israéliens dans les longues files d’attente de s’identifier en apposant les lettres IL sur leur voiture. Pendant la journée, des fonctionnaires israéliens vont du côté ukrainien de la frontière et portent des gilets jaunes afin d’être plus facile à repérer par les citoyens qui fuient.

Au départ, les diplomates essayaient de faire passer les Israéliens en tête de la file.  » Nous avons réalisé que cela pouvait être dangereux, parce que les gens sont en colère, et ce n’est pas une bonne idée « , a déclaré Brodsky.

En revanche, les diplomates peuvent émettre des documents de voyage manuscrits aux citoyens israéliens qui ont perdu ou qui n’ont plus leurs papiers.

Les personnes vulnérables – malades, femmes enceintes, jeunes enfants, personnes âgées – peuvent appeler la ligne d’assistance téléphonique de l’ambassade et faire savoir aux fonctionnaires où ils se trouvent dans la file d’attente. Le personnel israélien entre alors en Ukraine dans un véhicule diplomatique, trouve la personne et, si possible, la fait passer en tête de la file.

Les autres citoyens israéliens sont aidés par téléphone pour traverser la frontière.

Au total, selon M. Brodsky, les fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères ont aidé « environ trois cents personnes » à passer d’Ukraine en Pologne depuis samedi.

Si certains Israéliens sont reconnaissants des efforts des diplomates, d’autres sont visiblement en colère contre les fonctionnaires israéliens qu’ils voient.

« Ils sont en colère contre nous, et contre Israël en général », a déclaré Brodsky, « ils disent : « Je paie des impôts. Pourquoi mon pays ne me sauve-t-il pas ? Pourquoi ne m’ont-ils pas sorti de là ? J’étais bombardé à Kharkiv et ils auraient dû me sortir de là et m’emmener en Israël. Et pourquoi me font-ils payer mes billets, ils ont dit qu’il y aurait des vols de secours.' »

« Si on leur dit qu’on les a avertis pendant trois semaines qu’ils devaient quitter le pays, cela les rend encore plus furieux », a-t-il noté.

Le diplomate expérimenté était visiblement contrarié par cette expérience.

Le chef de l’agence des Nations unies pour les réfugiés déclare que plus d’un demi-million de personnes ont fui l’Ukraine depuis l’invasion de la Russie jeudi. Des réfugiés arrivant au poste frontière de Medyka après avoir fui l’Ukraine, en Pologne, le lundi 28 février 2022. (Crédit : Visar Kryeziu /AP Photo)

« Ce qui me met en colère avec cette situation, c’est que ce sont exactement ces mêmes personnes qui nous critiquent, qui disent que le pays ne leur apporte aucune aide – ce sont exactement ces personnes-là qui nous riaient au nez et nous disaient : ‘Vous paniquez, tout va bien, je n’ai aucune intention de partir. Laissez-moi tranquille, ne prenez même pas la peine de me parler de quitter le pays ».

Tant les Israéliens parlant hébreu que les Ukrainiens ayant la citoyenneté israélienne se comportent de cette manière, a-t-il précisé.

M. Brodsky a aussi apporté quelques précisions sur la mort par balle du citoyen israélien Roman Brodsky (aucun lien de parenté avec l’ambassadeur) en Ukraine la veille. Un membre de la communauté juive d’Ukraine qui organisait des bus pour amener les Juifs à la frontière était au téléphone avec Roman qui se dirigeait vers l’un de ces bus. Pendant qu’ils parlaient, Brodsky a reçu une balle et a pu dire à l’organisateur qu’il était blessé.

C’est l’organisation Zaka en Ukraine qui s’occupe de la sépulture de Brodsky, puisque les effectifs de l’ambassade ne se trouvent pas en Ukraine actuellement.

Brodsky a déclaré qu’il passerait la journée de mardi dans la salle de guerre de l’hôtel situé le long de la rivière San à Przemysl.

Les 100 tonnes d’aide humanitaire qu’Israël a envoyé en Ukraine devraient atterrir à Varsovie mardi, a déclaré l’ambassadeur, puis être chargées sur des camions ukrainiens à la frontière mercredi.

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