Les activistes féministes accusent le nouveau plan de les ‘bannir’ du mur Occidental
Rechercher

Les activistes féministes accusent le nouveau plan de les ‘bannir’ du mur Occidental

Face à la déception de ses « sœurs », la chef de file des Femmes du mur Anat Hoffman explique pourquoi la passion pour l'égalité des droits importée d'Amérique ne prend pas ici

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Des membres des Femmes du mur 'originelles' prient au mur Occidental le 3 février 2016  (Crédit photo: Raya Meltz, morayaDESIGN)
Des membres des Femmes du mur 'originelles' prient au mur Occidental le 3 février 2016 (Crédit photo: Raya Meltz, morayaDESIGN)

Sans se laisser décourager par l’heure matinale ni par le temps frisquet de Jérusalem, un petit groupe de femmes en colère s’est réuni mercredi matin au mur Occidental pour une prière de protestation.

Comme à l’accoutumée, le groupe d’une vingtaine et quelque de femmes s’est rassemblé dans la section des femmes du mur Occidental, au milieu d’autres femmes solitaires murmurant leurs prières, et ensemble, elles ont prié le traditionnel office du matin, avec des Tefilin et des châles de prière.

Et même si elles n’étaient qu’un des nombreux groupes de prière sur le marché du minyan qu’est le mur Occidental, leur présence n’est pas passée inaperçue.

Une poignée d’adolescents ultra-orthodoxes ont grimpé le pont Mughrabi adjacent et ont essayé de chanter et de crier pour couvrir les prières des femmes. Ils cessèrent que quand ils sont arrivés à proximité du haut de la rampe, où il est interdit aux Juifs de prier ou de chanter : le pont mène à un autre site religieux, encore plus controversé, qu’est le mont du Temple, ou dôme du Rocher.

Cependant, malgré la légère perturbation, l’office a été qualifié plus tard de « pacifique » et « beau » par les personnes présentes. Ces femmes, qui se disent les Femmes du mur originelles (OWOW), ont connu pire : violence physique, arrestations, excréments jetés – pendant les 27 années qu’elles militent pour l’égalité des sexes au mur Occidental.

Lors d'une prière de protestation, les membres des Femmes du mur 'originelles' prient au mur Occidental le 3 février 2016  (Crédit photo: Raya Meltz, morayaDESIGN)
Lors d’une prière de protestation, les membres des Femmes du mur ‘originelles’ prient au mur Occidental le 3 février 2016 (Crédit photo: Raya Meltz, morayaDESIGN)

On pourrait donc penser que ces femmes, qui font partie d’un groupe qui se présente lui-même comme les Femmes du mur originelles, soient satisfaites du compromis tant vanté annoncé après la réunion du cabinet dimanche de la semaine dernière, et qui a été négocié par le chef de l’Agence Juive Natan Sharansky et l’ancien secrétaire du gouvernement Avichai Mandelblit.

L’accord a également été signé par les mouvements réformé et masorti, la Fondation pour le patrimoine du mur Occidental, qui est responsable des questions archéologiques, et le groupe féministe de prière appelé les Femmes du mur (WOW).

La proposition élargit énormément la section de prière mixte à l’Arche de Robinson et cimente l’accès au mur Occidental pour les groupes de prière des femmes. Il réclame une entrée commune pour toutes les sections de la prière, conduisant à l’idée de parité tout en sensibilisant à un choix pluraliste.

En outre, le plan Mandelblit dépénalise la prière des femmes au mur Occidental, y compris à la section des femmes, même après l’achèvement de l’espace pluraliste séparé. Le non respect de la ‘coutume locale’ au mur Occidental, qui avait fait froncer les sourcils du groupes de prière de femmes, était auparavant passible de six mois de prison ou d’une amende de 500 NIS.

L'actuelle section pluraliste, en bleu, va doubler de taille. La section orthodoxe est en violet. La zone à l'arrière de la section orthodoxe est destinée aux cérémonies nationales (JTA)
L’actuelle section pluraliste, en bleu, va doubler de taille. La section orthodoxe est en violet. La zone à l’arrière de la section orthodoxe est destinée aux cérémonies nationales (JTA)

La décision du cabinet a été chaleureusement saluée cette semaine dans les médias internationaux par les dirigeants non-orthodoxes de la Diaspora comme une victoire longtemps attendue. Le hashtag #WesternWall a été une tendance sur Twitter dans ce qui semblait être, pour une fois, une information « positive » provenant de la Terre Sainte.

Cependant, l’espace mixte a aussi suscité de nombreuses critiques – prévisibles de la part de communauté ultra-orthodoxe, des archéologues concernés, et de l’Autorité palestinienne, laquelle voit un bâtiment près du Dôme du Rocher comme une modification du statu quo et une incitation potentielle à la violence. (Quelques heures seulement après l’office des femmes, une nouvelle attaque terroriste meurtrière a eu lieu mercredi dans la Vieille Ville.)

Les opposants les plus véhéments au compromis sur le passage à l’esplanade du style séparé-mais-égalitaire sont les femmes qui ont organisé cette semaine la prière de protestation au mur Occidental, un groupe dissident des Femmes du mur dirigées par Anat Hoffman. Elles et leurs partisans internationaux ne voient pas la décision du gouvernement comme une solution à leur cause.

Dénonçant publiquement la décision, certaines de ces militantes féministes disent même qu’elles ont été « jetées sous le bus » par les mouvements juifs libéraux, qui ont recupéré leur lutte pour leur propre demande de parité dans la prière. Leur douleur et leur sentiment de trahison est palpable.

Des policiers escortent Anat Hoffman qui tient un rouleau de la Torah au mur Occidental, le 12 juillet 2010 (Crédit photo: Miriam Alster/Flash90)
Des policiers escortent Anat Hoffman qui tient un rouleau de la Torah au mur Occidental, le 12 juillet 2010 (Crédit photo: Miriam Alster/Flash90)

« Ce n’est pas pour ça que j’ai subi des crachats, des chaises ou des œufs jetés sur moi. Anat Hoffman n’est qu’une politicienne, et cette fois elle a complètement tort », écrit un homme partisan des Femmes du mur originelles (OWOW) sur la page Facebook du groupe.

Une autre fan des OWOW, la femme-rabbin Vanessa Ochs, a écrit au sujet des « conséquences graves de l’opération – dommages collatéraux, pour ainsi dire. Les femmes qui ont actuellement le droit de prier en groupe au Kotel [mur Occidental] – le vrai – en seront BANNIES ».

Pour avoir signé le compromis longtemps négocié, la leader des Femmes du mur Anat Hoffman a été à la fois saluée et mise au pilori cette semaine dans les médias sociaux et dans la presse. Mais pour les activistes d’OWOW, la loyauté même d’Hoffman est mise en question parce qu’elle travaille au Mouvement réformé comme leader de son aile d’une action juridique, le Centre d’action religieuse d’Israël.

Pour Hoffman, les femmes ont reçu ‘un tout nouveau bus, le siège du conducteur, et un réservoir plein’

Hoffman a déclaré cette semaine au Times of Israel que la déception des féministes pratiquantes qu’elle considère comme ses « sœurs » est la plus difficile à entendre parmi les critiques du plan.

« Je reconnaîs que sur le plan émotionnel ces femmes sont sincères dans leur tristesse et leur indignation, je peux le comprendre, » a dit Hoffman en introduction.

« Elles avaient, et nous avons partagé pendant une longue période, une vision de l’égalité des droits pour les femmes dans la section des femmes sur l’esplanade du nord. Nous voulions nous asseoir à l’avant du bus, pas à l’arrière ».

Mais dans le compromis, qu’Hoffman appelle sans réserve une ‘victoire’, ajoute-t-elle, les femmes se voient offrir « un tout nouveau bus, le siège du conducteur, et un réservoir plein. »

Elle a dit qu’elle est arrivée à la conclusion que, après avoir travaillé sur la question pendant plus de 25 ans et vu une atmosphère religieuse de plus en plus extrémiste en Israël, que le temps était mûr pour un compromis après un voyage aux îles Galapagos où elle a marché sur les traces de Charles Darwin.

« Ce ne sont pas les sages qui survivent, ce ne sont pas les forts qui survivent, pas non plus ceux qui sont beaux, mais celui qui s’adapte est celui survit », a déclaré Hoffman.

Les membres des Femmes du Mur faisant les prières du Rosh Hodesh au mur Occidental le 4 décembre 2013 (Crédit photo: Hadas Parush / Flash90)
Les membres des Femmes du Mur faisant les prières du Rosh Hodesh au mur Occidental le 4 décembre 2013 (Crédit photo: Hadas Parush / Flash90)

Hoffman née en Israel décrit sa lutte aux côtés d’une foule de femmes principalement américaines en décembre 1988, le premier groupe de prière féministe ayant apporté un rouleau de Torah au mur Occidental, disant que c’était « un privilège d’être là » et est reconnaissante pour les femmes qui ont apporté leur « Dia-spores à Israël » – leurs « graines » de l’égalité des droits.

« Mais une fois que le Dia-spore est amené en Israël – où il y a une pluie différente, des ennemis différents – il doit s’adapter ou il ne survivra pas », a déclaré Hoffman.

Pendant plus de 27 ans, dit-elle, les WOW (Femmes du mur) ont « essayé tous les moyens possibles » pour obtenir la pleine égalité dans la section des femmes. Aujourd’hui, dit-elle, « nous pensons que la meilleure façon est de partager, de faire grandir le gâteau au lieu de le diminuer. »

Mais est-ce que ce plan, qui est décrit en détail sur le site de WOW, va vraiment agrandir le fameux gateau ?

Le Professeur Aviad Hacohen, le doyen du et expert sur la loi religieuse et l’Etat, a déclaré dans un communiqué après la décision du cabinet de dimanche que « séparé mais égal n’est pas égal », le qualifiant de « claire victoire » pour la position orthodoxe de la séparation des sexes.

‘Séparé mais égal n’est pas égal’

« L’importance de l’esplanade distincte accordée aux mouvements juifs libéraux sera sans aucun doute négligeable par rapport à la principale esplanade de prières. En exilant ces groupes dans une zone de prière séparée, il n’y a pas de reconnaissance de l’Etat pour le droit des mouvements non orthodoxes. Au contraire, cela affirme comme un fait que la prière et lecture de la Torah par les femmes ne fait pas partie de la halakha (loi juive), et c’est un coup douloureux à l’ensemble de leur perception du monde », a dit l’avocat, qui défend régulièrement des cas relatifs à la religion face à l’Etat devant la Cour suprème.

Hacohen dit que la décision reflète l’opinion d’il y a 20 ans, et que la seule nouveauté est que les règles de la prière orthodoxe « dans sa définition la plus conservatrice » sont désormais obligatoires sur la principale esplanade du mur Occidental.

Pour Hacohen, une autre « gifle au visage de toutes les femmes qui ont exigé la pleine égalité » est que le budget pour le nouvel espace égalitaire au sud ne sera pas donné par le ministère des Affaires religieuses.

La situation rappelle le cas de rabbins réformistes, comme la femme rabbin Miri Gold du kibboutz Gezer, qui sont des leaders régionaux de communautés, mais dont les salaires, contrairement à ceux des rabbins orthodoxes à des postes similaires, ne sont symboliquement pas payés par le ministère, mais plutôt à travers une solution de contournement alambiquée.

‘La nouvelle proposition immortalise la discrimination et le rend permanente par une décision du gouvernement’

« Les tribunaux ont décidé il y a quelques années que séparé mais égal n’est pas égal. La nouvelle proposition éternise la discrimination et la pérennise par une décision gouvernementale », a déclaré Hacohen.

Pour Hoffman, cependant, il s’agit d’un point discutable. « Le haredisation du mur Occidental se poursuit au moment où nous parlons. Les extrémistes gagnent du terrain dans le monde entier, et oui, cet accord confirmera la position du rabbin en charge du mur, et il aura une main plus lourde maintenant sur les questions de la pudeur, et autres. Par son comportement extrémiste, il va chasser les Juifs de là-bas vers notre section. »

Mais pour de nombreux militants de longue date, seules les Femmes du mur et les mouvements juifs libéraux sont chassés de l’esplanade du mur Occidental.

Cheryl Birkner Mack, ancienne dirigeante de WOW et fondatrice du groupe dissident OWOW, a déclaré au Times of Israel peu après la prière de mercredi au mur Occidental que si elle se réjouit de l’esplanade égalitaire, « Je pense qu’il doit y avoir une autre façon d’obtenir la reconnaissance et les droits que de fouler aux pieds les droits des femmes qui ont déjà été reconnus par l’Etat ».

La lutte pour une plus grande reconnaissance est en cours, dit-elle, avec plusieurs affaires pendantes devant la Cour suprême.

Cheryl Birkner Mack, à gauche, est interviewée après la prière au mur Occidental des Femmes du mur 'originelles', le 3 février 2016. (Crédit photo:  Raya Meltz, morayaDESIGN)
Cheryl Birkner Mack, à gauche, est interviewée après la prière au mur Occidental des Femmes du mur ‘originelles’, le 3 février 2016. (Crédit photo: Raya Meltz, morayaDESIGN)

Par exemple, Birkner Mack, qui se définit comme une Juive Massorti (ce que les Américains appellent conservateur), est l’une des plaignantes dans une affaire en cours devant la Cour suprême contre l’Etat d’Israël pour discrimination.

Représentées par l’avocate Susan Weiss et le Centre pour la Justice des femmes, les femmes ont demandé à la Cour suprême de prévenir la discrimination au mur Occidental, puisque les femmes ne sont pas autorisées à accéder aux rouleaux de la Torah publics disponibles dans la section des hommes, et d’annuler « la directive concernant [l’interdiction] d’amener des rouleaux de la Torah au Kotel. »

Birkner Mack a rejeté cette semaine l’idée que la décision du gouvernement reflète une position de compromis pour toutes les parties.

Dans une interview au JNS.org, le rabbin ultra-orthodoxe du mur Occidental, Schmuel Rabinovitch, a qualifié le plan du gouvernement de profanation du nom de Dieu et que, bien que ce plan était mieux que d’autres qui avaient été discutés, il a dit qu’il ne se considère pas lui-même comme un partenaire dans les négociations.

‘La seule façon pour une femme orthodoxe de prier dans un espace égalitaire est dans une boîte’

« Je ne vois pas en quoi les haredim [ultra-orthodoxes] ont fait un compromis : ils sont ravis. ‘Nous ne devons pas voir ces femmes, nous ne devons pas entendre ces femmes’, » a dit Birkner Mack.

Les Femmes du mur et le groupe dissident sont fièrement « multi-courants. » Mais, souligne Birkner Mack, « lorsque vous passez dans une zone égalitaire il n’y aura pas de place pour les femmes orthodoxes », qui ne souhaitent pas prier dans un environnement mixte.

« La seule façon pour une femme orthodoxe de prier dans l’espace égalitaire est dans une boîte », a déclaré Birkner Mack.

« Toute personne qui veut aller à l’Arche du Robinson devrait y aller. La vérité est que vous pouvez aller à l’Arche du Robinson aujourd’hui, comme vous pouvez prier dans la gare routière, et je vais même soutenir votre droit à le faire. Mais n’abandonnez pas les droits des femmes qui ont été acquis après plus de 27 ans dans la section des femmes au Kotel [mur Occidental]. Laissez-nous tranquilles, n’abandonnez pas nos droits pour les droits de quelqu’un d’autre », a déclaré Birkner Mack.

L'intellectuelle féministe Phyllis Chesler (Autorisation)
L’intellectuelle féministe Phyllis Chesler (Autorisation)

Une telle critique de l’accord reçoit aussi des échos en Diaspora.

L’intellectuelle féministe Phyllis Chesler a écrit du compromis dans une tribune dans Tablet, « C’est une parodie, une tour de passe-passe, une blague, une utilisation orwelliene du langage employée pour convaincre de bons Juifs qu’une défaite est en fait une victoire ; qu’être banni est une forme de reconnaissance ; que la capitulation devant l’intégrisme est en fait un triomphe sur lui ; que permettre à des misogynes de transformer le Kotel en une synagogue haredi est une un progrès ; que faire financer cette parodie par la Diaspora – les Haredim affirmant eux-mêmes qu’ils refusent de payer – représente une reconnaissance ; en un mot, que la vente de son droit d’aînesse pour un plat de lentilles équivaut à l’obtention de ce droit d’aînesse ».

Interrogée mercredi sur certaines de ces critiques, la chef de file des Femmes du mur Hoffman soupira, puis prit une profonde inspiration.

« Je ne vais pas prêter des motivations négatives à mes sœurs en colère. Leurs sentiments sont purs et réels. Mais je voudrais leur dire, ‘Sœurs, vous ne lisez pas la carte politique et religieuse d’Israël,’ dit-elle.

« Les femmes orthodoxes sont les féministes les plus courageuses que je connaisse », a ajouté Hoffman. Mais, dit-elle, « elles doivent former leur propre coalition pour défier l’orthodoxie sur ce qui est un din Torah (une pratique religieuse acceptée) ».

« Nos sœurs, et je les vois comme des sœurs, ont choisi de se retirer, parce qu’elles ont dit qu’il n’y avait rien à négocier. Mais je leur ai dit, quand le Premier ministre propose de siéger et de négocier, venez négocier … Et si vous dites : ‘Je veux rester dans ma pure idéologie’ alors vous vous condamnez vous-même à rester dans une cabine téléphonique », a ajouté Hoffman.

Hoffman a réitéré que ces femmes étaient les visionnaires d’un monde meilleur, et qu’elles doivent être admirées.

« Nous ne les avons certainement pas jetées sous le bus, » dit-elle. « Je les invite dans le bus, et pour nous aider à le conduire. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...