Les Arabes israéliens fêtent l’Aïd comme « jour de la victoire » contre le virus
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Les Arabes israéliens fêtent l’Aïd comme « jour de la victoire » contre le virus

Avec des taux d'infection inférieurs à ceux de la population générale, il semble que la pénurie de maisons de retraite et les nombreux personnels soignants aient été bénéfiques

Les fidèles musulmans font la prière de l'Aïd al-Firt qui marque la fin du ramadan dans un parc de la ville de Jaffa, près de Tel Aviv, le 24 mai 2020 (Crédit : AP Photo/Oded Balilty)
Les fidèles musulmans font la prière de l'Aïd al-Firt qui marque la fin du ramadan dans un parc de la ville de Jaffa, près de Tel Aviv, le 24 mai 2020 (Crédit : AP Photo/Oded Balilty)

Après un Ramadan passé en confinement partiel, cette année, la fête de l’Aïd al-Fitr a été particulièrement joyeuse pour la communauté arabe israélienne.

« Les gens célèbrent l’Aïd, et c’est également la journée de la Victoire contre le coronavirus », commente Amil Agha, épidémiologiste, lundi, au second jour des festivités de l’Aïd al-Fitr, évoquant la « double joie » ressentie dans de nombreuses communautés arabes au sein de l’État juif.

Israël a, jusqu’à présent, échappé à un taux d’infection et à un nombre de décès élevés – de fortes indications semblent montrer que le virus n’a affecté la population arabe que légèrement.

« Nous avons enregistré des taux d’infection et de décès dans les communautés arabes inférieurs à ailleurs en Israël », souligne Amil Agha, épidémiologiste et superviseur des maladies infectieuses au centre médical Galilée de Nahariya. « C’est très frappant ».

Le gouvernement n’a pas diffusé de données sur les origines religieuses ou ethniques des personnes décédées ou malades, mais le centre d’études politiques et sociales Taub a examiné les chiffres d’infection en fonction de la localisation des cas.

Emil Agha, épidémiologiste et superviseur des maladies infectieuses au centre médical Galilée de Nahariya (Autorisation : Emil Agha)

Environ 13 % des citoyens israéliens vivent dans des villes et villages arabes ou bédouins, mais seulement 9 % des nouvelles infections avaient été répertoriées dans ces zones entre le 31 mars et le 12 mai, a indiqué le centre Taub, des calculs réalisés à partir des données du ministère de la Santé.

D’autres chiffres circulent, mais ils ne reposent pas sur des données vérifiées. Emil Agha estime que les Arabes israéliens ont représenté moins d’une dizaine des 280 décès causés par la Covid-19. Il s’appuie pour cela sur la supposition que ces communautés sont resserrées et que la majorité des morts auraient été signalés par les médias en langue arabe au sein de l’État juif, tout en reconnaissant que ces chiffres sont impossibles à vérifier.

Le directeur de recherche du centre Taub, Alex Weinreb, dit pour sa part au Times of Israel que même le différentiel de son analyse est « surprenant » au vu de ce à quoi se heurte la communauté arabe.

Il explique que « c’est surprenant, car nous nous attendions, en fait, à ce que le taux soit fort dans la mesure où les gens vivent souvent dans de grandes habitations familiales où cohabitent ensemble les différentes générations. De plus, il y a un nombre disproportionnellement élevé de personnes qui travaillent dans les soins de santé où elles ont été exposées au virus ».

Les statistiques du centre Taub ne disent pas tout des taux d’infection dans les populations arabes et bédouines d’Israël, qui représentent environ 20 % des citoyens du pays. Elles ne comprennent pas les données concernant les populations qui vivent dans des villes où se mélangent Juifs et Arabes ou dans les localités comptant moins de 5 000 résidents, les informations présentant les taux d’infection dans ces zones n’étant pas mises à la disposition du public.

Emil Agha pense que lorsque la situation dans son ensemble aura été précisée, elle indiquera que les Arabes ont été significativement moins touchés par le coronavirus que la population israélienne dans son ensemble.

« Et dans les villes mixtes, parmi les populations arabes, nous avons constaté des taux d’infection plus bas », dit-il.

Alex Weinreb reconnaît que les populations non juives ont un avantage en termes de taux d’infection, la communauté ultra-orthodoxe israélienne ayant été touchée particulièrement durement – ce qui a fait augmenter le taux de contamination parmi les Juifs et – par extension – baisser le taux des non-Juifs. Mais il estime encore que ces chiffres peu élevés qui lui sont soumis sont loin d’être évidents.

L’épidémiologiste Emil Agha partage le même point de vue, disant que les inquiétudes étaient fortes dans les communautés arabes au début de la pandémie. « Les taux d’infection nous ont préoccupés dès le début », indique-t-il.

« Les gens vivent ensemble, quelle que soit la génération, ce qui crée un risque élevé. Mais nos craintes ne se sont pas réalisées, et on s’en est sortis », ajoute-t-il.

Il estime que le mélange des générations, loin d’avoir été un désavantage, a fini par être l’un des plus gros atouts des Arabes israéliens.

« Dans les secteurs arabes, nous n’avons pas réellement de maisons de retraite », explique-t-il. « Les gens vivent en famille, et c’est ça qui fait la différence ».

Les maisons de retraite se sont avérées être des foyers majeurs d’infection, avec de nombreux décès, souligne Emil Agha, qui suggère que leur absence au sein de la communauté a finalement bénéficié aux personnes âgées arabes.

Plus de personnels de santé mais moins d’interactions avec les voyageurs

Adi Stern de l’école de biologie cellulaire moléculaire et de biotechnlogie de l’université de Tel Aviv (Autorisation : Université de Tel Aviv)

La semaine dernière, une équipe de scientifiques israéliens a conclu qu’environ sept Israéliens infectés sur dix ont été touchés par un haplotype – une variante – arrivé dans le pays depuis les États-Unis. La virologue Adi Stern de l’université de Tel Aviv avait dit au Times of Israel qu’elle estimait que cela pourrait refléter, en partie, le niveau élevé d’interactions qu’ont les Juifs de la diaspora en visite dans le pays avec les citoyens israéliens.

Interrogée lundi sur les taux d’infection au sein des communautés arabes israéliennes, Adi Stern a indiqué que « c’est l’une des questions importantes auxquelles nous devons tenter de répondre ». Elle a ajouté qu’une moindre propension à voyager et une exposition moins forte aux visites venues de l’étranger pouvaient avoir contribué à ce nombre moins élevé de malades du coronavirus parmi les Arabes.

« Nous constatons que dans les lieux où il y a de l’affluence, avec plus d’échanges internationaux, le virus s’est propagé plus rapidement », a-t-elle dit.

Mais ce n’est, selon elle, qu’une explication partielle : « Je soupçonne également que cela a beaucoup à voir avec des origines génétiques qui pourraient avoir un impact sur la susceptibilité des individus au virus, ce qui pourrait jouer ici ».

Pour Emil Agha, un grand mystère entoure encore ce qui détermine le taux d’infection, et il se dit intrigué par le rôle que jouerait le mode de vie – un régime alimentaire, par exemple. Mais il pense aussi que la réaction des communautés arabes a significativement aidé à prévenir l’infection.

Les responsables religieux ont été à la hauteur du défi, affirme-t-il, utilisant leurs liens personnels et les plateformes des réseaux sociaux pour souligner l’importance des précautions à prendre. Les appels à la prière, dans les mosquées, ont également servi à diffuser des conseils visant à prévenir la propagation de la maladie.

Un employé contrôle la température d’un client à l’entrée d’un magasin de la ville arabe israélienne de Deir al-Asad, le 18 avril 2020 (Crédit : Basel Awidat/Flash90)

Dans certaines villes et dans certains villages tels que Deir al-Asad, en Galilée, les leaders locaux avaient demandé, à l’apogée de l’épidémie, aux non-résidents de rester à l’écart, selon l’épidémiologiste. Cette mesure a été bénéfique, affirme-t-il, comme l’ont été les confinements officiels imposés par l’État sur un petit nombre de foyers arabes de la maladie, qui ont mis un terme à la propagation du virus entre les communautés arabes.

Le nombre disproportionné de personnels soignants, plutôt que d’être un facteur de risque, s’est avéré être une protection, affirme Emil Agha.

« Tous ces personnels de santé ont fini par devenir une sorte d’ambassadeur en apportant les informations relatives au coronavirus dans leurs habitations, dans leurs quartiers et dans leurs villages », explique-t-il.

« Cela a rassuré, les instructions provenant de gens qu’ils connaissaient et qu’ils considéraient donc comme dignes de confiance. Les instructions ont été claires, délivrées par une personne à laquelle ils pouvaient s’identifier, et cela a créé une grande différence ».

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