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Analyse

Les attaques des Houthis en mer Rouge vont augmenter le coût des importations d’Asie

Les géants mondiaux du fret envisagent de couper les routes de la mer Rouge, ce qui allongera et majorera les trajets impactant ainsi le commerce d'Israël avec l'Asie, et le commerce mondial

Sharon Wrobel

Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans les technologies pour le Times of Israel.

Un hélicoptère des Houthis du Yemen s'approchant du cargo Galaxy Leader, en mer Rouge, le 19 novembre 2023. (Crédit : Houthi Media Center via AP)
Un hélicoptère des Houthis du Yemen s'approchant du cargo Galaxy Leader, en mer Rouge, le 19 novembre 2023. (Crédit : Houthi Media Center via AP)

Alors que les Houthis du Yémen, soutenus par l’Iran, multiplient les attaques contre les navires ayant des liens avec Israël, les géants du transport maritime mondial ont temporairement suspendu l’envoi de leurs navires en mer Rouge, menaçant ainsi de fermer une voie commerciale clé pour les importations et les exportations israéliennes en provenance d’Extrême-Orient et leur passage vers l’Europe.

Depuis le début de la guerre entre Israël et le groupe terroriste du Hamas le 7 octobre, les Houthis, également connus sous le nom d’Ansar Allah, ont multiplié les attaques de drones et de missiles contre des navires liés ou affiliés à Israël en mer Rouge. Le groupe militant armé qui contrôle la majeure partie du nord du Yémen s’est déclaré membre de ce qu’ils nomment « l’axe de la résistance » contre Israël qui est constitué de groupes affiliés à l’Iran.

En signe de solidarité et de soutien au Hamas, les Houthis du Yémen, supplétifs de l’Iran, ont menacé ces derniers jours d’attaquer tout navire appartenant à Israël ou se rendant dans l’un des ports du pays, jusqu’à ce qu’Israël mette fin à la guerre.

Cette menace a contraint deux autres importantes compagnies maritimes, Mediterranean Shipping Company et CMA CGM, de ne plus emprunter le couloir maritime égyptien de la mer Rouge et du canal de Suez depuis samedi, compromettant ainsi le commerce international d’Israël ainsi que le commerce mondial.

Le géant danois du transport maritime Maersk et la compagnie allemande Hapag-Lloyd avaient déjà annoncé des décisions similaires vendredi, après qu’un missile balistique tiré par des Houthis a touché un cargo en mer Rouge, près du détroit stratégique de Bab el-Mandeb.

Les porte-conteneurs en provenance d’Extrême-Orient et à destination d’Israël devront désormais emprunter une route 40 % plus longue en passant par l’Afrique et le cap de Bonne-Espérance, ce qui allongera le délai d’expédition des marchandises de deux à quatre semaines et augmentera les coûts par navire de près d’un million de dollars.

Le navire « Galaxy Leader » battant pavillon des Bahamas aurait été détourné par les Houthis basés au Yémen le 19 novembre 2023. (Crédit : William J Leach Jr/VesselFinder utilisé conformément à la clause 27a de la loi sur les droits d’auteur)

Les coûts qui en résultent augmenteront le prix des marchandises pour les importateurs et seront répercutés sur les consommateurs sous la forme de prix plus élevés. Depuis le début de la guerre, les navires qui se rendent en Israël ont déjà des coûts de transport plus élevés, puisqu’ils doivent payer une prime supplémentaire pour risque de guerre, prélevée par les assureurs maritimes.

Cette situation est extrêmement inquiétante pour Israël, car le fret aérien n’est pas envisageable, que 99 % des marchandises sont importées par voie maritime et que le commerce avec l’Asie a explosé.

« Le centre de gravité de l’économie se déplace clairement vers les pays d’Extrême-Orient et, de ce fait, le commerce d’Israël avec ces pays a lui aussi augmenté, représentant 25 % des exportations et des importations israéliennes », a indiqué le professeur Shaul Chorev, contre-amiral à la retraite de la marine israélienne et directeur du centre de recherche sur la politique et la stratégie maritimes de l’université de Haïfa. « En raison des attaques, bien que la plupart des porte-conteneurs soient à destination des principaux ports israéliens d’Ashdod et de Haïfa, il n’y a pratiquement plus d’activité dans le port israélien d’Eilat, sur la mer Rouge ».

Les importations israéliennes de marchandises, hormis les diamants, ont atteint en octobre un total de 17,5 milliards de shekels. Près de 49 % des importations provenaient de pays européens et 25 % de pays asiatiques, selon les données du Bureau central des statistiques (CBS). Les importations en provenance de l’Extrême-Orient, principalement de Chine, comprennent des équipements pour des projets d’infrastructure et de construction, des produits de consommation et des biens commandés via des sites web chinois tels qu’Ali Express, ainsi que des produits électroniques et, ces dernières années, des véhicules fabriqués en Chine.

« Environ 30 % des importations israéliennes transitent par la mer Rouge sur des porte-conteneurs réservés deux à trois mois à l’avance et transportant des produits de consommation et autres, ce qui signifie que si le transport devait durer plus longtemps, les importations de produits ayant une durée de conservation de deux à trois mois en provenance d’Extrême-Orient n’auraient plus aucun intérêt », a expliqué Yoni Essakov, qui siège au comité exécutif de la Chambre israélienne de la marine marchande. « Les importateurs devront augmenter leurs stocks en raison de l’incertitude et payer des prix beaucoup plus élevés, tandis que d’autres perdront des affaires parce que le délai de mise sur le marché n’est pas compétitif. »

Le professeur Shaul Chorev, qui dirige le centre de politique maritime et de recherche stratégique à Tel Aviv, lors d’une conférence qui a eu lieu au centre Peres de Tel Aviv. (Autorisation)

Selon Chorev, compte tenu des menaces accrues en matière de sécurité, les compagnies maritimes risquent à l’avenir de renoncer complètement à venir en Israël ou de se diriger vers d’autres centres ou ports proches d’Israël, tels que Chypre ou la Grèce, pour décharger les marchandises destinées à Israël, qui devront ensuite être manutentionnées par des navires plus petits avant d’atteindre leur destination finale.

La compagnie Orient Overseas Container Line (OOCL), basée à Hong Kong, a annoncé samedi qu’elle « cessera d’accepter des cargaisons à destination et en provenance d’Israël avec effet immédiat et jusqu’à nouvel ordre », en raison de problèmes opérationnels.

« Et si d’autres compagnies maritimes décidaient de contourner le marché israélien pour le moment ou si les compagnies d’assurance refusaient d’assurer les navires traversant la mer Rouge, cela pourrait se révéler dramatique pour l’économie israélienne », a affirmé Essakov, qui est également directeur général de la compagnie israélienne de transport maritime de marchandises Coral Maritime Services Ltd.

Les retombées économiques de la multiplication des attaques des Houthis en mer Rouge ne sont pas seulement un problème israélien. La mer Rouge relie l’Europe et l’Asie et est connectée à la mer Méditerranée par le canal de Suez. Ainsi, toute perturbation affectera également le commerce européen et risque d’interrompre l’approvisionnement mondial en pétrole. Actuellement, 12 % du commerce mondial passe par la mer Rouge, selon la Chambre internationale de la marine marchande.

Essakov et Chorev ont appelé le gouvernement israélien à remédier à cette situation urgente en collaboration avec la communauté internationale dans le cadre d’une coalition multinationale avec les États-Unis et les alliés européens dans le but de protéger les navires.

Qualifiant les récentes attaques des Houthis de « violation flagrante du droit international », la Chambre internationale de la marine marchande a appelé vendredi « les États ayant une influence dans la région [à] œuvrer pour mettre fin aux agissements des Houthis qui attaquent les marins et les navires marchands, et pour désamorcer ce qui constitue désormais une menace extrêmement grave pour le commerce international ».

Yoni Essakov, directeur-général de la société israélienne de transport maritime de marchandises Coral Maritime Services Ltd. et directeur de la Chambre israélienne de la marine marchande. (Autorisation)

Au-delà du commerce mondial, la décision de contourner le canal de Suez aura également des répercussions sur d’autres pays de la région, et frappera en particulier de plein fouet l’économie égyptienne en difficulté, car les droits d’utilisation du canal représentent 12 milliards de dollars de recettes par an, selon Ronni Shaked, de l’Institut Truman de l’Université hébraïque de Jérusalem.

« Il s’agit là d’un problème économique majeur, qui nécessite la formation d’une coalition internationale pour protéger cette route commerciale vitale et sauvegarder le principe international de la liberté de navigation », a souligné Shaked. Cette décision « souligne le risque pour cette artère vitale pour le commerce international du pétrole », assurent de leur côté les analystes de DNB Markets.

Les États-Unis, qui se sont montrés réticents à riposter militairement, seraient en train d’étudier les possibilités de représailles contre les Houthis au Yémen. Le conseiller américain à la sécurité nationale, Jake Sullivan, s’est rendu à Abou Dhabi vendredi pour y rencontrer son homologue émirati, Tahnoun ben Zayed, afin de discuter de la guerre en cours à Gaza. Les deux hommes ont également abordé la question de la lutte contre les menaces que les Houthis font peser sur la libre navigation en mer Rouge. Un destroyer américain a détruit 14 drones samedi et le pétrole grimpait lundi, poussé par les inquiétudes sur ces difficultés d’approvisionnement par la route commerciale de la mer Rouge, couplées à la faiblesse du dollar.

Au moment de la publication de cette analyse, le géant britannique des hydrocarbures BP annonçait suspendre lui aussi tout transit en mer Rouge.

« Compte tenu de la détérioration de la situation sécuritaire du transport maritime en mer Rouge, BP a décidé de suspendre temporairement tous les transits via la mer Rouge », a indiqué le groupe dans une déclaration transmise à l’AFP.

« La sûreté et la sécurité de nos collaborateurs et de ceux qui travaillent en notre nom sont la priorité de BP », a ajouté l’entreprise, qui dit aussi que cette pause sera constamment réévaluée « en fonction des circonstances à mesure qu’elles évoluent dans la région ».

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