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Les autorités mexicaines inculpent 26 membres de la secte Lev Tahor

Certains membres font l'objet de graves accusations de nature sexuelle et risquent jusqu'à 20 ans de prison ; un garçon de 3 ans a été rendu à son père

Des membres de Lev Tahor se préparant à quitter leur QG dans l'est de Sarajevo, le 3 février 2022. (Crédit : Davorin Sekulic/Klix.ba)
Des membres de Lev Tahor se préparant à quitter leur QG dans l'est de Sarajevo, le 3 février 2022. (Crédit : Davorin Sekulic/Klix.ba)

Les autorités mexicaines ont fait une descente dans un complexe occupé par la secte juive extrémiste Lev Tahor le long de la frontière guatémaltèque et ont sauvé un garçon de trois ans dont le père avait échappé à la secte, a indiqué mardi le ministère des Affaires étrangères.

Le raid de vendredi a été mené dans la ville de Tapachula, dans le sud-est du Mexique, avec la participation de dizaines de membres des forces de l’ordre locales et de travailleurs sociaux. L’opération a été approuvée à la suite d’une enquête menée par les autorités mexicaines qui ont trouvé des preuves de l’implication de membres de la secte dans la traite d’êtres humains, de viol, de trafic de drogue et d’autres infractions graves.

Une équipe israélienne, engagée par des parents de certains des membres de la secte, est venue sur place, ainsi que le consul israélien Lior Batzov, qui a été envoyé pour s’assurer que les membres de la secte soient traités avec décence et que les enfants ne soient pas séparés de leurs parents, a rapporté le ministère des Affaires étrangères.

Le ministère des Affaires étrangères a indiqué dans un communiqué que 26 membres de la secte avaient été arrêtés par les autorités mexicaines, dont deux de ses dirigeants. Certains des membres risquent jusqu’à 20 ans de prison s’ils sont reconnus coupables par un tribunal mexicain.

Deux membres de la secte, recherchés par la police locale, ne se trouvaient pas dans l’enceinte de l’établissement au moment du raid et seraient partis deux jours plus tôt. Cinq autres membres ont été emmenés dans un centre de rétention administrative et devraient être expulsés du Mexique dans les prochains jours.

Le reste du groupe, qui détient des passeports israéliens, a jusqu’à présent refusé de retourner en Israël. Le ministère des Affaires étrangères a déclaré qu’il pensait que le Mexique accepterait d’expulser le groupe vers Israël, mais il a souligné qu’il tenterait d’éviter une confrontation violente et qu’il continuerait à essayer de convaincre les membres de la secte de rentrer en Israël de leur plein gré.

Le groupe restera sous la garde des autorités mexicaines pendant les quatre prochains jours, a indiqué le ministère, ajoutant que de la nourriture casher leur avait été fournie.

Le ministère des Affaires étrangères a déclaré qu’ils avaient reçu des « chambres propres » et étaient accompagnés par des travailleurs sociaux, alors que les médias mexicains ont rapporté qu’ils étaient détenus dans des conditions « inhumaines ».

Alors que le groupe est maintenu au Mexique pour l’instant, une exception a été faite. Un jeune garçon né au sein de la secte il y a trois ans a été rendu à son père. Ce dernier était un ancien membre du mouvement extrémiste qui avait essayé de sauver son fils depuis qu’il s’était échappé trois ans auparavant.

Des membres de la secte Lev Tahor se préparant à partir de l’aéroport international La Aurora à Guatemala City pour un voyage au Kurdistan irakien, en octobre 2021. (Autorisation)

Israël Amir et son fils ont finalement été réunis au cours du week-end et ont atterri mardi à l’aéroport Ben Gurion.

« Maintenant, je peux commencer à construire ma nouvelle vie de jeune père en Israël », a déclaré Amir dans une interview accordée à Uvda, une émission israélienne d’investigation et d’actualité de la Douzième chaîne.

« Depuis que j’ai réussi à m’échapper, je n’avais qu’un seul rêve : sauver mon fils de ce cauchemar », a-t-il ajouté.

« Je savais que je ne pourrais, en aucun cas, le laisser vivre au sein de cette secte qui applique des lois cruelles, qui contrôle, affame et contraint ses adeptes à une vie de misère. Mon rêve s’est réalisé le jour de Rosh HaShana », a-t-il ajouté.

Dans une publication sur Facebook en février, Amir a décrit sa vie antérieure dans la secte comme « dégradante et abusive ».

« En tant qu’adolescent, lorsque je faisais partie de la secte, on me disait toujours de me faire petit, que je ne valais rien. Ils m’ont pris mon enfance, mes amis, ma famille, et fondamentalement tout ce que j’avais. Mais il y a une chose qu’ils n’ont pas pu me voler : mon choix d’une vie meilleure, de ne pas m’en tenir à ce que les autres ont choisi pour moi », écrivait-il à l’époque.

La secte ultra-orthodoxe extrémiste a été fondée par le rabbin Shlomo Helbrans à Jérusalem dans les années 1980. Le groupe s’est enfui au Canada puis au Guatemala en 2014 après avoir fait l’objet d’une surveillance intense de la part des autorités canadiennes pour des allégations de maltraitance et de mariage forcé d’enfants. Le plus jeune des Helbrans a pris les rênes du groupe en 2017, quand son père s’est noyé au Mexique dans des circonstances mystérieuses.

Un groupe d’opposition, Lev Tahor Survivors, a évalué le nombre de membres de la secte entre 300 et 350 personnes.

Les mouvements, les machinations et les plans de Lev Tahor sont des plus obscurs. Plusieurs dizaines de membres du groupe se déplaçaient dans les Balkans au début de l’année. Certains membres du groupe antisioniste ont demandé l’asile politique en Iran en 2018. Des documents présentés à un tribunal fédéral américain en 2019 ont montré que les dirigeants de la secte avaient juré allégeance au chef suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei.

Le groupe a été décrit comme une secte et est souvent surnommé « les Talibans juifs », car les femmes et les filles de plus de trois ans doivent porter de longues robes noires qui couvrent l’ensemble de leur corps, ne laissant que leur visage exposé. Les hommes passent la plupart de leurs journées à prier et à étudier des portions spécifiques de la Torah. Le groupe adhère à une lecture extrême et idiosyncrasique des lois alimentaires de la casheroute.

Au début du mois, trois membres de la secte ont été condamnés par un tribunal fédéral américain pour leur rôle dans un enlèvement en 2018, dans le cadre d’une affaire qui avait déjà conduit à l’éclatement du groupe et à l’emprisonnement de la plupart de ses dirigeants.

Luke Tress a contribué à cet article.

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