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Un homme ayant échappé à Lev Tahor retourne au Guatemala à la recherche de son fils

Alors que les dirigeants de la secte cherchaient à déplacer le groupe en Iran, Israël Amir et une équipe d'anciens agents du Shin Bet ont parcouru le monde à la recherche du garçon

Israel Amir interviewé par Uvda, la Douzième chaîne, dans un reportage diffusé le 30 décembre 2021. (Crédit : capture d'écran/Channel 12)
Israel Amir interviewé par Uvda, la Douzième chaîne, dans un reportage diffusé le 30 décembre 2021. (Crédit : capture d'écran/Channel 12)

Un homme de 22 ans, réchappé d’une secte ultra-orthodoxe et anti-sioniste au Guatemala, lutte depuis plusieurs années pour extraire son fils âgé de deux ans des mains des dirigeants du groupe extrémiste.

Israël Amir a réussi à s’échapper de la secte Lev Tahor alors qu’il était retranché dans une forêt du Guatemala il y a deux ans.

Le groupe a été décrit comme une secte et est souvent surnommé le « Taliban juif », car les femmes et les filles de plus de trois ans doivent porter de longues robes noires qui couvrent l’ensemble de leur corps, ne laissant que leur visage exposé. Les hommes passent la plupart de leurs journées à prier et à étudier des portions spécifiques de la Torah. Le groupe adhère à une lecture extrême et idiosyncrasique des lois alimentaires de la casheroute.

Lev Tahor a été fondé par le rabbin Shlomo Helbrans à Jérusalem dans les années 1980. Le groupe s’est enfui au Canada puis au Guatemala en 2014 après avoir fait l’objet d’une surveillance intense de la part des autorités canadiennes pour des allégations de maltraitance et de mariage forcé d’enfants.

En novembre, deux dirigeants du groupe, Nachman Helbrans et Mayer Rosner, ont été condamnés par un tribunal fédéral de New York pour exploitation sexuelle d’enfants et enlèvement dans une affaire impliquant une famille qui s’est échappée de la secte.

Avant de quitter la secte, Amir a filmé une vidéo dans laquelle il décrit la brutalité des dirigeants, le manque de nourriture et les conditions extrêmes du complexe. Il a envoyé la vidéo à ses cousins en Israël qui ont pris l’avion pour le Guatemala et l’ont aidé à partir. Depuis, il s’est réhabitué à la vie en Israël, loin de la secte.

Il y a un an, cependant, Amir a décidé de retourner au Guatemala afin de sauver son jeune enfant, qui est toujours détenu par Lev Tahor.

L’émission d’investigation Uvda, diffusée sur la Douzième chaîne, a suivi Amir dans son périple et a publié jeudi un reportage spécial révélant des détails jamais connus auparavant sur le mode de fonctionnement de Lev Tahor.

Après avoir fait appel à plusieurs membres de la Knesset, sans succès, Amir a réussi à recruter un ancien officier supérieur du Shin Bet, Eshel Armoni, pour l’aider à extraire son fils de deux ans.

Israel Amir, survivant de la secte Lev Tahor, peu après son évasion. (Crédit : capture d’écran/Channel 12)

Armoni a également recruté plusieurs anciens collègues pour se joindre à l’effort. Ils se sont rencontrés en janvier dernier pour discuter de leur plan, Armoni avertissant Israël Amir et les autres participants qu’il ne s’agirait pas d’une opération spectaculaire, car leurs capacités étaient limitées.

Armoni a d’abord envoyé Danny Limor, un ancien agent du Shin Bet qui parle couramment l’espagnol, au Guatemala afin de recueillir des renseignements sur la secte.

À son arrivée, Limor a trouvé un complexe lourdement gardé par des caméras de sécurité et un mirador. Il s’est fait passer pour un homme d’affaires cherchant à installer des panneaux solaires sur le site, mais les dirigeants de Lev Tahor lui ont refusé l’entrée.

Après avoir échoué à accéder au complexe, Armoni a fait appel à un groupe de membres Habad bien informés des États-Unis qui ont accepté de l’aider dans sa démarche.

Ils ont réussi à s’infiltrer dans l’enceinte et à filmer une vidéo de l’un des principaux dirigeants de Lev Tahor, un ancien membre du groupe national de jeunes religieux Bnei Akiva en Israël. Le dirigeant, Uriel Goldman, a déclaré que le groupe ne pouvait plus rester au Guatemala en raison de la répression gouvernementale de ses activités et que sa prochaine destination serait le Kurdistan irakien. De là, l’objectif serait d’entrer dans la République islamique d’Iran.

Peu de temps après, les dirigeants de Lev Tahor ont adressé une lettre au Guide suprême iranien, Ali Khamenei, dans laquelle ils écrivaient : « Ceci est une déclaration d’allégeance et de reddition et une demande de coopération contre le régime sioniste. Au nom du mouvement Lev Tahor, nous demandons l’asile et la protection de la liberté religieuse de nos membres. »

L’été dernier, Armoni a reçu des informations selon lesquelles la secte se préparait à son transfert au Kurdistan. Les dirigeants de Lev Tahor ont été aperçus en train de remplacer leurs vêtements traditionnels par des robes brunes qui leur permettraient de mieux se fondre dans la masse en Irak. À ce moment-là, Armoni décide qu’il doit s’envoler immédiatement pour le Guatemala, avec Amir, convaincu que si la secte parvient à quitter le pays, il sera beaucoup plus difficile de les arrêter ou de récupérer le fils d’Amir.

Le fils d’Israël Amir. (Capture d’écran/Douzième chaîne)

Lev Tahor compte de nombreux Israéliens, dont certains ont servi dans Tsahal, et bien que la secte déclare désormais que l’État d’Israël est son ennemi, cela ne suffira peut-être pas à les mettre à l’abri en Iran, craint Armoni.

Peu avant leur arrivée, les partenaires américains d’Armoni ont réussi à obtenir un film sur les conditions de vie difficiles dans le complexe, où les enfants étaient complètement négligés et parfois gardés dans des cages. Les agents ont également réussi à prendre une photo récente du fils d’Amir.

Les agents américains ont également découvert que les dirigeants de Lev Tahor avaient donné pour instruction à toutes les mères d’assassiner leurs enfants et de se suicider en cas de descente des autorités guatémaltèques. Les femmes de la secte ont même reçu un cours sur la façon d’égorger leurs jeunes enfants si la directive était donnée.

Deux semaines plus tard, Armoni a reçu de nouveaux renseignements selon lesquels les dirigeants de Lev Tahor avaient ordonné à deux bus de faire sortir du pays le premier groupe de femmes et d’enfants.

Les autorités guatémaltèques ont réussi à leur barrer la route avant qu’ils n’arrivent à la frontière. Armoni et Amir se sont rendus sur place dans l’espoir que le fils de ce dernier se trouve parmi les enfants à bord. Ils ne l’ont cependant pas repéré.

Armoni et son équipe ont fait plusieurs autres tentatives pour localiser le garçon, mais en vain. Amir est finalement rentré en Israël sans son fils. Cependant, il a déclaré à Uvda qu’il ne se décourageait pas.

« La bataille n’est pas terminée. Au final, le gouvernement se réveillera et aidera à ramener les enfants à la maison… Cela finira par arriver. Nous allons continuer à nous battre pour que cela se produise. Je n’abandonnerai pas », a-t-il déclaré.

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