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Les députés appellent à la publication de l’enquête sur les enfants yéménites

"L'enlèvement d'enfants est comme une plaie ouverte qui refuse de cicatriser même après des décennies", a déclaré la député Idit Silman

Les Israéliens manifestent lors de la journée de commémoration de l'Affaire des enfants yéménites à Jérusalem, le 31 juillet 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Les Israéliens manifestent lors de la journée de commémoration de l'Affaire des enfants yéménites à Jérusalem, le 31 juillet 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La réunion de la commission de la santé de la Knesset lundi a été mouvementée. Lors d’une discussion sur une enquête non publiée du ministère de la Santé, qui fait allusion à des actes répréhensibles du personnel soignant dans l’affaire dite « des enfants yéménites », des députés ont appelé à ce que les conclusions soient publiquement révélées.

Au cours de la réunion de la commission, un conseiller juridique du ministère de la santé a soulevé le fait que l’enquête de l’ancien directeur général adjoint du ministère, le professeur Itamar Grotto, qui indiquait l’implication du personnel soignant dans de mauvais traitements infligés aux enfants du Yémen, d’Afrique du Nord et des Balkans au cours des années 50, n’a pas été publiée.

Le conseiller juridique, Meir Broder, a soutenu les critiques du professeur Shifra Schwartz, chercheur en histoire de la médecine, qui a nié les conclusions de Grotto sur l’implication potentielle du personnel soignant. Le déni de Broder du rapport de Grotto a fait rage.

Depuis les années 1950, plus de 1 000 familles, principalement des immigrants du Yémen, mais aussi des dizaines en provenance des Balkans, d’Afrique du Nord et d’autres pays du Moyen Orient, ont affirmé que leurs enfants avaient systématiquement été enlevés dans des hôpitaux israéliens et donnés à l’adoption, parfois à l’étranger.

« L’enlèvement d’enfants est comme une plaie ouverte qui refuse de cicatriser même après des décennies », a déclaré la présidente de la commission, la député Idit Silman. « Une société saine est une société qui sait s’analyser et remonter à la source de la vérité ».

Au niveau officiel, on explique que les enfants sont morts des suites de soins médicaux. Les familles n’y croient pas et affirment que les enfants ont été donnés à des couples stériles, originaires d’Europe. Bien que les enquêtes précédentes aient démenti les enlèvements massifs, ces suspicions perdurent, aggravant encore plus la fracture entre les Juifs ashkénazes et ceux d’origine orientale.

« En tant que professionnels de la santé, nous devons réfléchir à la manière dont nous abordons la question et nous excuser auprès des familles ; voir comment nous pouvons empêcher ceci de se reproduire », a déclaré Grotto lors de l’audience. Il a déclaré que les mêmes questions concernant les immigrants d’Éthiopie subsistent et que le problème n’est pas encore résolu.

« Il est donc encore plus important d’en parler », a déclaré Grotto. « In fine, il y a, en la matière, un élément raciste… La principale recommandation de l’enquête est d’avoir une discussion ouverte, pour permettre à toutes les parties prenantes d’y participer, afin que nous puissions poursuivre la discussion. Nous devons clore ce dossier ».

Itamar Grotto, directeur général adjoint du ministère de la Santé, s’exprime lors d’une conférence de presse sur le coronavirus, le 29 mai 2020. (Crédit: Capture d’écran : Facebook)

Le conseiller juridique a déclaré que le rapport, rédigé à la fin du mandat de Grotto en 2021 en tant que directeur général adjoint du ministère de la Santé, n’a pas été publié car il a soulevé des questions du ministère qui nécessitaient une enquête plus approfondie.

« Aujourd’hui, tout le monde a pris connaissance de cette affaire », a déclaré Keren Barak, député du Likud, lors de l’audience. « Nous n’abandonnerons pas tant que la vérité n’aura pas été révélée. Le temps est venu pour le ministère de la Santé d’assumer l’entière responsabilité de son rôle dans cette affaire, et pour l’État d’Israël de reconnaître l’horrible injustice faite à des milliers de familles du Yémen, du Moyen Orient et des Balkans. »

L’ancienne député Nurit Koren, qui a dirigé un lobby pour l’affaire des enfants yéménites, a plaidé en faveur de la publication du rapport.

« Il est temps pour les familles d’accepter la vérité », a-t-elle déclaré lors de la réunion. « Dès 2018, nous avons révélé l’implication du personnel soignant – ils ont utilisé les enfants à des fins de recherche sans obtenir l’autorisation des parents, ils sont devenus des déchets biologiques et il n’y avait rien à enterrer….. Le temps est venu, il existe une enquête du ministère de la Santé mais qui n’est pas publiée. Ceci est une honte pour l’État d’Israël. L’enquête doit être publiée même si cela ne sera pas dans l’intérêt des médecins de l’époque. »

Le ministère de la Santé a déclaré dimanche qu’il se préparait à ouvrir la semaine prochaine la tombe d’un bébé décédé en 1952 afin de confirmer à la famille, originaire de l’immigration yéménite, que l’enfant est bien enterré là et qu’il ne leur a pas été enlevé il y a 64 ans.

En février 2021, le gouvernement précédent avait approuvé un programme de compensation de 162 millions de shekels (près de 50 millions de dollars) pour la question des enfants yéménites.

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