Israël en guerre - Jour 138

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Les divisions partisanes resurgissent sur la question des otages

L'hostilité à l'égard de Netanyahu est palpable lors d'un rassemblement de solidarité qui, rappellent les organisateurs, est non-partisan ; des contre-manifestants de droite affirment que rien ne doit faire obstacle à l'offensive militaire

Eyal Lahiani, à droite, parle lors d'un rassemblement à Tel Aviv avec une manifestante, qui contrairement à lui favorable à la conclusion d'un accord avec le Hamas portant sur un échange de prisonniers, le 16 décembre 2023.  (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)
Eyal Lahiani, à droite, parle lors d'un rassemblement à Tel Aviv avec une manifestante, qui contrairement à lui favorable à la conclusion d'un accord avec le Hamas portant sur un échange de prisonniers, le 16 décembre 2023. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)

Sur un trottoir, en face du bâtiment de la Kirya, le quartier-général de Tsahal à Tel Aviv, Meirav Leshem Gonen a dressé une tente avec d’autres proches d’Israéliens retenus en captivité à Gaza.

« Nous dormirons ici ce soir et toutes les nuits qu’il faudra jusqu’à ce que l’on cesse de nous ignorer », déclare au Times of Israel Gonen dont la fille, Romi, est retenue en captivité par le Hamas, dans la soirée de samedi.

Un campement qui est « un dernier recours », ajoute Jimmy Miller, dont la cousine, Shiri Bibas, a été kidnappée au Kibboutz Nir Oz par les hommes armés du groupe terroriste avec ses deux enfants, âgés de 4 ans et de dix mois. « Notre message aurait déjà dû être compris par le biais de nos communications. Aujourd’hui, nous n’avons aucune autre alternative que l’usage de la force pour nous faire entendre », s’exclame-t-il alors qu’il monte sa propre tente.

Miller et Leshem Gonen font partie du Forum des otages et des familles des portés-disparus – qui s’est engagé à camper devant la Kirya jusqu’à ce que le cabinet de guerre présente enfin le cadre d’un accord avec le Hamas qui permettrait aux otages d’être remis en liberté, sans doute en échange de la libération de terroristes incarcérés en Israël ayant du sang sur les mains.

Ce sont des centaines de personnes qui sont venues au camp pendant le rassemblement de solidarité hebdomadaire avec les captifs, à Gaza. Elles ont manifesté devant la Kirya, certains appelant à un cessez-le-feu pour faciliter la mise en place d’un accord.

Ce campement est « une escalade dans nos interventions », selon le Forum, un groupe de parents d’otages qui fait la promotion d’un nouvel accord avec le Hamas. La mort de trois otages, vendredi, accidentellement tués par des soldats israéliens, montre que la seule action militaire n’aidera pas à garantir que les Israéliens qui sont encore détenus à Gaza seront relâchés, affirme l’organisation.

Meirav Leshem Gonen, monte une tente aux abords du siège de Tsahal, la Kirya, à Tel Aviv, le 16 décembre 2023.(Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)

Il resterait environ 128 otages à Gaza – tous ne sont pas en vie. Pendant une trêve qui a duré une semaine, à la fin du mois de novembre, 105 captifs ont recouvré la liberté. Quatre avaient déjà été libérés et une captive, une soldate, avait été secourue par l’armée. Les dépouilles de huit otages ont aussi été rapatriées et trois Israéliens sont morts, tués par les militaires – un accident. L’armée israélienne, de son côté, a confirmé que 21 otages qui se trouvent encore dans les geôles du Hamas n’étaient plus en vie, citant de nouveaux renseignements et des informations obtenues par les soldats, sur le terrain.

Les membres du Forum des Familles des otages et des portés-disparus ne sont pas les seuls à perdre patience.

Samedi, pour le toute première fois, les opposants à un accord avec le Hamas ont organisé leur propre rassemblement face au camp dressé par les proches, entonnant des slogans s’opposant à « la reddition face au Hamas » et affirmant que seule une guerre militaire sans compromis contre le groupe terroriste permettra de libérer les otages par la force. Ils excluent, pour leur part, toute possibilité d’accord.

Et pour la toute première fois, dans ce contexte de guerre, les deux manifestations ont été l’occasion d’assister à des scènes qui ont rappelé les clivages entre droite et gauche qui avaient polarisé la société israélienne avant qu’ils ne soient poussés à la marge par le traumatisme de la guerre qui a éclaté, le 7 octobre. Des divisions qui ont paru refaire surface alors que les Israéliens se heurtent aux limites de l’action militaire à Gaza.

Le rabbin Aviad Gadot s’exprime lors d’un rassemblement à Tel Aviv contre un échange de prisonniers avec le Hamas, le 16 décembre 2023. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)

Le rabbin Aviad Gadot, farouchement opposé à un échange de prisonniers, a pris la tête des manifestants réfractaires à toute idée d’accord avec le Hamas. Il fustige les protestataires du Forum, « une poignée de gens » qui sont venus « pour des raisons partisanes », affirme-t-il. Il ajoute : « Nous ne permettrons à personne, même pas au président américain Joe Biden ou aux pressions internationales, de faire obstacle à l’armée israélienne qui est en train de vaincre les ennemis d’Israël ».

Un rassemblement d’opposants à un accord qui attire l’attention de l’autre partie, qui s’est réunie aux abords du campement, de l’autre côté de la route Begin. Des participants s’approchent en criant  » Honte à vous ! » et « Netanyahu, rentre chez toi ! ». La police sépare les deux groupes mais les manifestants des deux côtés cherchent le contact, en utilisant une rhétorique de plus en plus partisane.

« Bibi et Sinwar sont de mèche depuis 15 ans, vous vous moquez de moi ?!, s’exclame à voix forte un homme favorable à un accord en s’adressant à Eyal Lahiani, un contre-manifestant originaire de Beit Shemesh. Une référence faite à la politique qui avait été adoptée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu à l’égard du Hamas et de son chef, Yahya Sinwar – une politique du « diviser pour mieux régner » qui aurait permis au groupe terroriste de la bande de Gaza de se renforcer alors que le chef de gouvernement de longue date cherchait à affaiblir le parti rival du Hamas, le Fatah, qui dirige l’Autorité palestinienne.

Les proches des otages à Gaza lors d’une marche de solidarité à Tel Aviv, le 16 décembre 2023. (Autorisation : the Hostages and Missing Families Forum)

« Votre haine de Bibi vous rend aveugle ! Comment est-ce qu’on peut vous prendre au sérieux après une déclaration pareille ? », riposte Lahiani sur le même ton.

Samedi en début de soirée, l’animosité à l’égard du gouvernement était palpable dans les rangs des plusieurs milliers de personnes qui prenaient part au rassemblement hebdomadaire de solidarité, dont sont sortis les familles des otages et des centaines de protestataires pour installer le camp.

Le slogan « Honte ! » s’élève de la foule en réponse à un discours prononcé par Udi Goren dont le cousin, Tal Chaimi, aurait été enlevé à Nir Yitzhak et aurait été tué alors qu’il était en captivité. Ce slogan, emblématique du mouvement de protestation des opposants à Netanyahu et au projet de réforme du système judiciaire qui était avancé par son gouvernement, vient sanctionner l’appel lancé par Goren à déclarer un cessez-le-feu.

Tal Chaimi, et son épouse Ella, a été capturé par des terroristes du Hamas, au kibboutz Nir Yitzhak, le 7 octobre 2023. (Autorisation)

« Les combats ne peuvent pas libérer les otages, ça les met en danger. Et ça les tue », explique Goren. S’adressant à Netanyahu, il ajoute : « Seul un accord préviendra des morts inutiles. »

La campagne militaire à Gaza a commencé après que 3 000 terroristes du Hamas ont franchi la frontière séparant la bande de Gaza de l’État juif, le 7 octobre, semant la désolation dans le sud d’Israël. L’attaque avait fait 1 200 morts du côté israélien, en majorité des civils, et les hommes armés avaient enlevé 240 personnes, prises en otage au sein de l’enclave côtière.

L’audience répond à plusieurs occasions à l’évocation du nom de Netanyahu par des huées et par les cris de « Honte ! ». Ce qui amène l’un des organisateurs à interrompre le rassemblement, demandant aux participants de se maîtriser : « Nous ne faisons pas de politique, ici ».

Ruby Chen, le père de l’otage israélien Itay, retenu en captivité dans la bande de Gaza depuis le massacre du 7 octobre commis par le Hamas, montre un sablier lors d’une déclaration faite aux médias à Tel Aviv, le 16 décembre 2023. (Crédit : Yair Sagi)

Lors de la manifestation, de multiples intervenants confient leur angoisse pour leurs parents, leurs amis qui sont détenus à Gaza – et la manière dont leur anxiété ne fait que s’accroître avec la diffusion de chaque nouveau nom d’otage dont la mort a été confirmée. « Nous avons l’impression de jouer à la roulette russe : Qui seront les prochains à apprendre la mort de leur proche ? », dit Ruby Chen, le père d’Itay, un soldat âgé de 19 ans, qui figure parmi les captifs.

Il déplore l’inaccessibilité présumée des ministres du cabinet de guerre. Ruby Shen, qui est un ressortissant israélo-américain et qui a rencontré le président Joe Biden, tentant d’obtenir la remise en liberté de son fils, a indiqué lors d’une conférence de presse, avant la manifestation, que s’entretenir avec Biden était « plus facile » que de s’entretenir avec le cabinet de guerre.

Dans la foule, la méfiance face au gouvernement se mêle au chagrin entraîné par la mort de trois otages à Gaza – donnant naissance à un sentiment qu’une manifestante, Sue Newman, une femme qui habite Rishon Lezion, résume par ces mots : « C’est le désespoir absolu ».

Sue Newman visite la Place des Otages à Tel Aviv, le 24 novembre 2023. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)

« Bibi a presque lancé une guerre civile dans ce pays. Presque. Aujourd’hui, il nous oblige à mener une guerre parce qu’il n’a su que s’inquiéter de ses propres arrières, de sa position au Parlement et de la position de sa coalition, en se moquant totalement du pays », dit-elle.

Mais la colère nourrie à l’encontre du gouvernement n’est pas la principale raison pour laquelle Newman, professeure d’anglais née à Londres et grand-mère de dix petits-enfants, est venue au rassemblement. Elle s’y est rendue avant tout pour afficher son soutien aux familles des captifs après la mort accidentelle des trois otages, indique-t-elle.

« J’avais besoin de venir pour donner et pour recevoir », déclare-t-elle au Times of Israel. « En venant, vous offrez votre soutien et vous ressentez la force de l’espoir, la force du soutien qui se dégage de la foule. Je suis tellement heureuse d’être venue parce que je me sens tellement mieux maintenant ».

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