Les efforts de Ben Shapiro pour lutter contre l’antisémitisme de droite suscitent une forte opposition
La confrontation survenue à la convention Turning Point USA illustre comment les Juifs et Israël sont devenus des lignes de fracture dans la politique conservatrice américaine

JTA — Au premier jour de l’AmericaFest, la convention de l’organisation conservatrice Turning Point USA (TPUSA) à Phoenix, Ben Shapiro s’en est pris à une série de personnalités de droite qu’il a qualifiées de « fraudeurs et d’escrocs ».
Shapiro a ainsi cité Candace Owens, Tucker Carlson, Megyn Kelly et Steve Bannon, qu’il a qualifiés de « charlatans qui prétendent parler au nom des principes, mais qui se livrent en réalité à la conspiration et à la malhonnêteté ».
Ensemble, a-t-il affirmé jeudi, ils représentent un danger pour le mouvement conservateur.
Shapiro poursuivait ainsi l’attaque qu’il avait lancée en début de semaine lors d’un discours à la Heritage Foundation, un bastion du conservatisme plongé dans la tourmente après que son président a soutenu Carlson, qui avait invité Nick Fuentes, négationniste de la Shoah et antisémite déclaré, dans son podcast.
Juif orthodoxe et fervent partisan d’Israël, ce commentateur conservateur américain mène une campagne publique pour dénoncer l’antisémitisme et ses partisans au sein de son propre parti, celui des Républicains.
Cette campagne intervient alors que la jeune garde du parti républicain est de plus en plus opposée par le soutien américain à Israël, à la suite de la guerre menée par l’État juif contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza.
Les théories du complot sur les Juifs et sur Israël se sont multipliées dans les milieux de la jeunesse de droite, à tel point que Shapiro, qui a longtemps préféré se concentrer sur les questions conservatrices liées à la guerre culturelle, a choisi de miser son avenir sur leur éradication.
« Si vous invitez un défenseur d’Hitler, un nazi et un anti-américain comme Nick Fuentes », a déclaré Shapiro à la foule de l’AmericaFest, « si vous invitez cette personne dans votre émission et que vous lui léchez les bottes, vous devez en assumer la responsabilité ». Shapiro a utilisé un terme familier de la génération Z pour faire allusion à l’interview de Carlson avec Fuentes, critiquant également d’autres rivaux pour avoir promu des théories du complot liant Jeffrey Epstein à l’agence de renseignement du Mossad.
Cependant, le discours de Shapiro n’a pas été bien accueilli par tout le monde. Une grande partie de l’énergie déployée lors de l’AmericaFest, un événement organisé par TPUSA dans le contexte du meurtre choquant de son fondateur, Charlie Kirk, en septembre, semblait soutenir les personnalités qu’il visait, dont plusieurs, comme Carlson, ont également pris la parole.
« Entendre des appels à la censure et à la dénonciation lors d’un événement organisé par Charlie Kirk, je me suis dit : ‘Quoi ? C’est hilarant' », a déclaré Carlson dans son propre discours.
Il a également pris le temps de défendre ses opinions sur les Juifs.
« Je ne suis pas antisémite pour une raison bien précise. Ce n’est pas parce que c’est impopulaire, ni parce que mes donateurs n’aiment pas ça. Si je ne suis pas antisémite, c’est parce que l’antisémitisme est immoral dans ma religion. »
Carlson n’a pas été le seul à afficher son mépris pour le cofondateur du média Daily Wire, qui était pourtant considéré comme un faiseur de tendance pour la jeune droite depuis des années.
Steve Bannon, dans un discours où il a également appelé à « rechristianiser l’Amérique » et s’est moqué du récent meurtre du réalisateur juif et critique du président américain Donald Trump, Rob Reiner, a qualifié Shapiro de « cancer » du conservatisme. Trump a aussi commenté la mort de Reiner, provoquant une indignation au sein du pays.
Owens, l’ancienne protégée de Shapiro, a pour sa part affirmé : « Va te faire f***, Ben Shapiro. » Un commentaire qu’elle a publié sur sa chaîne YouTube, où elle promeut de graves théories du complot selon lesquelles Israël serait impliqué dans l’assassinat de Kirk.
Interrogée par Vanity Fair lors de la conférence, Kelly n’a pas hésité à remettre Shapiro à sa place. L’ancienne présentatrice de Fox News l’a accusé de se préoccuper excessivement d’Israël et a déclaré que lui et Bari Weiss, la rédactrice en chef juive de CBS News, récemment critiquée après avoir retiré un reportage de « 60 Minutes » qui donnait une mauvaise image de l’administration Trump, alimentaient eux-mêmes l’antisémitisme.
« Tucker ne crée pas d’antisémites. Ce sont eux qui en créent », a estimé Kelly, qui est une amie de Carlson, au magazine Vanity Fair.
Kelly a ensuite décrit Shapiro et Weiss comme appartenant à « ce groupe très bruyant d’activistes pro-Israël qui tentent de faire de ces positions un test décisif pour savoir si l’on peut, ou non, se qualifier de conservateur. Rien ne leur permet de faire ça ».
Elle a également désigné Shapiro en utilisant l’expression « Israël d’abord », ajoutant : « Je suis désolée, mais son comportement a prouvé que cette accusation était fondée. Pourquoi diviser le mouvement conservateur américain – qui était en train de se souder, de plus en plus, après la mort de Charlie – à propos d’Israël ? »
D’autres participants à la conférence, interrogés par Vanity Fair, ont indiqué qu’ils préféraient se ranger du côté des opposants à Shapiro. Certains se montraient même heureux de débattre des mérites d’Hitler entre les sessions…
Les efforts de Shapiro pour maintenir une ligne de démarcation ont par ailleurs des répercussions au plus haut niveau du gouvernement. Le vice-président américain, JD Vance, qui est un proche de Carlson et a également pris la parole lors de la conférence, s’est délibérément abstenu de dénoncer l’antisémitisme dans son discours.
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Au contraire, il a semblé combattre l’idée selon laquelle les conservateurs devraient excommunier quiconque en raison de ses opinions.
Cette confrontation survenue lors de l’AmericaFest est le dernier signe en date de la façon dont la nouvelle génération de conservateurs se détourne d’Israël tout en adoptant des discours antisémites.
Des influenceurs ouvertement antisémites comme Fuentes et Myron Gaines jouissent d’une popularité croissante au sein de la droite. Ce dernier a d’ailleurs participé à l’AmericaFest. Le podcasteur portait un pull sur lequel était imprimée une image du Cookie Monster au-dessus d’un four, avec la phrase « Let Em Cook » (Laissez-les cuire), un mème de droite se moquant des Juifs assassinés pendant la Shoah.
Real Freedom of Speech! pic.twitter.com/B7ibcVxP9P
— Walter Weekes (@freshceonetwork) December 20, 2025
Un récent groupe de discussion composé de conservateurs de la génération Z, organisé par le think tank conservateur The Manhattan Institute, a également révélé que plusieurs d’entre eux adhèrent à des opinions antisémites et pro-Hitler.
L’un d’eux a déclaré que les Juifs étaient « une force du mal », ajoutant : « Je ne vois pas pourquoi nous soutenons Israël. Je pense qu’Israël est un État très malfaisant. Le génocide à Gaza, le massacre de tous ces pauvres gens. Et la seule raison pour laquelle nous les soutenons vraiment, c’est parce qu’ils sont les plus gros donateurs. Nous avons l’AIPAC, et ce sont toutes des organisations dirigées par des Juifs. »
Interrogés sur leur opinion concernant Hitler, l’un des influenceurs a déclaré : « Pour être honnête, je pense que c’était un grand leader. » Un autre, qui s’est présenté comme « Juif de sang », a déclaré avoir lu Mein Kampf et avoir conclu : « Étrangement, je comprenais son point de vue quant à son désir d’améliorer la situation nationale de l’Allemagne. »
What a scumbag
Amrou Fudl (Myron Gaines)calls a pregnant Jewish woman a “fat fucking Jew” outside of @TPUSA event
He does this while wearing a top that mocks cooking Holocaust victims
America’s conservative has problems, these people are degenerates
pic.twitter.com/FuLRCj9ZZG— Kosher???? (@koshercockney) December 23, 2025
Les antécédents de discours antisémites continuent également de suivre plusieurs personnes nommées par Trump à des postes gouvernementaux de haut rang.
Cette semaine, Jewish Insider a rapporté qu’un candidat à un poste de haut rang au département d’État, Jeremy Carl, avait déclaré que « les Juifs ont souvent aimé jouer les victimes plutôt que d’accepter qu’ils sont des acteurs de l’Histoire », ajoutant que les Juifs ont une « impulsion religieuse déplacée » parce qu’ils « recherchent le Messie qui a en réalité déjà été trouvé ».
Il a également déclaré que les Juifs « aiment les Groypers », en référence au mouvement antisémite dirigé par Fuentes, car « ils discréditent quiconque poserait des questions à ce sujet ».
Carl, un Juif converti au christianisme, a été nommé au poste de secrétaire d’État adjoint aux organisations internationales, mais sa nomination a expiré à la fin de la session sénatoriale de cette année sans qu’il ait été officiellement nommé.
Par ailleurs, la députée Elise Stefanik, fervente partisane pro-Israël et du mouvement MAGA, qui avait fait de la lutte contre l’antisémitisme sur les campus l’une de ses causes principales, a annoncé qu’elle renonçait à se présenter au poste de gouverneur de l’État de New York. Elle ne briguera pas non plus un nouveau mandat au Congrès, laissant les Juifs conservateurs (et de nombreux Juifs centristes) avec un allié de moins à droite qui semblait avoir les faveurs de Trump.
Un schisme se dessine de plus en plus clairement au sein de la droite, avec les Juifs et Israël au centre de la fracture. De plus en plus d’intellectuels conservateurs quittent en effet la Heritage Foundation, un groupe de réflexion influent, en raison de la défense de Carlson par son fondateur. Plusieurs d’entre eux ont rejoint une nouvelle initiative lancée par l’ancien vice-président américain Mike Pence, un évangélique pro-Israël qui s’est opposé à Trump depuis son passage dans la première administration de ce dernier.
Tout cela mène à ce qu’Andrew Kolvet, un ami proche et associé de Kirk qui a repris de nombreuses fonctions au sein de TPUSA, notamment la présentation de l’émission éponyme de Kirk depuis le meurtre du fondateur, qualifie de nouveaux points de friction du mouvement conservateur : Israël et l’antisémitisme.
« Charlie se rendait dans certaines universités, et environ 50 à 60 % des questions portaient sur Israël », a récemment déclaré Kolvet à Ross Douthat du New York Times.
« Cela a été le cas pendant deux ans. »
« Les jeunes conservateurs remettent en question non seulement l’influence des lobbyistes pro-Israël comme l’AIPAC, mais aussi l’ensemble des relations entre les États-Unis et Israël. »
« Je pense qu’Israël est devenu un symbole dans la bataille autour de la question suivante : que signifie réellement « America First » ? », a ajouté Kolvet.
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