Les Etats-Unis, pièce maîtresse de l’empire de Patrick Drahi
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Les Etats-Unis, pièce maîtresse de l’empire de Patrick Drahi

Drahi, la troisième fortune de France, pourrait être "celui qui va consolider le câble américain" éclaté

Patrick Drahi, président de la chaîne d'information i24News. (Crédit : capture d'écran YouTube/BFM)
Patrick Drahi, président de la chaîne d'information i24News. (Crédit : capture d'écran YouTube/BFM)

Il est l’homme dont les faits et gestes sont en ce moment épiés dans le microcosme des télécoms aux Etats-Unis.

Le milliardaire franco-israélien Patrick Drahi a fait de la conquête du marché américain la pierre angulaire de son empire bâti à coups d’acquisitions.

Depuis le rachat en mai pour 9 milliards de dollars de Suddenlink, le septième câblo-opérateur américain, présent dans le Sud, il n’y a plus de doute sur les ambitions de cet entrepreneur de 52 ans.

A la tête d’Altice, un géant européen des télécoms et des médias, son portefeuille s’étend de Numericable-SFR, NextRadioTV, Libération et L’Express en France à Portugal Telecom en passant par la chaîne d’informations i24news en Israël.

Pour Jeffrey Wlodarczak, analyste chez Barclays, Drahi, troisième fortune de France, est « celui qui va consolider le câble américain » éclaté.

Les autres acteurs majeurs ont les mains liées.

Le premier câblo-opérateur Comcast est handicapé par sa taille car toute offensive de sa part soulèverait des problèmes de concurrence. Charter/Time Warner Cable/Bright House sont en train de fusionner.

La liste des cibles de l’homme d’affaires comprend, selon des sources bancaires, Verizon Communications FiOS, les activités du câble et de cuivre de l’opérateur télécoms Verizon qui sont évaluées à environ 34 milliards de dollars par l’analyste Michael Rollins de Citigroup.

Il étudie aussi un rachat de Cox Communications, Cablevision ou Mediacom, respectivement troisième, quatrième et huitième câblo-opérateurs américains, selon les sources. Cablevision lui donnerait accès au marché new-yorkais.

Dragué par T-Mobile

L’opérateur télécoms T-Mobile US, filiale américaine de Deutsche Telekom, en quête d’un acquéreur, l’a contacté mais il n’a pas donné suite dans l’immédiat, selon des sources bancaires. De quoi laisser penser que la convergence avec le mobile interviendra seulement après qu’il a concentré le câble. T-Mobile avait rejeté en 2014 les avances d’un autre milliardaire français, Xavier Niel.

Dans l’entourage de Patrick Drahi rien ne filtre. On laisse juste entendre que dans l’industrie « tout le monde parle toujours à tout le monde ».

Ce polytechnicien, père de quatre enfants et résident fiscal suisse, doit participer, le 17 septembre, avec l’Américain Dexter Goei, numéro deux d’Altice, à une grand-messe des télécoms organisée à New York par Goldman Sachs. Ils devraient en marge y rencontrer des acteurs majeurs du secteur.

Patrick Drahi a fusionné à vive allure câble et télécoms en Europe en endettant sa société via des montages financiers s’apparentant à des LBO (leverage buy-out). Ceux-ci, qui ont porté la dette d’Altice à environ 33 milliards d’euros, sont critiqués par Paris qui fait valoir que la société est devenue un géant dont l’effondrement aurait des conséquences graves pour l’économie française (+Too big to fail+: trop important pour faire faillite).

Connu pour être un « cost killer » (un réducteur de coûts), le milliardaire profite d’un environnement de taux d’intérêt bas en Europe et aux Etats-Unis lui permettant d’emprunter à faible coût.

Il peut aussi décider, selon des sources proches, de financer des acquisitions via un échange d’actions ou une augmentation de capital sans craindre de perdre le contrôle de son groupe, grâce à une nouvelle structure capitalistique.

Mêmes recettes qu’en Europe

Drahi entend répliquer aux Etats-Unis les recettes qui ont contribué à sa fulgurante ascension en Europe.

Il exclut a priori d’engager une guerre des prix mais plutôt une guerre de la qualité des services à un moment où les consommateurs américains se désabonnent de plus en plus du câble, au profit de services de vidéo en ligne (streaming) comme Netflix, Hulu, Amazon Fire TV, Apple TV… aux prix souvent dérisoires comparés à ceux pratiqués par les câblo-opérateurs.

Selon les observateurs, les consommateurs auront besoin dans les prochaines années d’une connexion de qualité au très haut débit fixe (via le wifi) pour les nouveaux services.

« En moyenne cinq à sept appareils sont connectés en même temps dans un foyer aujourd’hui. D’ici 2020, il y en aura entre dix et quinze », calcule-t-on chez Altice où on envisage de proposer du très haut débit internet avec des capacités augmentées via le câble et la fibre optique.

A terme, Altice, créé en 2001 et employant 40.000 personnes, pourrait proposer des offres triple Play (internet, mobile, télévision) ou quadruple Play comme le fait depuis peu AT&T. Il y aurait aussi une Box unique.

Le groupe veut générer la moitié de ses revenus aux Etats-Unis, contre 15% d’ici fin 2015, répète Dexter Goei.

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