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Au moins 11 blessés dans des affrontements à Ramallah et Bethléem

Les Palestiniens ont manifesté contre la “catastrophe” de la création d’Israël, alors que les tensions sont déjà vives avec la grève de la faim des prisonniers

Soldats israéliens devant une manifestation palestinienne au checkpoint de Hawara, à Naplouse, en Cisjordanie, le 11 mai 2017. (Crédit : Nasser Ishtayeh/Flash90)
Soldats israéliens devant une manifestation palestinienne au checkpoint de Hawara, à Naplouse, en Cisjordanie, le 11 mai 2017. (Crédit : Nasser Ishtayeh/Flash90)

Des heurts avec les forces israéliennes ont fait plusieurs blessés palestiniens en Cisjordanie lundi à l’occasion de la journée commémorant la « catastrophe » qu’a constitué pour eux la création d’Israël il y a 69 ans, ont constaté les journalistes de l’AFP.

Onze Palestiniens ont été évacués vers des hôpitaux après avoir été atteints, pour la plupart, par des balles israéliennes en caoutchouc lors d’affrontements près du checkpoint dit du DCO ou de Bet-El, à la sortie de Ramallah, a indiqué une secouriste présente sur place. Une journaliste de l’AFP a vu cinq blessés à la jambe.

Des dizaines de jeunes ont lancé des pierres en direction des soldats israéliens positionnés autour du checkpoint, l’un des lieux privilégiés par la jeunesse palestinienne pour protester contre la présence militaire israélienne. Les soldats israéliens ont répliqué avec des moyens anti-émeutes.

A Bethléem aussi, plusieurs centaines de Palestiniens arborant des tee-shirts noirs frappés de l’inscription 1948 (année de la création d’Israël) ont lancé des cailloux sur les forces israéliennes qui les maintenaient à distance à coups de balles en caoutchouc, de grenades assourdissantes et de gaz lacrymogène, a constaté un photographe de l’AFP qui a vu un blessé.

Un réfugié palestinien avec la clé de son ancienne maison, à la veille du Jour de la Nakba, la "catastrophe" qu'a représenté la création de l'Etat d'Israël, à Ramallah, le 14 mai 2012. (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)
Un réfugié palestinien avec la clé de son ancienne maison, à la veille du Jour de la Nakba, la « catastrophe » qu’a représenté la création de l’Etat d’Israël, à Ramallah, le 14 mai 2012. (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)

Avant les heurts au checkpoint, plusieurs milliers de personnes ont marché sous les drapeaux palestiniens dans Ramallah. Ils portaient une clé surdimensionnée, symbole traditionnel des maisons perdues à l’époque et dans lesquelles les Palestiniens espéraient revenir après le conflit israélo-arabe.

« Je viens tous les ans commémorer cet anniversaire, cette catastrophe », disait Salha Orabi, 62 ans, descendante de réfugiés et résidente du camp de Jalazoun, près de Ramallah.

« La Nakba, pour nous, signifie la destruction. Nous sommes bien placés pour savoir ce que cela signifie, nous avons dû fuir, c’est nous qui avons quitté nos maisons et nos terres. »

Lundi, les services de sécurité israéliens étaient en haute alerte, ont indiqué des responsables, dans un contexte de tensions déjà élevées en Cisjordanie en raison de la grève de la faim des prisonniers sécuritaires palestiniens.

Les Palestiniens et certains Arabes israéliens commémorent la Nakba, la « catastrophe » qui a accompagné la création de l’Etat d’Israël, tous les ans le 15 mai, la date anniversaire de la déclaration d’indépendance d’Israël.

Cette journée est marquée par une sirène qui résonne pendant une seconde pour chaque année écoulée depuis 1948, 69 secondes cette année, et par des marches dans toute la Cisjordanie, la bande de Gaza, en Israël et parfois à l’étranger.

Ces manifestations deviennent parfois violentes, entraînant des affrontements entre Palestiniens et forces de sécurité israéliennes. En 2014, deux adolescents palestiniens avaient été abattus par un garde-frontière qui avait remplacé ses munitions en caoutchouc, moins mortelles et utilisées pour disperser les émeutes, par des balles réelles.

Dans un communiqué, l’armée a indiqué que, par prévention, des troupes supplémentaires étaient déployées dans les régions où ont auparavant eu lieu des manifestations.

Gardes-frontières israéliens pendant des affrontements contre des manifestants palestiniens commémorant le 66e anniversaire de la "Nakba" dans le village de Walajah, en Cisjordanie, au sud de Jérusalem, le 15 mai 2014. (Crédit : Musa al-Shaer/AFP)
Gardes-frontières israéliens pendant des affrontements contre des manifestants palestiniens commémorant le 66e anniversaire de la « Nakba » dans le village de Walajah, en Cisjordanie, au sud de Jérusalem, le 15 mai 2014. (Crédit : Musa al-Shaer/AFP)

« Ces deux dernières années, la région a été relativement calme. L’armée israélienne prend des précautions de sécurité supplémentaires, particulièrement dans les zones sujettes aux émeutes », pouvait-on lire dans le communiqué.

L’année dernière, les manifestations de la « Journée de la Nakba » se sont déroulées sans incidents majeurs. Cette année, la situation en Cisjordanie est cependant plus complexe, alors que les Palestiniens se sont rassemblés pour soutenir une grève de la faim menée par Marwan Barghouthi, cadre du Fatah qui purge actuellement cinq peines de prison à perpétuité pour son rôle dans le meurtre de civils israéliens pendant la seconde Intifada.

« La police est préparée et prête à toute éventualité », a indiqué un porte-parole.

Certains rassemblements de soutien à la grève de la faim ont été violents, et les organisateurs ont appelé à manifester pour la Journée de la Nakba en soutien aux prisonniers grévistes.

Dimanche, Barghouthi a appelé les Palestiniens à mener des actes de « désobéissance civile » pour commémorer cette journée.

Manifestation palestinienne commémorant le 67e anniversaire de la "Nakba", à Rafah dans le sud de la bande de Gaza, le 14 mai 2015. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)
Manifestation palestinienne commémorant le 67e anniversaire de la « Nakba », à Rafah dans le sud de la bande de Gaza, le 14 mai 2015. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Le groupe terroriste du Hamas, qui a organisé une marche de la Nakba à Gaza, a déclaré que sa manifestation allait « signifier que la terre est à nous, que Jérusalem est à nous et que la Palestine est à nous », selon l’agence de presse palestinienne Maan.

« Même si certaines personnes ont oublié notre cause, nous affirmons que nous n’avons pas oublié et que l’occupation sera bientôt expulsée de notre terre, si Dieu veut, et que la Palestine restera islamique et arabe », a déclaré Hani Islayim, cadre du Hamas.

Dimanche, Saeb Erekat, négociateur de l’Autorité palestinienne, a affirmé qu’Israël devait reconnaître que sa fondation en 1948 était une « catastrophe » pour les Palestiniens et s’excuser « pour parvenir à une paix juste et durable entre Israël et la Palestine. »

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