Les habitants d’implantation courtisent les Européens pour lutter contre le BDS
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Les habitants d’implantation courtisent les Européens pour lutter contre le BDS

Lev Haolam met les implantations sur le devant de la scène en faisant la promotion des produits et de l'esprit innovant des pionniers

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Nati Rom, président de la fondation  Lev Haolam foundation, guide un groupe de chrétiens européens durant une visite de l'(avant-poste israélien d' Esh Kodesh en Cisjordanie, le 10 novembre 2015 (Crédit :  Menahem Kahana/AFP)
Nati Rom, président de la fondation Lev Haolam foundation, guide un groupe de chrétiens européens durant une visite de l'(avant-poste israélien d' Esh Kodesh en Cisjordanie, le 10 novembre 2015 (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

ESH KODESH, Cisjordanie – La vue d’un bus rempli de touristes norvégiens circulant sur une route poussiéreuse profondément ancrée en Cisjordanie est étrange. Plus bizarre encore, comme l’a souligné Nati Rom alors que le groupe s’est entassé dans son salon, dans la matinée de dimanche, le fait qu’ils aient été « guidés ici par le mouvement BDS ».

Ce qu’il a voulu dire, c’est qu’avec la focalisation placée par la campagne anti-israélienne BDS (Boycott, Divestment and Sanctions) sur le mouvement pro-implantations, son organisation Lev Haolam (« coeur du monde ») a redoublé d’efforts pour soutenir les communautés juives qui vivent au-delà de la Ligne verte.

Depuis sa fondation par Rom en 2013, le groupe a envoyé des milliers de colis dans le monde entier remplis de miel de Hébron, d’huile d’olive de Beit Haggai, de chocolat d’Atarot et de vin de Har Bracha.

« Nous vendons la Judée-Samarie aux gens par le biais des produits alimentaires et nous assurons la liaison entre les partisans d’Israël et ses pionniers – les habitants des implantations », a expliqué Rom, utilisant le terme biblique qui désigne la Cisjordanie.

Tandis que de nombreux groupes de la hasbara (communication publique israélienne) se gardent de défendre ou même de soulever la question des implantations qui sont considérées comme illégales par une grande partie de la communauté internationale, Lev Haolam les a placées au premier plan.

Un groupe de militants norvégiens pro-israéliens écoute une présentation au domicile du fondateur et président de l’organisation Lev Haolam, Nati Rom, dans l’avant-poste d’Esh Kodesh en Cisjordanie, le 18 février 2018 (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel)

Le groupe de chrétiens conservateurs de Norvège, un pays souvent associé en Israël aux critiques acerbes de l’Etat juif, ont approuvé de la tête et murmuré des encouragements pendant toute la présentation faite par Rom, qui aura duré trente minutes.

Les Norvégiens – issus d’une grande variété de milieux, notamment de la politique, du secteur universitaire, du droit et de la médecine – ont reconnu que leurs points de vue sur Israël les avaient placés dans la minorité au sein de leur pays. Ils ont toutefois fièrement déclaré que la force de leur engagement venait compenser leur petit nombre.

Pour sa part, Rom a raconté l’histoire d’Israël – en commençant bien avant la naissance du mouvement pro-implantations – s’attardant à souligner les qualités des tous premiers sionistes, qui, a-t-il affirmé, ont également caractérisé les tous premiers résidents juifs de la Cisjordanie après la guerre de 1967.

« Eux aussi ont dû construire des communautés au plus profond de la nuit et parfois, en bravant la loi », a-t-il déclaré en évoquant les sionistes pré-Etat dans une description susceptible aussi de s’appliquer aux fondateurs de communautés telles que la sienne — Esh Kodesh, dans le nord de la Cisjordanie – qui ne sont toujours pas reconnues par le gouvernement israélien.

Puis Rom a montré des photographies de lui après son service militaire, alors qu’il construisait des habitations dans les collines de Shiloh. Il appartenait aux « Jeunes des collines », un groupe informel de militants d’extrême-droite qui s’établissent dans les collines et qui sont connues pour résister – parfois avec violence – aux tentatives des soldats de les évacuer.

Mais d’éventuelles controverses sur son passé ont semblé échapper aux visiteurs, qui ont continué à hocher la tête devant ce jeune père de six enfants.

Abandonnant pendant un instant la Cisjordanie, Rom a tourné son attention vers un sujet qui – il le savait probablement – saurait toucher ses visiteurs, des chrétiens pratiquants : Le mont du Temple à Jérusalem.

Le fondateur de Lev Haolam a ensuite diffusé une séquence filmée montrant l’arrestation d’Israéliens venus prier sur le lieu-saint, violant le « statu-quo » mis en place là-bas, suscitant de nombreux soupirs d’incrédulité.

« Et si quelqu’un vous dit qu’il y a des violations des droits de l’Homme en Israël, dites-leur : ‘Vous avez raison. Contre les Juifs ! », s’est-il exclamé.

« Ils comprennent qu’il ne s’agit pas d’une guerre politique mais d’une guerre spirituelle et ils concentrent donc leurs efforts sur Jérusalem et sur la Judée-Samarie », a ajouté Rom, se référant aux ennemis d’Israël en termes généraux. Quelques membres de l’assistance ont alors répondu « Oui » avec ravissement, d’une manière qui rappelait un service participatif à l’église.

« Si vous croyez dans la solution à deux Etats, vous êtes stupides », a continué Rom, amenant les Norvégiens à rire sous cape.

Le fondateur et président de Lev Haolam Nati Rom fait une présentation de son organisation dans son domicile de l’avant-poste d’Esh Kodesh en Cisjordanie, le 18 février 2018 (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel)

Il a ensuite cliqué sur une photo prise en 1994 de feu le président de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) Yasser Arafat tenant son prix Nobel de la paix qu’il avait reçu aux côtés du Premier ministre Yitzhak Rabin et du ministre des Affaires étrangères Shimon Peres pour sa participation aux accords d’Oslo.

« Le soi-disant processus de paix que votre gouvernement nous a donné nous aura simplement mis dans l’obligation d’offrir nos terres aux terroristes un morceau après l’autre », a commenté Rom.

Continuant à évoquer les liens de la Norvège au conflit israélo-palestinien, il en a profité pour critiquer la récente nomination du mouvement BDS pour le prix Nobel de la paix, dont le lauréat devrait être couronné à la fin de l’année à Oslo.

La majorité des visiteurs n’avaient pas connaissance de cette nomination et plusieurs ont souligné que cela pouvait être une désignation, parmi des centaines d’autres, qui avait été proposée par des groupes d’individus, notamment des parlementaires et des professeurs d’université du monde entier.

Certains des produits fabriqués dans les implantations israéliennes que Lev Haolam vend aux partisans dans le monde entier. (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel)

Rom a terminé sa présentation en appelant ses invités à « soutenir ce nouveau genre de Juif, un Juif qui connaît l’agriculture, un Juif qui construit et maintient les commandements de la Torah ».

Il a montré des produits variés fabriqués par ces « nouveaux Juifs » en Cisjordanie. Mais avant d’ouvrir la vente au groupe impatient de faire des achats, il a proposé de répondre aux questions de l’assistance.

La première a été posée par un soutien inquiet, qui a répété des propos entendus de la bouche de l’ambassadeur israélien en Norvège. Ce dernier avait expliqué que la majorité juive israélienne était actuellement menacée par une population arabe croissante.

Rom a affirmé en réponse que c’était un « énorme mensonge », citant ses propres recherches qui réfutent ce fait.

Une maison d’un habitant d’implantation à Esh Kodesh en Cisjordanie, le 20 juillet 2015 (Crédit : Garrett Mills/Flash 90)

Soucieux de ramener la conversation à un sujet plus consensuel avec ses visiteurs religieux, Rom a terminé son allocution en mettant une fois encore en exergue le lien entre le peuple juif et la terre sainte, un élément que le groupe de pratiquants n’a pas manqué d’applaudir.

« Cela a été une conversation merveilleuse », a expliqué Yngve Bergstrom, statisticien à la retraite, dont c’était le sixième voyage en Israël. « Je suis impatient de pouvoir ramener les informations apprises ici à ma communauté, chez moi, de manière à ce que nous puissions combattre tous les mensonges que nous entendons dans les médias ».

Le chef du groupe, Erik Selle, a lui aussi fait l’éloge de Rom, affirmant qu’il était de sa responsabilité de chrétien de soutenir Lev Haolam.

Interrogé sur sa décision de visiter une communauté que le gouvernement israélien lui-même s’est refusé à reconnaître, Selle a fait référence à un article écrit par l’avocat pro-israélien célèbre Alan Dershowitz « qui a affirmé qu’il n’est pas illégal pour les Juifs de vivre en Judée-Samarie ».

Selle, 51 ans, est à la tête du parti PKD norvégien, une faction chrétienne et conservatrice marginale connue pour son soutien ardent à Israël. Plusieurs autres participants à la visite étaient eux-mêmes des membres du PKD.

« La présence juive ici est l’une des promotions les plus fortes de la paix », a-t-il estimé. « Comment croire qu’expulser les Juifs d’ici pourrait mener à la paix ? »

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