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Interview

Les idées politiques de Dan Illouz, le candidat canadien du Likud

L'ancien membre de la mairie de Jérusalem, classé en 33e position, soutient un ensemble de réformes judiciaires, d'annexion de la Cisjordanie et de conservatisme du marché libre

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Dan Illouz, candidat du Likud. (Crédit : Sharon Hasson)
Dan Illouz, candidat du Likud. (Crédit : Sharon Hasson)

Treize ans après avoir quitté le Québec pour s’installer en Israël, l’ancien membre du conseil municipal de Jérusalem, Dan Illouz, est sur le point d’entrer à la Knesset sur la liste du Likud le 1er novembre prochain.

Ce francophone de 36 ans, qui parle couramment l’anglais et l’hébreu, occupe la 33e place sur la liste des candidats du Likud, après avoir remporté la place réservée aux immigrants lors des primaires du Likud.

Le parti devrait poursuivre son règne en tant que plus grand parti de la Knesset, en obtenant jusqu’à 35 sièges sur ce qu’Illouz appelle une liste « idéologique ».

Immigré en Israël en 2009, peu après avoir obtenu son diplôme de l’université McGill de Montréal, Illouz a entamé son parcours politique à la mairie, au sein du mouvement sioniste pluraliste Hitorerut de Jérusalem, fondé comme un rempart jeune et libéral contre l’hégémonie haredit, qui l’a placé au conseil municipal. Il est ensuite devenu le représentant en Israël de la très conservatrice Organisation sioniste d’Amérique.

Bien que les opinions de ce nouveau venu dans la politique nationale soient encore méconnues, il a déclaré venir avec une idéologie solide, qu’il a partagée lors d’une interview avec le Times of Israel, à Jérusalem la semaine dernière.

Ancien avocat, Illouz est attaché à la réforme judiciaire. Sioniste religieux qui croit au lien entre la terre et la nation d’Israël, il s’oppose à la création d’un État palestinien. Et en tant que membre d’une faction économiquement libérale, Illouz croit en l’économie de marché.

La réforme judiciaire

Illouz pense qu’Israël doit subir une série de changements qui supprimeront la capacité de la Cour suprême à agir comme un contrôle de la Knesset, tout en donnant à la Knesset le droit d’approuver ou de refuser les nouveaux candidats à la magistrature, et en lui donnant également le pouvoir d’agir comme un contrôleur du pouvoir gouvernemental. Il veut également limiter la capacité du procureur général à décider de la politique, en rendant ses avis uniquement consultatifs.

Bien qu’Illouz précise que les opinions exprimées ne sont que les siennes et ne sont pas officiellement celles du Likud, une grande partie de son idéologie rejoint les politiques promues par ses futurs présumés collègues de la Knesset, notamment Yariv Levin, la référence du Likud en matière de réforme judiciaire. Illouz a déclaré avoir brièvement travaillé pour Levin, en tant qu’assistant parlementaire, en 2013.

Dan Illouz, candidat du Likud. (Crédit : Sharon Hasson)

La réforme judiciaire est l’un des débats les plus substantiels de l’actuelle course à la Knesset, touchant aux concepts fondamentaux du fonctionnement de la démocratie israélienne et de la manière dont le pouvoir doit circuler en son sein. Le chef du Likud, Benjamin Netanyahu, s’est battu contre le système judiciaire dans le cadre de ses propres problèmes juridiques, et nombreux sont ceux qui considèrent aujourd’hui que les efforts de réforme du Likud visent à mettre son grain de sel pour aider l’ancien Premier ministre à se tirer d’affaire.

Les partisans conservateurs de la réforme du système – dont Illouz et de nombreux autres membres du Likud – affirment que le système actuel place un contrôle excessif entre les seules mains des 15 juges de la Cour suprême, qui utilisent leur influence pour imposer un programme de gauche au pays.

D’autres réformateurs judiciaires plaident en faveur d’un renforcement des contrôles et des équilibres, et ne souhaitent pas l’effondrement du système actuel en faveur du transfert d’un pouvoir incontrôlé aux élus.

Le contrôle judiciaire substantiel est le processus par lequel la Cour suprême, siégeant en tant que Haute Cour de justice, invalide des parties ou l’ensemble des lois de la Knesset sur la base d’une violation des lois fondamentales d’Israël. Le débat sur la possibilité de conférer ce pouvoir à la Cour et sur la manière dont la Knesset pourrait y déroger a ressurgi à plusieurs reprises depuis la décision historique prise par le président de la Cour, Aharon Barak, en 1995, selon laquelle les lois fondamentales peuvent tenir lieu de Constitution, permettant ainsi d’évaluer les lois plus récentes.

« À mon avis, le contrôle judiciaire n’est pas justifié en Israël parce que nous n’avons pas de Constitution. Je pense que cela ne devrait pas se produire du tout », a déclaré Illouz.

« Je pense que le pouvoir devrait être à la Knesset. »

Des mesures donnant à la Knesset la capacité de passer outre le veto d’un tribunal ont été présentées à plusieurs reprises – plus récemment dans une proposition de Levin, en 2021. Mais les critiques disent que cela supprimerait un contrôle essentiel sur la législature, surtout si cela est possible avec seulement une majorité simple de législateurs.

Illouz soutient une telle mesure, mais souhaite que la Knesset ait également la capacité d’agir comme un contrôle sur les ministres du gouvernement, afin qu’elle ne remplace pas simplement un maître judiciaire par un maître politique. Étant donné que la plupart des ministres du gouvernement sont des politiciens issus de la Knesset et que certains conservent leur siège en son sein, les organes législatif et exécutif d’Israël sont inexorablement liés.

Yariv Levin, alors président de la Knesset, dans la salle du plénum, le 9 juin 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

« De mon point de vue, cela doit se faire sous forme d’un accord global qui inclut des pouvoirs plus forts pour la Knesset afin de contrôler l’action du gouvernement », a déclaré Illouz, expliquant que cela pourrait inclure des comités de contrôle plus forts. « L’équilibre des pouvoirs en Israël n’est pas correct, non seulement entre le judiciaire et l’exécutif, mais aussi entre le législatif et l’exécutif », a ajouté Illouz.

Cette nuance est peut-être sa plus grande différence par rapport à certains membres du Likud, qui ont préconisé des réformes qui placeraient tout simplement des éléments du système judiciaire sous le contrôle politique du gouvernement.

Étant donné que les politiciens de la Knesset ne sont pas élus individuellement par région, mais plutôt sur des listes de parti à l’échelle nationale, Illouz a déclaré qu’il craignait que « la loyauté finisse par être avant tout envers le parti, et non envers les électeurs, car il n’y a pas d’électeurs ».

Cela crée un système dans lequel « l’exécutif est vraiment le plus fort », même s’il pense que, « dans un monde idéal », la Knesset devrait être plus forte.

Illouz s’est également légèrement distancé du Likud concernant les nominations judiciaires. Le parti a fait pression pour supprimer l’actuel comité de sélection des juges – composé de politiciens, d’avocats et de juges – et permettre au gouvernement de nommer les candidats et de les envoyer à la Knesset pour approbation à la majorité simple.

Dans une coalition qui fonctionne et qui dispose d’une majorité de 61 sièges sur un total de 120 sièges, cela signifierait effectivement que les politiciens au pouvoir pourraient faire passer les candidats souhaités sans l’opposition ou l’avis de professionnels.

Illouz est favorable au maintien du comité actuel, mais en ajoutant l’approbation de la majorité de la Knesset comme contrôle politique.

« Je veux que les gens aient foi dans le processus judiciaire et dans le système judiciaire… Mon objectif final n’est pas de détruire les tribunaux, bien au contraire. À la fin du processus, il s’agit d’équilibrer les différentes branches afin que les tribunaux soient à leur place, qu’ils fassent ce qu’ils sont censés faire et qu’ils le fassent de manière efficace et pérenne », a-t-il déclaré.

Il veut également supprimer un autre contrôle de la Knesset et du gouvernement : le procureur général, qui peut décider quelles décisions gouvernementales sont casher et défendables devant les tribunaux. Illouz préfère que le procureur général n’ait qu’un rôle consultatif.

Il n’a pas encore formulé d’opinion concernant l’abandon du rôle du procureur général en tant que principale autorité de poursuite de la nation, qui peut parfois conduire la même personne à conseiller un politicien sur des questions juridiques et à décider d’inculper cette personne.

Implantations et solutions diplomatiques

En ce qui concerne les Palestiniens, Illouz adopte des points de vue qui peuvent parfois sembler plus proches de ceux des partisans de la ligne dure, rejetant l’idée d’un État palestinien et embrassant l’idée d’un Israël maximaliste sur le plan territorial, qui devrait régner sur chaque centimètre carré de la Cisjordanie, même dans les zones sans présence juive.

« Nos droits à la terre d’Israël comprennent chaque centimètre de la terre d’Israël, y compris Shchem [Naplouse], Hébron et les zones où aucun Juif ne vit actuellement, telles que Ramallah », a déclaré Illouz, faisant référence aux villes palestiniennes situées dans ce qui est considéré comme le cœur biblique d’Israël.

« Le droit à Tel Aviv vient de la Judée et de la Samarie », a-t-il ajouté, en utilisant les termes bibliques pour désigner la Cisjordanie.

Dan Illouz, candidat du Likud. (Crédit : Sharon Hasson)

Bien que ses opinions territoriales aient leur place au Likud, elles sont plus proches du Sionisme religieux ou du parti Otzma Yehudit du législateur ultra-nationaliste, Itamar Ben Gvir.

« Je ne vote pas pour Ben Gvir, je vote pour le Likud. Il y a des raisons à cela », a-t-il déclaré.

« Mais même si Ben Gvir est considéré comme extrême – ce qu’il est – c’est un extrémisme qui va dans notre sens », a-t-il ajouté, en contraste avec les partenaires politiques arabes choisis par la coalition sortante.

Illouz estime qu’il est « raisonnable » d’étendre la souveraineté israélienne à la zone C de la Cisjordanie, où se trouvent les plus grands blocs d’implantations israéliennes, même s’il admet que le moment n’est pas encore venu de prendre une telle décision.

« Nous devrions étendre la souveraineté là où nous le pouvons », a-t-il déclaré, plutôt que de persister dans le flou juridique actuel qui étend la plupart des lois civiles et pénales israéliennes aux Israéliens vivant en Cisjordanie, mais traite différemment les Palestiniens vivant sur le même territoire.

Bien qu’il se présente avec un parti qui a récemment refusé de soutenir le maintien des droits et des protections pour les résidents d’implantations de Cisjordanie, les plaçant dans les limbes pour aider à déclencher de nouvelles élections, Illouz argumente que ces derniers devraient être mieux traités.

« Les résidents d’implantations sont des citoyens à part entière, mais l’État ne les traite pas comme tels », a-t-il déclaré.

En ce qui concerne les Palestiniens vivant en Cisjordanie, Illouz a déclaré qu’il soutenait l’autonomie limitée dont ils bénéficient actuellement, mais il a ajouté que la forme de toute autonomie finale ferait partie des « choses qui seront décidées lors des négociations ».

Économie de marché

Soutenu dans sa campagne électorale par les partisans de l’économie de marché au sein du Likud, Illouz a déclaré qu’il croyait à la suppression des obstacles à la concurrence, à la réduction du pouvoir des groupes d’intérêt tels que les syndicats et à la réduction des formalités administratives.

En ce qui concerne la montée en flèche du coût de la vie en Israël – un autre enjeu électoral important – Illouz a déclaré que le marché libre offrait la solution la plus pérenne.

« Il y a beaucoup d’idées populistes qui circulent. Je pense que ce dont nous avons besoin, c’est d’un marché libre plus fort, avec moins de freins à la concurrence, qu’il s’agisse de la concurrence interne en Israël ou de la concurrence externe, y compris le commerce, ou encore d’essayer de traiter avec les groupes d’intérêt très puissants, tels que les syndicats, ce qui est très difficile à faire, mais c’est quelque chose que nous devons aborder », a-t-il déclaré.

L’ancien membre du conseil municipal de Jérusalem a déclaré que le temps passé à la mairie à observer les inefficacités des registres municipaux lui a fait comprendre la nécessité de rationaliser le travail du gouvernement.

« Bien souvent, en Israël, la bureaucratie veut bien faire, forte d’un désir de protéger », a-t-il déclaré. Mais, a-t-il ajouté, il veut « en faire un organe de surveillance, pas un frein ».

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