Les jeunes arabes marchent pour un “retour” qui pourrait mettre fin à l’Etat juif
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L’appel à un ‘retour’ total nie par définition l’idée de souveraineté juive, reconnait l’assistante d’un député arabe

Les jeunes arabes marchent pour un “retour” qui pourrait mettre fin à l’Etat juif

Bien que peu fréquenté, le message de l’évènement de la Nakba raisonne clairement parmi une nouvelle génération de citoyens qui s’identifient comme Palestiniens

Alors que la plupart des Israéliens célébraient jeudi le 68e Yom HaAtsmaout du pays avec des barbecues et des survols militaires, des milliers d’arabes de tout le pays s’étaient rassemblés sur un terrain poussiéreux du désert du Néguev pour la 19e « Marche du retour » annuelle.

Les participants affirment les droits des descendants des Palestiniens qui ont fui Israël suite à la guerre d’Indépendance de 1948 de retourner dans les maisons, ou au moins dans le pays, qu’ils ont fui.

L’ONU dit qu’il a aujourd’hui cinq millions de réfugiés palestiniens, alors qu’ils n’étaient que 750 000 après la guerre de 1948. Le nombre a été multiplié par plus de 5 parce que l’ONU a désigné les deuxième et troisième générations, ainsi que les suivantes, de descendants de Palestiniens qui vivaient autrefois dans ce qui est à présent Israël comme des « réfugiés ». Seuls les descendants palestiniens de réfugiés sont traités de cette manière par l’ONU, et Israël rejette un tel traitement de faveur.

Les gouvernements israéliens, de gauche et de droite, ont aussi affirmé que la demande d’un retour massif de Palestiniens causerait, et est en fait conçue pour, mettre fin à l’Etat juif, et est par conséquent en contradiction directe avec le droit des Juifs à l’autodétermination.

Une famille marchant pendant la procession de la Marche du retour, qui a eu lieu dans le désert du Néguev le 12 mai 2016. (Crédit : Dov Lieber / Times of Israel)
Une famille marchant pendant la procession de la Marche du retour, qui a eu lieu dans le désert du Néguev le 12 mai 2016. (Crédit : Dov Lieber / Times of Israel)

Les Palestiniens voient le droit au retour comme un moyen de réparation de l’injustice historique des expulsions forcées pendant la guerre d’Indépendance d’Israël, ainsi qu’une manière d’améliorer les conditions de vie du million et demi de Palestiniens vivant dans des camps de réfugiés à Gaza, en Cisjordanie, au Liban, en Jordanie et en Syrie.

Pour les Arabes israéliens, dont beaucoup se considèrent eux-mêmes comme des citoyens palestiniens d’Israël, la marche annuelle du retour est en général l’évènement politique annuel le plus grand et le plus important pour les Arabes israéliens.

Cette année, cependant, plutôt qu’un immense rassemblement politique, l’évènement avait plutôt un air de retrouvailles lycéennes ou étudiantes.

Des jeunes jouant avec un cheval pendant la Marche du Retour, le 1é mai 2016. (Crédit : Luke Tress / Times of Israel).
Des jeunes jouant avec un cheval pendant la Marche du Retour, le 1é mai 2016. (Crédit : Luke Tress / Times of Israel).

L’écrasante majorité de ceux qui assistaient au rassemblement étaient adolescents ou âgés d’une petite vingtaine d’années. Alors que les politiciens, les officiels et quelques poètes prononçaient de fiers discours et faisaient des promesses de défense du pays, les plus jeunes flirtaient, montaient à cheval, mangeaient de la glace et dansaient dans un concert de rap.

Hoda Salah Eldin, 23 ans, assistante parlementaire du député Osama Saddi, de la Liste arabe unie, assistait à la Marche du Retour le 12 mai 2016. (Crédit : Dov Lieber / Times of Israel)
Hoda Salah Eldin, 23 ans, assistante parlementaire du député Osama Saddi, de la Liste arabe unie, assistait à la Marche du Retour le 12 mai 2016. (Crédit : Dov Lieber / Times of Israel)

Hoda Salah Eldin, 23 ans, assistante parlementaire du député de la Liste arabe unie Osama Saadi, a déclaré que beaucoup de personnes des générations plus âgées restaient à l’écart des évènements politiques parce qu’ils pensent que cela leur apportera des problèmes avec les autorités israéliennes, et nuira peut-être à leur entreprise.

« La jeune génération est plus informée. Elle s’intéresse plus à ce qu’il s’est passé, a-t-elle dit. Nous nous souvenons des massacres et de la destruction des maisons et des villages. »

Toujours demander un ‘droit au retour’ total

Près d’une série de tentes qui entouraient les places assises pour l’évènement de jeudi, un refuge confortable de style bédouin avait été installé pour certains habitants âgés du Néguev, qui ont vécu la guerre de 1948.

Des Bédouins âgés jouent de la musique dans une tente pendant la Marche du Retour, le 12 mai 2016. (Crédit : Dov Lieber / Times of Israel)
Des Bédouins âgés jouent de la musique dans une tente pendant la Marche du Retour, le 12 mai 2016. (Crédit : Dov Lieber / Times of Israel)

Ils devaient être l’attraction principale, un testament vivant de la « Nakba », le terme largement utilisé par les Palestiniens et dans le monde arabe pour décrire la « catastrophe » qu’a été l’établissement de l’Israël moderne en 1948.

Muhammad Sulliman al-Ubra était assis dans la tente. Bien qu’il ne puisse pas dire quel âge il a exactement – il n’y avait pas de carte d’identité quand il est né, a-t-il expliqué – il a déclaré au Times of Israël qu’il se rappelait toujours avoir fui vers la frontière jordanienne pendant la guerre en 1948.

Muhammad Sulliman al-Ubra, de Rahat, assistait à la Marche du Retour, le 12 mai 2016. (Crédit : Luke Tress / Times of Israel)
Muhammad Sulliman al-Ubra, de Rahat, assistait à la Marche du Retour, le 12 mai 2016. (Crédit : Luke Tress / Times of Israel)

Ceux de sa tribu qui sont entrés dans le royaume hachémite y sont toujours aujourd’hui, a-t-il dit.

Lui et sa famille sont restés dans les frontières d’Israël, et après la guerre, dit-il, ils ont été intégrés dans l’Etat mais empêchés de s’installer sur leurs terres originelles.

Aujourd’hui, Ubra et beaucoup de sa famille élargie vivent à Rahat, une ville majoritairement bédouine installée dans le Néguev pour absorber ceux qui vivaient auparavant dans des villages illégaux.

Participants à la Marche du Retour à Wadi Zubalah, le 12 mai 2016. (Crédit : Dov Lieber / Times of Israel)
Participants à la Marche du Retour à Wadi Zubalah, le 12 mai 2016. (Crédit : Dov Lieber / Times of Israel)

« La marche me permet de savoir qu’il y a toujours des gens qui se souviennent, a dit Ubra. Je ne sais pas si cela changera quelque chose, mais au moins les jeunes se rappelleront de ce qui est arrivé. »

Thabet Kadah, 19 ans, de la ville de Baqa al-Gharbiya, qui commence tout juste un diplôme d’ingénieur au prestigieux institut Technion de Haïfa, a déclaré qu’il n’abandonnerait pas le droit au retour total, c’est-à-dire pour les cinq millions de personnes considérées comme des réfugiés palestiniens par l’ONU.

Thabet Kadah, 19 ans, de Baqa al-Gharbiya, assistait à la Marche du retour, le 12 mai 2016. (Crédit : Luke Tress / Times of Israel)
Thabet Kadah, 19 ans, de Baqa al-Gharbiya, assistait à la Marche du retour, le 12 mai 2016. (Crédit : Luke Tress / Times of Israel)

Cette demande est différente de celle de certains arabes israéliens et des dirigeants palestiniens, qui ont, de manière non officielle, accepté l’idée que la plupart des réfugiés palestiniens ne viendraient jamais en Israël.

Le président de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, a reconnu officieusement qu’il n’attendait pas qu’Israël intègre des millions de Palestiniens, puisque cela altèrerait fondamentalement l’équilibre de population de 78 % de juifs, 22 % de non juifs en Israël. Néanmoins, dans les négociations officielles, Abbas a insisté pour que le « droit au retour » soit accepté.

Le chef de la Liste arabe unie à la Knesset, Ayman Odeh, a appelé pendant son discours devant le public de la marche de cette année à la « reconnaissance de la Nakba » et à « des gestes pour corriger ce tort », mais pas à un droit au retour total.

Ayman Odeh, le 17 mars 2015 (Crédit : Basel Awidat/FLASH90)
Ayman Odeh, le 17 mars 2015 (Crédit : Basel Awidat/FLASH90)

Dans le passé, Odeh s’était concentré sur les citoyens arabes en Israël, appelant à un droit eu leur retour dans les villages intacts dont leurs familles avaient été expulsées pendant la guerre de 1948. (Israël a jusqu’à présent refusé, craignant que cela ne mette en place un dangereux précédent.)

Kadah, l’étudiant du Technion, insistait pour dire que tous ceux considérés comme des réfugiés palestiniens par l’ONU devraient avoir le droit au retour.

« Golda Meir a dit ‘les vieux mourront et les jeunes oublieront’, a dit Kadah. Mais nous disons à Meir, n’oubliez pas que les pères apprennent à leurs enfants, et que donc les enfants n’oublieront jamais. »

(La phrase « les vieux mourront et les jeunes oublieront » est parfois attribuée à l’ancien Premier ministre Meir, et plus souvent au premier Premier ministre d’Israël, David Ben-Gurion, parfois dans des médias reconnus. On ne sait pas lequel des deux a vraiment dit ça.)

Anan Muzalbet, 25 ans, de Maghar, un village de Galilée du nord, a dit qu’il croyait également au droit au retour total.

Anan Muzalbet, 25 ans, de Maghar, assistait à la Marche du retour, le 12 mai 2016. (Crédit : Luke Tress / Times of Israel)
Anan Muzalbet, 25 ans, de Maghar, assistait à la Marche du retour, le 12 mai 2016. (Crédit : Luke Tress / Times of Israel)

« Le propos de cette journée pour les Palestiniens est [de déclarer] que, un jour, toutes les personnes qui ont quitté leur pays reviendront ici », a déclaré Muzalbet, avocat.

Quand on lui demande comment les cinq millions de réfugiés palestiniens pourraient être installés en Israël, un afflux qui marquerait la fin de l’Etat juif, Muzalbet secoue la tête en souriant. « De cela, je ne décide pas. A un moment ils reviendront. Je ne sais vraiment pas comment résoudre ça », a-t-il déclaré.

Salah Eldin, l’assistante parlementaire du député Saadi, qui défend aussi un droit au retour total, a déclaré qu’il était clair qu’une telle position s’opposait à l’idée d’un Etat juif, et est un appel à une solution à un état dans lequel tous les citoyens auraient les mêmes droits.

Elle a déclaré qu’elle ne pensait pas que la plupart des réfugiés palestiniens, si cela leur était proposé, viendrait en Israël. « Beaucoup d’entre eux ont construit leur vie dans d’autres endroits. Ils ne peuvent pas repartir de zéro », a-t-elle déclaré.

Mais la demande du droit au retour, a-t-elle reconnu, « s’oppose à l’idée de deux états. Il y a des personnes dans mon parti qui sont pour le droit au retour mais soutiennent aussi la solution à deux états. Où iront-ils ? Cela n’a pas beaucoup de sens pour moi », a-t-elle déclaré.

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