Les Juifs britanniques et les Israéliens soulagés par la défaite de Corbyn
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Les Juifs britanniques et les Israéliens soulagés par la défaite de Corbyn

Le chef du Labour avait fait naître des craintes au sein de la communauté juive au vu de son incapacité à gérer le problème de l'antisémitisme dans ses rangs

Le leader du parti Travailliste britannique Jeremy Corbyn et son épouse Laura Alvarez posent à leur arrivée à un bureau de vote dans le nord de Londres, le 12 décembre 2019, alors que la Grande-Bretagne vote pour ses élections générales (Crédit : DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)
Le leader du parti Travailliste britannique Jeremy Corbyn et son épouse Laura Alvarez posent à leur arrivée à un bureau de vote dans le nord de Londres, le 12 décembre 2019, alors que la Grande-Bretagne vote pour ses élections générales (Crédit : DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)

Les Juifs britanniques et d’autres ont poussé un soupir de soulagement dans la soirée de jeudi après l’annonce des résultats d’un sondage de sortie des urnes qui a révélé que le leader travailliste Jeremy Corbyn, décrié par les responsables de la communauté juive du pays pour son échec à s’attaquer à l’antisémitisme sévissant dans les rangs de sa formation, était sur le point de connaître un échec cuisant.

Les résultats publiés lundi matin ont confirmé la tendance donnée par les premières estimations : une majorité écrasante pour les conservateurs, qui n’avaient plus exercé un tel contrôle sur le Parlement britannique depuis Margaret Thatcher.

Un certain nombre d’officiels du Labour ont averti que Corbyn pourrait être contraint d’abandonner la barre, et notamment l’un de ses alliés proches, Jonathan Lansman, le chef juif du mouvement Momentum au sein du parti.

« Le soulagement au sein de la communauté juive est palpable. Et la reconnaissance aussi. Mais alors que les jours et les semaines passent, il y a quelque chose sur lequel nous devrons réfléchir : La volonté d’un grand-nombre de ceux qui se qualifient comme nos alliés de faire campagne et d’accepter Jeremy Corbyn, » a écrit sur Twitter Stephen Pollard, rédacteur en chef du journal Jewish Chronicle . Il a également qualifié les résultats de sortie des urnes comme « les meilleurs possibles ».

De nombreux Juifs britanniques avaient déclaré que les élections étaient particulièrement déterminantes à leurs yeux dans la mesure où ils avaient le conviction de l’existence d’un antisémitisme devenu pratiquement institutionnel au sein du Labour sous la direction de Corbyn, un politicien propalestinien élu à la tête du parti en 2015.

Corbyn a été accusé d’avoir échoué à s’attaquer aux incidents de haine antijuive au sein de sa formation, et d’avoir rechigné à accepter une définition de l’antisémitisme, au Labour, qui incluait certains éléments de langage anti-israéliens.

Ses liens avec les membres des groupes terroristes du Hamas et du Hezbollah et des photos de lui en train de déposer une gerbe sur les tombes de terroristes palestiniens avaient inquiété les Juifs britanniques et les Israéliens, qui avaient craint qu’Israël puisse perdre son alliance proche avec le Royaume-Uni en cas de victoire de Corbyn.

Jeremy Corbyn (deuxième à partir de la gauche) tenant une couronne lors d’une visite aux martyrs de Palestine, en Tunisie, en octobre 2014. (Page Facebook de l’ambassade palestinienne en Tunisie)

Nir Barkat, député du Likud, ancien maire de Jérusalem, a salué Johnson pour avoir apparemment vaincu « Corbyn l’antisémite ».

« Vous connaissant dans le rôle que vous avez assumé en tant que maire de Londres, en tant que membre du parlement et Premier ministre, je ne doute pas que vous réussirez à diriger la nation britannique avec succès et à renforcer et approfondir le partenariat entre le Royaume-Uni et Israël », a-t-il commenté.

Itzik Shmuli, parlementaire travailliste israélien, s’est également réjoui de la défaite de Corbyn. « Je n’aurais jamais pu imaginer que je serais si heureux d’un échec du Labour », a-t-il twitté.

Vladimir Sloutsker, président du groupe Israeli-Jewish Congress, a pour sa part félicité Johnson pour les résultats anticipés.

Il a expliqué qu’il espérait que « la politique de division, de haine et d’antisémitisme de M. Corbyn et de ses alliés puisse finalement dorénavant disparaître ».

De son côté, l’ancien maire de Londres, Ken Livingstone, un soutien de Corbyn qui a été exclu du parti pour des déclarations considérées comme antisémites, a blâmé la communauté juive pour la défaite du parti.

« Le vote juif ne nous a pas beaucoup aidés », a-t-il déclaré auprès de la Press Association.

Corbyn avait juré de ne pas tolérer le racisme au sein de sa formation mais les responsables de la communauté juive britannique avaient indiqué que lui-même faisait partie du problème. Un récent rapport écrit par le Jewish Labour Movement avait révélé que lui-même s’est rendu coupable d’antisémitisme à au moins neuf occasions.

Le chef du Parti travailliste Jeremy Corbyn quitte la tribune après un discours à la Queens University de Belfast, en Irlande du nord, le 24 mai 2018 (Crédit : Jeff J. Mitchell/Getty Images via JTA)

Environ 70 membres du Labour ont contribué à un dossier transmis à un groupe de veille de lutte contre le racisme qui enquête actuellement sur les accusations. L’un d’entre eux a cité 22 exemples d’abus présumés au sein du parti.

Il a raconté qu’il lui avait été dit à une occasion que « Hitler avait raison ».

Après les résultats de sortie des urnes, Mike Katz, chef du Jewish Labour Movement, a attribué les résultats médiocres des travaillistes aux « multiples échecs de son leader et de son équipe ».

Tandis que la défaite de la formation a été attribuée à un certain nombre de sujets, allant du Brexit aux positionnements d’extrême-gauche de Corbyn, certains ont également pointé du doigt les craintes de la communauté juive et l’incapacité à s’attaquer à l’antisémitisme dans les rangs du Labour.

« L’antisémitisme était un problème à Londres, au début de la campagne, mais il est devenu un problème dans le reste du pays au milieu de la campagne », a dit une source haut placée au Guardian. « Les gens n’ont pas compris pourquoi il ne s’excusait pas pour ce qui était en train de se passer ».

Margaret Hodge, députée qui a été sanctionnée par la formation pour avoir dénoncé l’antisémitisme du parti sous Corbyn, a indiqué que ce dernier était responsable de cet échec.

D’autres ont estimé que la haine antijuive était à l’origine de la défaite.

L’ancien grand-rabbin de Grande-Bretagne, Jonathan Sacks, avait qualifié Corbyn, l’année dernière, « d’antisémite ». Le grand-rabbin actuel, Ephraim Mirvis, a publié le mois dernier une tribune dans le Times of London, appelant les électeurs à ne pas voter pour le Labour en raison du problème de l’antisémitisme et disant que Corbyn était « complice dans les préjugés ».

Ni le grand-rabbin, ni l’organisation-cadre du Jewish Board of Deputies n’ont réagi à l’annonce de cette défaite supposée.

Au début du mois, le centre Simon Weisenthal avait désigné Corbyn comme étant « l’antisémite de l’année 2019 ».

Dans le quartier à forte population juive de Golders Green, à north London, les résidents avaient confié redouter une victoire de Corbyn.

La dirigeante des Démocrates libéraux Jo Swinson, à gauche, discute avec la députée indépendante Luciana Berger durant un événement réunissant des représentants des partis politiques britanniques pro-UE pour discuter du Brexit à la Church House, dans le centre de Londres, le 27 août 2019 (Crédit : Daniel LEAL-OLIVAS / AFP)

« Vous vous entretenez avec des gens qui ont 80 ou 90 ans et vous constatez qu’ils sont terrifiés. Ce qu’on a entendu là-bas, c’est ‘c’est comme ça que tout a commencé en Allemagne’, » avait expliqué Mike Freer, parlementaire conservateur du secteur, avant le scrutin.

Selon les sondages de sortie des urnes, Freer devrait s’incliner face à l’ex-députée juive du Labour Luciana Berger, qui avait quitté sa formation d’origine en raison de la crise de l’antisémitisme et qui a rejoint les Libéraux-démocrates.

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