Mirvis: Quel sera le sort des Juifs si le « poison » du Labour arrive au pouvoir ?
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Mirvis: Quel sera le sort des Juifs si le « poison » du Labour arrive au pouvoir ?

Rejetant l'affirmation du parti de Corbyn sur les efforts livrés pour éradiquer l'antisémitisme, le grand rabbin britannique demande : "Qu'attendre d'eux au gouvernement ?"

Ephraim Mirvis. (Crédit : AP/Chris Jackson)
Ephraim Mirvis. (Crédit : AP/Chris Jackson)

Le Grand rabbin britannique Ephraim Mirvis a adopté un positionnement sans précédent contre le parti du Labour en amont des élections générales prévues le mois prochain, recommandant vivement aux électeurs britanniques de voir le « nouveau poison » qui s’est enraciné dans la formation et exprimant ses craintes pour l’avenir des Juifs dans le pays si Jeremy Corbyn devait devenir Premier ministre.

Dans un article paru mardi dans le Times, Mirvis a expliqué se sentir dans l’obligation d’intervenir dans la sphère politique parce que la communauté juive britannique était « saisie par l’anxiété » concernant sa destinée et celle du judaïsme dans le pays dans l’éventualité d’une victoire du parti Travailliste, le 12 décembre.

Sans appeler explicitement à ne pas voter pour le Labour, sans mentionner Corbyn par son nom, Mirvis a averti qu’un « nouveau poison – consacré par la haute hiérarchie – s’est enraciné au sein du parti Travailliste ».

« La question que je me pose dorénavant le plus fréquemment est : ‘Que deviendront les Juifs et le judaïsme en Grande-Bretagne si le parti Travailliste est chargé de former le prochain gouvernement ?’ « , s’est-il interrogé dans l’article.

Jeremy Corbyn, le chef du parti d’opposition britannique Labour, participe au lancement de sa campagne aux élections européennes à Chatham, dans le sud est de l’Angleterre, le 9 mai 2019. (Daniel LEAL-OLIVAS / AFP)

« Cette anxiété est justifiée. Soulever ces inquiétudes sur la recrudescence du racisme anti-juif dans un contexte d’élections générales figure parmi les moments les plus douloureux que j’ai expérimentés depuis que j’ai pris mes fonctions », a écrit le grand-rabbin, défendant son intervention – qui a fait l’effet d’une bombe – en disant que « défier le racisme n’est pas une affaire de politique, cela va bien au-delà ».

Les sondages suggèrent qu’environ 6 % seulement des Juifs britanniques prévoiraient de voter pour le Labour. Presque la moitié ont fait savoir qu’ils « réfléchiraient sérieusement » à émigrer si Corbyn – personnalité « antisémite » pour 87 % des sondés dans cette enquête d’opinion – devait accéder à Downing Street.

Les groupes juifs accusent Corbyn, politicien d’extrême-gauche, d’avoir permis une hausse massive de l’antisémitisme dans les rangs du parti qui était autrefois considéré comme le foyer naturel de la communauté juive du Royaume-Uni. Des milliers de cas de discours de haine présumés contre les Juifs ont été répertoriés au sein de la formation depuis 2015, quand Corbyn a été élu à sa tête.

Les responsables Travaillistes se sont défendus avec force, Corbyn clamant lui-même, ces dernières semaines, que « l’antisémitisme et le racisme sont des maux ancrés dans la société. J’ai toujours tout fait pour me battre contre eux pendant toute ma vie et je le ferai toujours ».

Une grande partie de la crainte ressentie vis-à-vis de Corbyn a été attisée par des révélations au sujet de son passé, qui ont émergé depuis qu’il est devenu numéro un du Labour. Parmi ces révélations, le fait qu’il ait clamé que le Hamas et le Hezbollah étaient ses « amis », sa défense en faveur d’une fresque antisémite à Londres et une volonté apparente de se rapprocher d’antisémites présumés, de terroristes et de négationnistes de la Shoah.

Mirvis a évoqué les quatre dernières années de minimisation constante et de déni affichés par le parti face à l’antisémitisme rampant dans ses rangs ainsi que les attaques des membres de la formation qui avaient dénoncé le phénomène, qui ont été parfois menacés de mort ou exclus.

Manifestation organisée par le groupe britannique Campaign Against Anti-Semitism devant le siège du Parti travailliste britannique, à Londres, le 8 avril 2018. (AFP PHOTO / Tolga AKMEN)

Il a noté les « hésitations et les tergiversations » du parti lors du débat sur l’adoption de la définition de l’antisémitisme mise au point par l’IHRA (International Holocaust Remembrance Alliance). Cette dernière avait été finalement approuvée après l’ajout d’un amendement soulignant le droit à la « libre expression » concernant Israël.

Et il a noté que la formation faisait l’objet d’une enquête officielle de l’observatoire de lutte contre le racisme du Royaume-Uni.

« Et tout cela alors qu’il est dans l’opposition. Que devons-nous attendre d’eux au gouvernement ? », s’est interrogé Mirvis. « Et c’est ainsi qu’avec le cœur le plus lourd, j’appelle les citoyens de notre grand pays à examiner avec attention ce qui s’est déroulé devant nos propres yeux ».

Mirvis a rejeté les affirmations du Labour, qui a clamé qu’il faisait tout ce qui est possible pour déraciner l’antisémitisme – en parlant d’une « fiction mensongère ».

« Selon le Jewish Labour Movement, il y a au moins 130 cas encore en suspens dans le parti, certains datant il y a des années et des milliers d’autres ont été rapportés mais restent irrésolus », a-t-il écrit.

« Les responsables du parti n’ont jamais compris que leur échec n’est pas seulement un échec de procédure – qui pourrait se résoudre avec du personnel ou de nouveaux moyens de traiter les dossiers. Leur échec, c’est de ne pas avoir considéré ce phénomène sous l’angle d’un problème humain plutôt que politique. C’est l’échec de la culture. C’est l’échec de l’autorité. Un nouveau poison – consacré par la haute-hiérarchie – s’est enraciné au sein de la formation du Labour », a-t-il écrit.

Mirvis a indiqué qu’au vu des antécédents du Labour, « ce dernier ne peut plus revendiquer être le parti de l’égalité et de l’antiracisme ».

« Aller trop loin, c’est à partir d’où ? A partir de quel degré de complicité dans les préjugés doit-on estimer qu’un leader de l’opposition de sa majesté n’est pas apte à endosser des fonctions ? », a-t-il continué.

« Est-ce qu’entretenir des liens avec des personnalités ayant incité à la haine anti-juive est suffisant ? Est-ce que qualifier ‘d’amis’ ceux qui approuvent le meurtre de Juifs est suffisant ? Il ne me semble pas », a-t-il dit, se référant aux groupes terroristes du Hamas et Hezbollah que Corbyn avait présentés ainsi lorsqu’il les avait invités à une réunion parlementaire en 2009. Corbyn avait ultérieurement minimisé ses propos et expliqué regretter d’avoir utilisé ces termes.

Jeremy Corbyn (deuxième à partir de la gauche) tenant une couronne lors d’une visite aux martyrs de Palestine, en Tunisie, en octobre 2014. (Page Facebook de l’ambassade palestinienne en Tunisie)

« Il ne me revient pas de dire à qui que ce soit pour qui voter », a ajouté Mirvis.

« Je regrette absolument de me trouver dans cette situation. Je pose simplement la question : Qu’est-ce que le résultat de ce scrutin va nous dire sur la boussole morale de notre pays ? », a-t-il interrogé.

« Et, le 12 décembre, je vais demander à tous de voter conformément à sa conscience. Car sans aucun doute, c’est l’âme même de notre pays qui est aujourd’hui en jeu », a-t-il conclu.

Une porte-parole du Labour a balayé les accusations du grand rabbin. « Jeremy Corbyn est un militant de toujours contre l’antisémitisme et il a clairement indiqué que celui-ci n’a pas sa place au sein de notre parti et de la société », a-t-elle réagi.

Elle a également catégoriquement contesté l’allégation d’Ephraim Mirvis selon laquelle il restait des « milliers » d’accusations d’antisémitisme non traitées au sein du parti.

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