Les nouveaux rebelles du Likud s’invitent dans le parti de Netanyahu
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Les nouveaux rebelles du Likud s’invitent dans le parti de Netanyahu

Alors que le Premier ministre est lié à de nombreuses enquêtes pour corruption, les responsables du parti accusent le camp “de gauche” du parti de tenter un “coup d’état”

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président de la coalition David Bitan lors d'une réunion du groupe parlementaire du Likud à la Knesset, le 30 janvier 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président de la coalition David Bitan lors d'une réunion du groupe parlementaire du Likud à la Knesset, le 30 janvier 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

JTA – Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui fait l’objet d’enquêtes pour corruption, a souvent prétendu que ses ennemis politiques de gauche sont prêts à tout pour le faire tomber.

Depuis peu, ses partisans affirment que des personnes de gauche s’infiltrent même dans le parti de droite du Likud.

La semaine dernière, David Bitan, président de la coalition et allié de poids de Netanyahu, s’est engagé à bloquer un groupe, les Nouveaux Likudniks, qui, selon lui, veut mener un « coup d’état » contre le Premier ministre.

« Une personne qui ne croit pas aux valeurs du Likud et qui vient uniquement pour pouvoir le faire sauter et changer le parti d’une manière qui lui nuira est criminelle dans tous les sens [du terme] », a déclaré Bitan au site d’informations israélien Ynet. « Nous avons le droit de nous défendre contre ce contrôle hostile. »

Bitan a échangé avec de nombreux membres du Likud préoccupés par les Nouveaux Likudniks, dont les rangs ont considérablement augmenté ces derniers mois. Mais les responsables du groupe et ses partisans au Likud ont nié le fait que le groupe ait des velléités hostiles, ou qu’il soit de gauche. Selon eux, ils veulent simplement que le Likud revienne à ses racines nationalistes modérées, mais libérales.

Le groupe des Nouveaux Likudniks a été fondé en 2011 par des leaders des manifestations de justice sociale, pendant lesquelles, cet été-là, des centaines de milliers d’Israéliens sont descendus dans les rues pour exiger une action gouvernementale au nom de la classe moyenne. Le but du groupe, ont-ils souligné, est de faire avancer les intérêts de la classe moyenne au sein du Likud. Il ne prend aucune position sur le conflit israélo-palestinien.

Les membres des Nouveaux Likudniks sur la Deuxième chaîne lors d'une émission télévisée sur la faction du parti Likud (Crédit : Capture d'écran YouTube)
Les membres des Nouveaux Likudniks sur la Deuxième chaîne lors d’une émission télévisée sur la faction du parti Likud (Crédit : Capture d’écran YouTube)

« Nous sommes vous. Nous sommes des membres de la classe moyenne », explique le site internet des Nouveaux Likudniks. « Employés, étudiants, soldats enrôlés, contribuables. Aimer le pays de gauche à droite, de haut en bas. »

Après une croissance léthargique pendant des années, les adhésions au groupe Nouveaux Likudniks ont commencé à augmenter à la fin de l’année 2016, passant d’environ 3 000 membres à plus de 12 000 membres, sur un total de 100 000 membres au Likud. La page Facebook du groupe compte près de 16 000 abonnés.

Selon les responsables du groupe, le catalyseur de cette croissance était l’incident où Netanyahu en novembre a insulté Ilana Dayan, l’une des journalistes les plus respectées d’Israël. Le cabinet du Premier ministre avait accusé Dayan d’essayer de « renverser le gouvernement de droite et de créer un gouvernement de gauche ». Lors de cet incident, elle a consacré six minutes à l’antenne pour lire toute la déclaration écrite par le bureau du Premier ministre, provoquant un tollé public.

Netanyahu a continué à alimenter la critique des Nouveaux Likudniks en raison des prétendues tendances antidémocratiques du parti, en appelant en janvier à gracier le soldat israélien qui a abattu un terroriste palestinien blessé, en soutenant une loi adoptée en février qui permet de légaliser de manière rétroactive des avant-postes de Cisjordanie, et ce mois-ci en affirmant que les médias israéliens, spécialistes des « fausses informations », et le système juridique mènent une « chasse aux sorcières » contre lui.

Netanyahu fait actuellement l’objet de deux enquêtes pour corruption en cours – l’une pour avoir accepté des cadeaux de riches soutiens et l’autre pour avoir essayé de conclure un accord pour obtenir une couverture journalistique plus favorable. Un acte d’accusation est également en cours d’examen contre sa femme, qui aurait détourné des fonds publics. Le Premier ministre a nié toute faute commise par sa famille.

Orad Gan Raveh, ingénieur informatique de Modiin, dans le nord de Jérusalem, a rejoint les Nouveaux Likudniks l’année dernière. Il affirme que le Likud était en adéquation avec ses opinions politiques, mais qu’il était frustré par la corruption au sein du parti et en Israël en général.

« Je me considère comme un homme de droite et c’est l’un des seuls partis démocratiques en Israël », a-t-il affirmé en se référant au fait que le Likud est l’un des trois principaux partis politiques israéliens qui organisent des primaires. « La plupart des gens ne le savent pas, mais le pouvoir réel est entre les mains des électeurs du parti. Ils décident qui entre à la Knesset. »

Mais de nombreux membres du Likud, ainsi que des journalistes et des experts, ont remis en question l’identification à droite des Nouveaux Likudniks. Ils ont accusé les membres du groupe d’être de gauche, et de chercher désespérément à compenser le statut diminué de la gauche dans la politique israélienne. Après tout, le Likud est maintenant au pouvoir depuis près d’une décennie.

Nava Boker, députée du Likud, pendant une manifestation de soutien au Premier ministre Benjamin Netanyahu près du domicile du procureur général Avichai Mandelblit à Petah Tikva, le 5 août 2017. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Nava Boker, députée du Likud, pendant une manifestation de soutien au Premier ministre Benjamin Netanyahu près du domicile du procureur général Avichai Mandelblit à Petah Tikva, le 5 août 2017. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

« Vous êtes des personnes de Meretz et du Parti travailliste qui ont rejoint le Likud. Vous avez infiltré le Likud », a déclaré Nava Boker, députée du Likud et vice-présidente de la Knesset à l’un des chefs des Nouveaux Likudniks lors d’un débat télévisé ce mois-ci. « Votre idéologie contredit les valeurs du Likud. Soyez honnête. Intégrez les partis qui vous correspondent. »

Tamar Zandberg, députée du parti Meretz, un parti de gauche, était d’accord.

« [Le Likud] n’est pas votre place en tant que personnes de gauche, et c’est l’une des raisons pour laquelle l’aile gauche perd », a-t-elle déclaré lors d’un débat télévisé en juillet. « Les partis de gauche démocratiques, ceux qui croient en eux-mêmes, devraient relever la tête et se battre pour notre propre façon pour remplacer le Likud et de ne pas rejoindre le Likud. »

Beaucoup ont comparé les Nouveaux Likudniks aux Feiglinites, un groupe d’extrême droite dirigé par le provocateur Moshe Feiglin, qui avait tenté de prendre la tête du Likud au début des années 2000 pour empêcher les retraits territoriaux israéliens. Le groupe, qui comptait 7 000 membres, a finalement vaincu l’opposition des responsables du Likud. Mais ce groupe a accompli peu de choses, et la plupart de ses membres ont quitté le parti avant les dernières élections.

Selon les médias israéliens, les responsables du Likud ont vraiment commencé à remarquer les Nouveaux Likudniks quand un nombre croissant de leurs membres ont commencé à rejoindre les manifestants qui, pendant des mois, se sont rassemblés chaque semaine devant le domicile du procureur général Avichai Mandelbilt à Petah Tikva, pour se plaindre de la lenteur de ses actions sur les diverses enquêtes dont fait l’objet Netanyahu. Des contre-manifestants pro-Likud se sont également déplacés.

Des militants du Likud avec le député David Bitan, président de la coalition, au centre à droite, pendant un rassemblement de soutien au Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Tel Aviv, le 9 août 2017. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Des militants du Likud avec le député David Bitan, président de la coalition, au centre à droite, pendant un rassemblement de soutien au Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Tel Aviv, le 9 août 2017. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Immédiatement après que Bitan a menacé d’agir contre les Nouveaux Likudniks, le Likud a bloqué l’inscription en ligne pour tout le parti. De plus, mardi, Yoav Kisch, député du Likud, a annoncé qu’il envisageait de soumettre une proposition de loi pour empêcher que les votes du groupe soient pris en compte lors des primaires de ce parti pour les élections législatives. De manière évidente, cette proposition de loi découragerait les personnes de gauche de participer aux votes lors des primaires du Likud.

Les Nouveaux Likudniks ont déjà exprimé leur déception face à l’attitude de Kisch, qui a dénoncé le groupe alors que celui-ci l’a aidé à se faire élire à la Knesset pour la première fois.

Les membres des Nouveaux Likudniks ont fait le jeu des critiques du groupe : de nombreux membres et même des responsables du groupe ont déclaré aux journalistes israéliens qu’ils votaient Meretz et qu’ils n’avaient pas l’intention de voter pour le Likud aux élections législatives.

« En 2015, non, je n’ai pas voté pour le Likud », a déclaré Meirav Siton, responsable du groupe, à un journaliste en février. « Est-ce que je me suis marié avec eux ? Je ne comprends pas. Pourquoi est-ce que je devrais quelque chose pour le parti lorsque la liste [des candidats] du Likud ne mérite pas [mon vote] à mes yeux ? ».

Pourtant, certains membres du Likud ont défendu les Nouveaux Likudniks.

« Une grande partie des Nouveaux Likudniks ont des opinions libérales et légitimes sur l’aile modérée du Likud », a déclaré Yehuda Glick, député du Likud, sur Facebook dimanche. « Il est possible d’imposer des sanctions à des personnes spécifiques s’ils savent que leur but est de saper le Likud de l’intérieur. Le fardeau de la preuve [repose] sur le parti. Hélas, si nous ne pouvions intégrer que ceux que nous aimons… »

Le député du Likud Yehudah Glick à la Knesset, le 28 décembre 2016 (Crédit : Miriam Alster / FLASH90)
Le député du Likud Yehudah Glick à la Knesset, le 28 décembre 2016 (Crédit : Miriam Alster / FLASH90)

Inbal Samet, autre responsable du groupe des Nouveaux Likudniks, a soutenu que le vote n’est pas la seule mesure d’engagement pour un parti. Elle et les 44 autres membres de la direction du groupe croient en la constitution du Likud, a-t-elle déclaré, qui expriment des valeurs sionistes, démocratiques et de marché libre. Ils soutiennent les candidats qui incarnent ces valeurs sur le modèle d fondateur du parti et de son premier Premier ministre, Menachem Begin.

« Les candidats doivent connaître la charte, et ils doivent agir en la prenant en compte, a déclaré Samet à JTA. Beaucoup de choses qui se passent aujourd’hui sont complètement non-libérales et ne favorisent pas l’égalité entre les races, les sexes et les genres. Ce sont les choses que nous voulons voir promues. Pour faire face à nos problèmes majeurs, nous avons d’abord besoin d’une société saine et d’une politique saine. »

Prime Minister Menachem Begin arriving in the United States (Photo credit: USAF/ Wikimedia Commons)
Le Premier ministre Menachem Begin arrivant aux États-Unis (Crédit : USAF/Wikimedia Commons)

Samet a déclaré que les Nouveaux Likudniks ne s’attardent pas les points de vue des candidats sur le conflit israélo-palestinien, parce que ses responsables sont divisés sur le problème et qu’ils ne voient de toute façon aucune solution dans un futur proche. Cependant, a-t-elle ajouté, quand les gens lui disent qu’ils ont des opinions économiques socialistes, elle leur précise que le groupe n’est pas pour eux.

Elle a reconnu que certains Israéliens se sont joints aux Nouveaux Likudniks principalement dans l’espoir de miner le Likud, mais elle juge qu’ils ont été mal orientés. Le groupe dans son ensemble s’est engagé à renforcer le Likud, a-t-elle poursuivi, et le fait déjà en testant ses institutions démocratiques.

« Je pense que tout cela sera bon pour le Likud à long terme parce que le parti va sortir de l’autre côté [du tunnel] plus fort, a-t-elle déclaré. Est-ce bon pour les Nouveaux Likudniks ? En ce qui me concerne, plus nous sommes solides, plus le Likud sera fort. »

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