Des journalistes dénoncent l’attaque de Netanyahu à l’encontre d’Ilana Dayan
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Des journalistes dénoncent l’attaque de Netanyahu à l’encontre d’Ilana Dayan

L'Association des Correspondants Diplomatiques proteste contre l'attitude de Netanyahu qui porte atteinte à la liberté d'expression

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

La journaliste Ilana Dayan (Crédit : Moshe Shai/Flash90)
La journaliste Ilana Dayan (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

Les principaux journalistes diplomatiques israéliens ont rejoint la chorale des critiques contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour sa tirade contre la journaliste Ilana Dayan, arguant que son attaque personnelle contre elle était une forme d’intimidation illicite qui n’est pas digne d’une démocratie.

Le bureau du Premier ministre a répondu à l’enquête de Dayan sur le cercle intime du Premier ministre, diffusée lundi soir, avec une attaque personnelle scandaleuse contre Dayan, dans laquelle il l’a traitée d’ « extrémiste gauchiste » dont le but est de faire tomber son gouvernement.

« L’Association des Correspondants Diplomatiques proteste vigoureusement contre les attaques personnelles du Premier ministre contre le programme de télévision ‘Uvda’ et sa présentatrice Ilana Dayan, l’une des journalistes les plus importantes en Israël », a déclaré le groupe dans un communiqué publié mardi.

« Bien sûr, le Premier ministre a le droit de répondre, mais l’Association des Correspondants Diplomatiques regrette que la réponse ne traite pas du tout des résultats de l’enquête mais consiste simplement en une lettre qui fustige Ilana Dayan. Dans une démocratie, le gouvernement ne peut pas intimider les journalistes ».

L’émission « Uvda » ouvrant la nouvelle saison qui a été diffusée lundi soir comprenait des entretiens exclusifs avec divers responsables qui se trouvaient dans le cercle intime des Netanyahu et des informations internes sur le fonctionnement en interne de son bureau.

Le reportage télévisé de Dayan montrait un politicien rusé et calculateur qui semble principalement préoccupé par la préservation de son propre règne, plaçant la loyauté personnelle de ses employés au-dessus de toutes leurs autres caractéristiques.

Il décrivait également l’épouse de Netanyahu, Sara, comme une présence problématique dans le processus de décision du Premier ministre, une personne influente intimement impliquée dans le travail et les décisions de son mari, et qui a souvent le dernier mot sur les nominations gouvernementales.

« Au moins deux fois », a déclaré l’ancien conseiller à la sécurité nationale de Netanyahu pendant l’émission.

Uzi Arad, ancien conseiller à la sécurité nationale de Benjamin Netanyahu (Crédit : Kobi Gideon/Flash 90)
Uzi Arad, ancien conseiller à la sécurité nationale de Benjamin Netanyahu (Crédit : Kobi Gideon/Flash 90)

Uzi Arad a affirmé qu’un voyage du Premier ministre en Allemagne a été annulé à la demande expresse de sa femme. Netanyahu est aussi arrivé non préparé à un entretien avec le président américain Barack Obama à la Maison Blanche parce qu’il avait dû faire la conversation à son épouse pendant tout le vol, témoigne Arad.

Cependant, ce n’est pas l’enquête de « Uvda » qui a suscité la critique la plus intense mais plutôt la réponse du Premier ministre au programme : une tirade de trois pages, 680 mots, qui a été lue par Dayan en entier, pendant 6 longues minutes vers la fin du programme.

Dans ce document, le bureau du Premier ministre s’est attaqué à Dayan, en la qualifiant d’ « extrémiste de gauche » qui « n’a pas un iota d’intégrité professionnelle » et qui est « l’un des chefs de file des attaques orchestrées contre … Netanyahu, qui cherche à faire tomber le gouvernement de droite ».

Le bureau du Premier ministre a prétendu que Dayan s’était systématiquement attaquée à la droite tout en ignorant les transgressions de la gauche et a qualifié le reportage de lundi de « propagande politique diffusée contre le Premier ministre et sa femme, entièrement composé de rumeurs calomnieuses recyclées et de vils mensonges ».

Il l’a également accusée d’avoir flatté le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas dans une récente entrevue qu’elle a menée avec lui, faire des dons à des organismes de bienfaisance « de gauche radicales » et de harceler les soldats de Tsahal.

Il a ensuite accusé le programme de « se rabaisser au plus bas du plus bas » dans sa couverture sur Sara Netanyahu et a affirmé que c’était « un exemple parfait de pourquoi le marché des médias doit être réformé… pour permettre qu’une pléthore d’opinions soient présentée ».

Netanyahu, qui occupe également le poste de ministre des Communications dans la coalition actuelle, est un critique fréquent des divers médias imprimés et en ligne d’Israël et a été profondément impliqué dans les efforts controversés en cours pour réformer l’autorité de radiodiffusion d’Israël.

Dans son communiqué de mardi, l’Association israélienne des Correspondants Diplomatiques (à laquelle ce journaliste appartient) a déploré que le Premier ministre refuse systématiquement de répondre aux questions légitimes des journalistes, et qui au lieu de cela les bafoue et leurs médias et qu’il fouille leurs CV pour essayer de remettre en question leur impartialité. Ce comportement « porte atteinte au principe de la liberté d’expression », a déclaré le groupe.

L’attaque au vitriol de Netanyahu contre Dayan, considérée comme l’une des meilleurs journalistes d’investigation du pays, a rapidement été accueillie avec indignation par les politiciens, y compris un ministre important de son propre gouvernement. Les médias en hébreux ont cité le ministre anonyme à qui a déclaré que « le truc habituel de Netanyahu de crier au ‘gauchiste’ sur quiconque n’est pas d’accord avec lui a cessé de fonctionner. ».

Le ministre a ajouté que les partisans du Likud n’achetaient plus les tentatives de faire de tous les opposants de Netanyahu, même ceux de son propre parti ou du parti de droite HaBayit HaYehudi, des gauchistes simplement parce qu’ « ils ne sont pas d’accord avec ses lubies. »

L’ancien Premier ministre Ehud Barak, qui a été le ministre de la Défense sous Netanyahu entre 2009-2013, a écrit sur Facebook : « Il l’a complètement perdu », laissant entendre que son ancien patron souffrait de paranoïa.

Le parti de l’opposition de l’Union sioniste a affirmé que la déclaration du Premier ministre était « une incitation [à la haine] pure et simple » qui pourrait « tomber dans des oreilles attentives et causer du tort à une journaliste qui fait son travail ». Le communiqué a accusé Netanyahu de transformer Israël en « un Etat du KGB dans lequel le régime cherche à entraver le travail des gardiens (de la démocratie) dans les médias et le système de justice ».

Le parti a demandé mardi au procureur général Avichai Mandelblit d’enquêter sur les conclusions de l’enquête télévisée et la lettre de Netanyahu à Dayan.

Avichai Mandelblit, procureur général, à Jérusalem, le 5 juillet 2015. (Crédit : Emil Salman/Pool)
Avichai Mandelblit, procureur général, à Jérusalem, le 5 juillet 2015. (Crédit : Emil Salman/Pool)

« La réponse du Premier ministre incite à la haine contre les médias israéliens », peut-on lire dans la lettre adressée à Mandelblit.

« La réponse du Premier ministre incite [à la haine] contre les médias israéliens », a-t-il écrit. La réponse de Netanyahu « est une incitation [à la haine] grave et nuisible, au point d’être une menace réelle contre les médias indépendants, d’un genre que nous n’avons pas connu en Israël. »

Isaac Herzog, chef de l’Union sioniste et de l’opposition, a publié un message sur Twitter en citant son propre discours prononcé samedi pendant une cérémonie de commémoration de Yitzhak Rabin, Premier ministre assassiné par un extrémiste juif en novembre 1995.

« L’incitation [à la haine] est la même. La haine est la même. Le dirigeant est le même », a écrit Herzog.

Shelly Yachimovich, également députée de l’Union sioniste, a déclaré sur Twitter que « c’est une bataille pour le droit de vivre dans la seule démocratie du Moyen Orient. »

Zehava Galon, présidente du parti Meretz, a publié un message sur son compte Twitter, où elle disait que « si quiconque avait encore des doutes sur la capacité de Netanyahu à être Premier ministre d’Israël, sa réponse à Ilana Dayan ce soir a clôturé l’affaire. Si Netanyahu ne veut pas qu’il y ait d’enquête médiatique sur lui, il a choisi le mauvais travail. Sa réponse est une perte paranoïaque de ses esprits, qui ne devrait pas être négligée. »

Le Mouvement pour la Qualité du Gouvernement a envoyé à Mandelblit une lettre similaire.

Le chef du parti Yesh Atid, Yair Lapid, a déclaré que la réponse de Netanyahu était en dessous de la stature de son poste. L’obligation d’un Premier ministre, a-t-il ajouté, était de « montrer la retenue d’un homme d’État » et sa réponse à la critique « devrait convenir à son statut, à sa position et au respect que nous réservons à l’Etat ».

Netanyahu a été soutenu par Miri Regev, sa ministre de la Culture et des Sports, qui a écrit sur sa page Facebook que « le Premier ministre a défini à nouveau hier les règles du jeu avec les journalistes qui agissent pour des raisons politiques et personnelles. »

« Le Premier ministre a bien fait de redéfinir les règles du jeu, a-t-elle écrit. Soulever le masque et exposer le vrai visage de certains dans les médias est crucial pour la démocratie et le discours public en Israël. A mon regret, certains secteurs des médias sont motivés par des calculs politiques et personnels, et exploitent leur travail journalistique pour une seule chose : abattre le gouvernement de droite. »

Regev a également soutenu Sara Netanyahu, et ajouté qu’au cours des ans elle avait appris à connaître l’épouse du Premier ministre, « une femme intelligente, sensible, engagée envers sa famille et son travail de psychologue pour enfants. »

L’équipe du Times of Israël et l’AFP ont contribué à cet article.

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